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Promenons-nous dans Phnom Penh pendant que Pol Pot n’y est pas…

Jour 14 - 22 février

« Allez mon p’tit Franck, il est l’heure de ranger ton slip de bain, ta serviette et ton masque de plongée !

- Ah bon ? Et en quel honneur ?

- Ben ça y est, Martine à la mer, c’est terminé ! Martine se remet en route ! Martine regagne la capitale !

- Mais je viens tout juste de m’saisir, moi !

- Je sais, je sais, on n’a pas une vie facile tous les jours… Et puis si tu souhaitais que nos vacances ne riment qu’avec farniente et plage, tu nous aurais emmené dans un all-inclusive du bassin méditerranéen, non ?

- Là, tu marques un point. Du coup, je veux bien concevoir de quitter le paradis, mais uniquement à la condition de ressortir tout mon attirail dans un mois ! Et attention, je suis capable de me comporter en adulte mature en m’allongeant au sol et en tapant des poings et des pieds tout en criant jusqu’à ce que tu me dises oui…

- Ce sera inutile car je te rappelle que le mois prochain, tu remets le couvert aux Philippines !... Tu iras avec ton frère car moi, j’en ai marre de ces paysages de carte postale !

- Vendu ! »

 

Et bien en voilà un échange grouillant d’informations intéressantes puisqu’il vient de te révéler d’un seul coup d’un seul que primo, nous mettons le cap sur la capitale du Cambodge pas plus tard qu’aujourd’hui ; deuxio, que je sais être capricieux dès qu’il s’agit d’obtenir un nouveau voyage ; et troisio, que c’est la fête dans mon slip de bain puisque je prendrai le chemin des Philippines dans un mois, cette fois-ci accompagné de mon petit frère… Mais patience petit scarabée, car comme le dit le fameux dicton jamaïcain, il ne faut pas fumer la barrette avant la beuh ! Pour l’instant, consacrons notre énergie à rejoindre Phnom Penh. Et de l’énergie, j’en ai commandé dix brouettes pour ce matin car il va nous falloir avaler six heures de route en van. Et qui dit van dit interdiction formelle d’avoir du retard à l’allumage puisque l’heure du départ est prévue à neuf heures précises à Sihanoukville. Ce qui fait qu’avant ça, un taxi devra nous conduire du port jusqu’à la station des bus de Sihanoukville. Du port ? Ben oui, rappelle-toi que nous sommes présentement toujours sur une île et qu’il nous faudra impérativement parvenir à Sihanoukville par bateau. Sauf que pour ça, il va nous falloir être à l’heure du largage des amarres à la plage de Saracen cette fois-ci prévu à sept heures… Si tu as suivi nos aventures jusqu’ici, tu comprends donc que cela implique aussi que nous traversions la jungle entre Sunset beach et Saracen. Si bien que… Bref, le gars te fait une thèse antithèse synthèse rien que pour t’expliquer que là, il est cinq heures trente du matin, qu’il fait encore nuit noire, et que toute la petite famille se lance clopin-clopant dans la traversée de la jungle à la seule lumière des téléphones portables ! Et les apparences sont trompeuses car clopin-clopant, c’est surtout pour moi vu que j’entreprends la traversée de la jungle en tongs de nuit, non pas pour me lancer un nouveau défi débile, mais pour le simple fait que mon père m’a kidnappé mes baskets de deux pointures son aîné afin d’y faire entrer son carpaccio de pied…

 

Tout ça fait que tu te demandes certainement à quel moment mon planning serré et risqué pour gagner Phnom Penh a dérapé, n’est-ce pas ?... Et bien je vais peut-être te décevoir mais je t’annonce officiellement qu’il est quinze heures et que notre van nous dépose comme une fleur fanée devant notre hôtel à Phnom Penh… Organisation parfaitement maîtrisée… Bon, ok, le périple a failli prendre une tournure rocambolesque à l’étape « taxi », la faute à notre gentil chauffeur incompétent… Je te livre ci-dessous un résumé condensé de notre relation endiablée :

« Station de bus Larryta, vous connaissez ?

