P1080541.JPG

Welcome to the jungle !

Jour 11 - 19 février

Dans le top trois universel des expériences prouvant qu’on est un poissard-né, juste derrière « Se prendre une carapace rouge à Mario Kart à dix mètres de la ligne d’arrivée alors qu’on est en tête depuis trois tours » et « Allumer la radio et tomber systématiquement sur Maître Gim’s, même sur France Inter », on trouve « S’enfoncer un cale-pied entre les métatarses après seulement deux-cents mètres parcourus à califourchon sur un scooter ». Sauf que mon pauvre père, pas d’bol dans sa malchance, il s’est infligé ces sévices tout juste deux jours avant une rando dans la jungle que je suis malheureusement en incapacité d’annuler. Arrête immédiatement de me regarder avec ton air réprobateur à la De Niro ! L’hôtel que j’ai réservé sur l’île sur laquelle nous nous rendons aujourd’hui n’est accessible qu’après avoir parcouru à pied trois kilomètres en pleine jungle afin de basculer de la côte est vers la côte ouest. Hôtel qui se prénomme pour la petite histoire « Robinson », ça ne s’invente pas… Et puis ce n’est pas de ma faute si « Le journal de Bridget Jones » est un biopic s’inspirant de la vie de mon père même si, j’en atteste sur l’honneur, il n’a pas copulé avec Hugh Grant… Enfin, je crois… « Tu confirmes, papa ? »

 

En tout cas, le Jean-Michel Perspicace que tu es a bien saisi que ce matin, nous mettons le cap vers un monde nouveau. Au revoir, au revoir président, nous quittons Koh Rong l’extravertie, un tantinet coquine, assurément festive, pour aller rendre visite à sa petite sœur Koh Rong Samloem, plus timide, peut-être même un poil misanthrope sur les bords, limite effarouchée… Lors de la préparation de ce voyage, j’ai longuement planché pour élire l’une des deux comme lieu privilégié de villégiature de notre vadrouille. Elles sont si proches… mais tellement différentes à la fois que je n’ai pu me résoudre à en sacrifier une sur l’autel de nos vacances. Du coup, Sandrine est contente, orgie de plage et de cocotiers pour toute la famille, on fait les deux !

 

C’est donc au pied du lit que tu nous retrouves, prêts à prendre le slow boat qui fait la navette quotidiennement entre les deux îles. A part ça, rien d’autre à déclarer. On débarque à Samloem en quarante-cinq minutes. Plus précisément sur la plage de Saracen qui contraste avec celle de Koh Toch que nous avons quitté tout à l’heure. Plage aseptisée bordée de resorts et de restaurants très propres sur eux. Si mon avis t’intéresse, je dirais à ce propos « un peu trop à mon goût »… Idem concernant la faune qui rôde dans le secteur. Là où nous évoluions parmi les backpakers à Koh Rong, nous nous retrouvons ici au milieu d’un public aux poches bien plus fournies. « Trois crêpes au Nutella, deux jus de fruit, deux cafés et quatre tartines de pain, beurre et confiture s’il vous plait ! » Ouch ! Tu laisses les prix seuls pendant quarante-cinq petites minutes de bateau et ils en profitent pour se prendre de plein fouet une inflation galopante. Prix de Koh Rong multipliés par trois, qui dit mieux ? De quoi te déplumer le porte-monnaie à Samloem en moins de temps qu’il n’en faut pour se viander en scooter à Koh Rong ! Bon, heureusement, comme je te l’ai dit tout à l’heure, nous n’allons pas moisir dans ce coin de fils de riches puisqu’il nous faut maintenant traverser l’île pour aller rejoindre Vendredi.