- Oui, pas de problème, je peux vous y emmener !

- Combien ?

- Prix d’ami car tu as une bonne tête : Dix dollars !

- Je t’en propose trois bien tassés !

- Non, sept !

- Tape-la pour quatre !

- Cinq !

- Où est-ce que je signe ? »

Sauf qu’après dix minutes de route, le mec nous dépose sur un parking défoncé et désaffecté où seule une vieille pancarte « Larryta » trône fièrement sur le sol poussiéreux.

« Soit les bus sont bien cachés sous la pancarte, soit la station a pris la poudre d’escampette il y a fort longtemps !

- Nom d’un Bouddha, j’aurais juré que la station était là ! »

Bon, après un ou deux coups de fil passés à un ami, après avoir tourné dans Sihanoukville qui n’a pas eu le temps de se refaire une beauté depuis la semaine dernière, le gars admet quand même que la station a vraisemblablement déménagé au siècle dernier et, comble de la perte de temps, qu’elle se trouve désormais à quelques encablures du port…

« Mister, mister, ça fera dix dollars car la course a duré plus longtemps que prévu !

- Euh, écoute-moi bien car je ne le répèterai qu’une seule fois : Le mister t’annonce que l’éventualité d’un financement de ton incompétence notoire a été rejetée en bloc par l’assemblée délibérante. Le fait que tu n’aies aucune maîtrise de la carte de la ville où tu exerces ton métier de chauffeur de taxi, le mister s’en bat les œufs en neige avec une raquette en bois de hêtre de Scandinavie… Oui, oui, de Scandinavie, donc imagine ! Le deal a été adjugé vendu à cinq dollars pour nous emmener à la station de bus et le mister t’offre encore l’opportunité de sortir la tête haute de cette fâcheuse expérience sans même une retenue sur salaire en guise de dommages et intérêts. Donc un conseil, saisis cette chance et ce billet par les deux mains avant que le mister ne change d’avis. Point final, retournez vos copies ! »

 

J’ignore si c’est à mon histoire de raquette en bois de Scandinavie qu’il a décroché ou s’il est aussi balaise que mon père en anglais, mais une fois parvenu à la station des bus, le gars continue de me coller au train en me réclamant l’équivalent d’un smic local.

« Mister, mister, c’est dix dollars ! Mister, dix dollars… Mister, dix dollars !... »

Je m’en veux un peu mais c’est à ce moment que je lui ai répondu de façon ultra virulente !!! « Euh, tu peux arrêter s’il te plait ? »

Bon, ok, la virulence s’est plus faite sentir juste après… « Ecoute, soit tu te mets une fois pour toutes mon billet de cinq dollars dans la poche en respectant la clause 492 du contrat qu’on a signé ensemble, soit je te torche l’arrière-train avec et je te le fais bouffer ! Comprendo ? »

Non, je ne m’énerve pas, j’explique au monsieur ! Sauf qu’il est bête à bêcher de la flotte puisque désormais, le voilà en train de me suivre sans rien dire comme un petit toutou, imitant tous mes faits et gestes. Je m’assois dans la salle d’attente ? Il s’assoit juste à mes côtés dans la salle d’attente. Je vais au toilettes ? Il va aux toilettes… Caleçon qui gratte, morpion qui squatte ! Mon corps et mon esprit s’organisent alors une réunion. Ils en concluent que c’est en voyant un moustique se poser sur ses testicules que l’on s’aperçoit qu’on ne peut pas régler tous les problèmes par la violence. Je conserve donc mon flegme légendaire en lui tendant stoïquement mon billet de cinq qu’il se refuse toujours de prendre, se contentant d’un petit geste négatif en continu de la tête. « Dernière chance. Si tu ne le prends pas au bout de trois, je le remets dans mon slip ! Un, deux, trois,… perdu ! » Au jeu de « celui qui baisse les yeux a perdu », c’est moi le plus fort car lorsqu’il nous voit monter dans notre van pour un aller sans retour, il cède enfin en prenant son dû sans même un petit merci. Non mais quel malpoli !  