P1080476.JPG
P1080467.JPG

« Allez papa, enfile tes tongs, ton masque et ton tuba, je t’emmène au paradis ! » Bon, ça, c’est la formule commercialement bandante que j’avais initialement prévue d’afficher dans mon introduction. Mais vues les circonstances nous ayant provoqué quelques troubles de l’érection, je suis contraint de reformuler : « Allez papa, mets bien ton sac poubelle, prends ton bâton de pèlerin, je t’emmène sur ton chemin de croix ! » Avant d’emprunter notre parcours du combattant, on se déleste quand même de nos gros sacs à dos chez Simon, un occidental bien roots vivant dans une bicoque au départ du trail et qui a monté un business plan pour financer ses vacances longue durée en facturant un dollar par jour et par sac gardé en pension. Je retiens l’idée pour ma retraite…

 

Allez, à mon signal, déchaîne les enfers ! Que Maximus entre dans l’arène ! Laissons-le donner au peuple ce qu’il est venu chercher. De l’hémoglobine, de la sueur, de la souffrance ! Sauf que le peuple, je crains qu’il soit déçu. Aujourd’hui, j’ai vu un esclave devenir plus puissant que l’empereur de Rome… Force et honneur ! Son nom est Maximus Decimus Meredius, commandant en chef des armées du Nord, général des légions Felix, fidèle serviteur du vrai empereur Marc Aurèle ! Car le chemin parcouru n’était pas de tout repos, jonché de racines et de pierres, alternant entre montées et descentes escarpées, traversant une végétation impénétrable et humide… Notre Keyzer Söze s’en est sorti avec les félicitations du jury, boitant pourtant bien bas à certains moments, se laissant même aller à quelques pas incontrôlés de danse à la Carlton dans d’autres, mais sans jamais se la jouer à la Mimi Geignarde, préférant consacrer le peu d’énergie qu’il lui reste pour clôturer ce parcours en cinquante minutes là où un être normalement constitué le fait en quarante-cinq... Record du monde handisport battu ! Chapeau-bas l’artiste, fier de mon père !

P1080480.JPG
P1080492.JPG
P1080468.JPG
P1080477.JPG
P1080499.JPG
P1080495.JPG

Nous passons donc triomphalement la ligne d’arrivée tous les cinq et débouchons sur Sunset Beach dont le nom trouverait apparemment son origine dans son orientation idéale permettant d’y contempler chaque soir un très beau coucher de soleil. Remercions Jean-Michel Traducteur pour cette information. C’est d’ailleurs précisément là que notre hôtel, le Robinson, a choisi de s’installer confortablement en dispersant langoureusement ses cabanes dans la végétation, éloignées les unes des autres en veillant à respecter les distances de sécurité… Evidemment, vu le nom de l’établissement, pas de réseau téléphonique ni même de ligne fixe, pas de wifi ni d’électricité. A nous la déconnexion totale, on va pouvoir faire l’amour à la nature sans que ça se sache ! En somme, tout se passe comme je l’avais rêvé dans mes rêves les plus optimistes cette nuit. Bateau, ok. Traversée de la jungle avec les restes de mon père, ok. Cabanes sur la plage, ok. Si ça semble trop beau pour être vrai, c’est que ça l'est à coup sûr ! « Euh… Dans tes plus beaux rêves, Sandrine avait bien pensé à récupérer les passeports avant de déménager ce matin, n’est-ce pas ? » Ah, la voilà la crotte de chien au beau milieu de l’assiette de Philippe Etchebest ! Et il ne va pas être content de sa brigade car selon les manifestants, le gérant de l’hôtel à Koh Rong a omis de nous rendre les passeports qu’il avait gardé en caution lors de notre arrivée. Et j’imagine que selon la police, Sandrine a omis de les demander à notre départ…

 

Viens, je t’explique la situation comme si tu avais six ans :

1. Nos cinq passeports ont préféré rester en vacances à Koh Rong.

2. La liaison par bateau entre les deux îles ne se fait qu’une seule fois par jour.

3. Pour accéder à ce bateau, il faut de nouveau traverser l’île à pied.

4. Pour contacter l’hôtel à Koh Rong et tenter de trouver une solution, il faut les appeler là où nous sommes dans un endroit où le téléphone n’a pas encore été inventé.