 

Bref, je te disais donc que nous sommes bien arrivés au Nou’s River Hotel de Phnom Penh. A ce sujet, Sandrine me souffle dans l’oreille de te le recommander chaudement. « Les parents de la petite Sandrine sont priés de venir la rechercher au rayon jouets où elle est en train de se faire pipi dessus ! » Faut dire que notre chambre est immense et luxueuse ! Et que dire de la salle de bain qui ressemble plus à une salle de bal ! Voilà un camp de base parfait pour visiter le centre culturel, commercial et politique du Cambodge qui abrite plus d’un million d’habitants sur les quinze que compte le pays.

 

« Et alors, première impression à chaud ? » Comme pour toutes les villes dans lesquelles je me rends, je teste son atmosphère en captant tous les regards que je croise et en écoutant simplement battre son pou. C’est là que je sais si je m’y sens bien ou s’il vaut mieux faire un repli stratégique. Et je dois dire que Phnom Penh réussit haut la main ce premier test. Faut dire que j’affectionne tout particulièrement l’ambiance de ces villes d’Asie du sud-est. Imagine un peu une immense fourmilière dans laquelle tu shootes chaque matin pour en faire sortir tous ses habitants. Sauf que chacune des fourmis serait sur une petite moto. Multiplie ça par douze, ajoute cent-vingt-quatre, retranche dix-sept et élève le tout au carré. Tu te projettes un peu dans ce joyeux bordel ?... Oui ?... Et bien tu es encore loin de la réalité… Car sur tous ces deux-roues, tu n’imagines même pas tous les trucs que les fourmis peuvent transporter ! Au pays, des fourmis, comme dans tous les pays, le deux-roues fait office de voiture, voir même de monospace, voir même d’utilitaire, voir même de minibus. Et tout ça va et vient dans tous les sens, n’importe où, n’importe comment. Du coup, nous, en tant que piétons, il nous faut apprendre à circuler et surtout traverser en sécurité en s’efforçant de ne pas marcher sur une fourmi. Peu de feux tricolores, peu de passages piétons, et surtout très très peu de trottoirs ; les rares qu’on y trouve étant systématiquement squattés par des boutiques ambulantes ou des voitures garées à l’arrache. N’oublie pas non plus que dans toutes grandes villes asiatiques, le klaxon n’a pas la même signification qu’en France. Là où chez nous, ça veut dire « hey, tu bouges ta caisse, connard ! », ici, on peut traduire ça par un simple « Salut, je suis là ! Tu ne m’avais pas vu ? ». Et comme ça grouille de partout et que tout le monde veut faire savoir qu’il existe, ben ça fait du bruit ! Allez, maintenant que tu sais ça, c’est parti mon kiki pour un premier tour à pied, direction le temple Wat Phnom qui signifie la colline de Phnom et qui a donné le nom à la ville.

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Que te dire d’intéressant au sujet de cette visite ?... Déjà, si tu es près de tes sous, que l’entrée ne va pas te ruiner puisqu’elle ne coûte qu’un petit dollar par personne. Ensuite, si tu es passionné par l’histoire du Cambodge, que le Wat Phnom fut construit au quatorzième siècle pour servir de sanctuaire aux quatre statues de Bouddha découvertes par une vieille dame dans un tronc d’arbre échoué sur les bords du Mékong. Super mamie engloutit alors dix boîtes d’épinards pour ériger à la force de ses frêles bras le bâtiment sur la seule colline des environs en utilisant le tronc d’arbre pour la charpente. C’est quand même beau les légendes, non ?... Et enfin, si tu n’es ni l’un ni l’autre, que tu peux passer ton chemin et te diriger vers l’étape suivante qui devrait croustillamment t’intéresser.

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Alors que nous cherchons le Hard Rock Café pour y acheter notre traditionnel verre à shooters, me reviennent en tête les nombreux témoignages et avertissements lus avant de venir au sujet des pickpockets de Phnom Penh : Vol à la tire, appareil-photo arraché des mains, sac à dos subtilisé,... « Tiens, et si moi aussi je tentais l’expérience ? » Quoi de mieux pour attirer le chaland que d’exposer à la vue de tout le monde son smartphone flambant neuf en le pointant dans toutes les directions pour tenter de capter un signal GPS ? Ben rien ! Car après cinq petites minutes à suivre les instructions de Google Maps pour trouver le Hard Rock Café, voilà qu’un scooter passe en trombe dans mon dos ; son conducteur m’arrachant des mains mon précieux !... Le gars part avec mon téléphone, fin de l’histoire ? Et bien non !!! Inutile d’organiser un Franckéthon pour m’offrir un nouveau téléphone vu que je ne tiens pas le rôle de la victime dans cette tragédie. Et oui, le vrai héros de tout l’étang, c’est moi ! Faut dire que mon téléphone, j’y suis tellement agrippé lorsque le gars tente de me le prendre que ça le fait vaciller sur son scooter au point d’en perdre l’équilibre. Après deux ou trois zig-zags dignes d’un mec bourré rentrant de boîte, il est même contraint de poser pied à terre. L’occasion est trop belle. J’en profite pour le rattraper et lui asséner un violent coup de poing derrière la tête, l’envoyant à terre dans un fracas assourdissant de plastique à l’agonie. Mon père m’a toujours dit : « Si tu dois te battre, frappe le premier ! » Ben là, je frappe en premier, puis en deuxième, puis en troisième, puis en quatrième, puis en cinquième,… retenu dans mon élan par un policier cambodgien venu à la rescousse de son compatriote vautré dans son sang... Je sais maintenant ce que Rocky a ressenti lorsqu’il a été retenu par l’arbitre alors qu’Apollo Creed n’attendait que le coup de grâce… « Adrian, Adrian !!! »

 

Bon, ça, c’est la scène qui s’est jouée en boucle des centaines de fois dans ma tête après cet épisode. Je t’avoue sincèrement que c’est exactement ce que j’aurais aimé faire. C’est en tout cas ce que j’aurais dû faire lorsque je l’ai vu vaciller sur son scooter ! Sauf qu’au final, il est parvenu à remettre les gaz pour se faire la malle avec sa petite frayeur, mais ouf, bel et bien bredouille de tout téléphone…

 

Remis de nos émotions et notre verre Hard Rock Café en poche, j’emmène maintenant tout mon petit monde passer la fin de journée au night market de Phnom Penh. On trouve ici un coin classique où s’entassent vêtements et autres babioles typiques d’un marché asiatique, mais c’est le coin restauration qui m’a incité à venir ici. De nombreux stands de brochettes, jus de fruits, glaces et autres nouilles sautées entourent une immense place couverte de tapis. Tu laisses tes yeux parcourir les étales et choisir ce qui comblera ton estomac, puis tu vas à ta convenance t’assoir ou t’allonger à même le sol jusqu’à ce que tes victuailles te soient apportées. Bonne dégustation !... Miam miam, j’en ai les tétons qui pointent… Mention toute particulière pour le jus de canne à sucre et les glaces coco artisanales. Une tuerie sans nom !

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Bref, une nouvelle journée qui se termine une bière à la main sur la terrasse de notre hôtel… Une nouvelle journée qui nous a vu changer radicalement d’environnement… Une nouvelle journée où je n’ai pas cédé au financement de la mafia des taxis… Une nouvelle journée qui a vu mon téléphone et moi nous renouveler nos vœux de fidélité… Une nouvelle journée avant la toute dernière du voyage qui aura lieu demain… De toute façon, demain est une autre aventure…

Et si tu veux me laisser un petit message ou partager la page... 

(... en vrai, ça me fera plaisir...)

Franck

Auteur Organisateur Conteur Photographe

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