5. Et la cerise qui fait déborder le gâteau, c’est que les coordonnées téléphoniques de l’hôtel en question sont restées bien au chaud dans mon sac laissé en consigne chez Simon de l’autre côté de l’île…

Bref, la chapelle Sixtine de la tuile ! J’en ai maintenant la preuve, le petit Jésus a un truc contre moi. Il a été à la maternelle avec un Franck qu’il ne pouvait pas blairer et du coup, il se venge sur ma pomme. Genre, pas une fois il s’est dit « Ah tiens, et si pour une fois j’en faisais un peu baver à Bernard ou à Jean-Marc ? » Non, jamais !

 

Mais plutôt que de faire des doigts d’honneur au destin, moi je dis « Action, réaction » ! « Qui aurait l’amabilité de revêtir le costume de Bob Morane contre tout chacal pour endiguer cette pandémie de tuiles ? » Et soudain surgit face au vent, le vrai héros de tous les temps… Comme derrière les fourneaux, c’est moi qui m’y colle ! Bref, magnéto, Serge ! Première étape, récupérer coûte que coûte les coordonnées du White Beach Bungalows. Pas d’autre choix que de remettre une pièce dans le juke-box pour se rejouer la même musique que tout à l’heure dans la jungle mais en version aller-retour. Ça, c’est fait. « Quoi, déjà ? » Oui, tel l'aventurier solitaire, Bob Morane est le roi de la terre. En version diagonale des fous, vingt-cinq minutes pour faire l’aller-retour, record du monde battu ! Seconde étape, contacter l’hôtel. Comme dit plus haut, notre téléphone ne nous est d’aucune utilité ici. Par contre, le téléphone satellite du Robinson pourrait me servir… S’ensuit alors une discussion de sourd pendant vingt minutes dont je t’épargne les quelques noms d’oiseaux pour en arriver à la conclusion suivante en VF sous-titrée :

« Bon, on est donc d’accord que vous mettrez nos beaux petits passeports dans le bateau pour Samloem de demain matin ?

- Oui, on est d’accord…

- Les cinq, n’est-ce pas ?

- Oui, les cinq…

- Cool. Marché conclu, alors ?

- Oui.

- Attention, vous êtes sûr, hein ?

- Non.

- Comment ça, non ?… »

P1080616.JPG

Bon, de ce que je comprends, il ne reste plus qu’à prier madame Irma pour demain… De toute façon, demain est une autre aventura, c’est la vie que je mène avec toi, mais en attendant, on n’est pas venu là pour poser du lino ! Une rando ? Une visite ? Une exploration ? C’est surtout le moment que choisit Sandrine, après vingt longues années de vie commune, pour me déclarer sa flemme. Les résultats du quinté de Vincennes sont donc : Repas au bar sur la plage, sieste, baignade, snorkeling et lecture dans le hamac ! Ce qui nous emmène inexorablement jusqu’au coucher du soleil qui finit par se pointer en compagnie de sa bière bien fraîche et de sa partie de 4-21 au doux son des vagues s’échouant à quelques mètres de notre cabane construite par Robinson Crusoé… Allez, il est temps de rentrer et de coucher tout ça sur papier avant de soi-même se coucher en se projetant déjà sur demain… De toute façon, demain est une autre aventure...

P1080523.JPG
P1080525.JPG
P1080535.JPG
P1080515.JPG
P1080527.JPG
P1080528.JPG

Toi, petit gourmand, je sais que tu en veux plus...

Et si tu veux me laisser un petit message ou partager la page... 

(... en vrai, ça me fera plaisir...)

Franck

Auteur Organisateur Conteur Photographe

... pour te servir !

P1040208_optimized.jpg

Quand je ne suis pas en vadrouille, soit je prépare la suivante, soit je raconte la précédente...

On part en vadrouille