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Le pays où les temples se font manger par la forêt

Jour 2 - 10 février

Message spécial à destination de Guillaume Musso : « Merci de prendre contact avec mon avocat s’il te venait l’envie de me piquer le titre de cette journée pour en faire un livre ». Bref, comme tu l’as lu dans la journée d’hier, le tirage au sort en présence de maître Enfoirasse nous a cette fois-ci téléporté les métatarses au Cambodge, et plus précisément à Siem Reap tout au nord du pays. Pourquoi venir précisément dans cette ville ? Allez, je te donne un indice… Lorsqu’on évoque le Cambodge, on pense souvent à son pire profil, c’est-à-dire à sa période noire. Ou plutôt rouge, devrais-je dire ! Je fais bien évidemment allusion aux khmers rouges et à leurs horribles massacres perpétrés à la fin des années soixante-dix !! Mais je te rassure, même si on se penchera un peu plus tard sur le cas de cette sombre page de l’histoire cambodgienne, ce n’est pas Pol Pot qui m’a donné l’envie de venir ici. Car après le pire, il y a aussi le meilleur de ce que peut nous proposer le pays : Les temples mystérieux d’Angkor ! Que celui qui n’a jamais rêvé un jour de déambuler le nez au vent au milieu des temples d’Angkor lève la main ! Personne ? C’est bien ce que je pensais ! Et bien sache que pour réaliser ce rêve, il te faudra obligatoirement venir à Siem Reap, ville qui a poussé comme un champignon pour passer de simple bourgade avant les années deux mille, à une ville désormais énorme afin d’absorber le flux incessant des touristes venus se presser sur ces magnifiques vestiges, témoignage ancestral de la grandiloquence passée de l’empire khmère. Oui, ce teaser est de moi et j’espère qu’il te fait suffisamment saliver le steak pour suivre nos aventures ici durant les cinq jours à venir.

 

« Quoi, cinq jours pour visiter quelques empilements de vieilles pierres pleines de mousse ? » Dit comme ça, c’est vrai qu’une durée de cinq jours à Angkor peut paraître très longue, de surcroît si tu ne raffoles pas, comme Sandrine, des vieilles pierres pleines de mousse. Soit, mais il faut une bonne fois pour toutes te mettre en tête que la cité antique d’Angkor est constituée d’une multitude de temples disséminés sur plus de quatre-cents kilomètres carré. Et oui, contrairement à ce que tu croyais peut-être, Angkor ne se résume pas au simple temple Angkor Vat qu’on voit dans les magazines, sur les fonds d’écran, sur les affiches des agences de voyage, sur le drapeau cambodgien,… En fait, plus d’un millier de temples ont été découverts années après années dans la jungle, allant d’un simple tas de gravats dispersés sur le sol à d’impressionnantes constructions magnifiquement conservées. Angkor est d’ailleurs à ce jour le plus grand complexe religieux au monde, rien que ça ! Du coup, on joue gros sur ces cinq jours à passer ici car un voyage réussi au Cambodge passe indéniablement par une visite réussie des temples d’Angkor. Et une visite réussie des temples d’Angkor passe impérativement par une bonne organisation pour choisir la durée sur place, le moyen de transport idéal, ainsi que les horaires de visite qui te feront éviter la foule aux heures de pointe, et accessoirement l’overdose de temples pour les autres ; je veux dire ceux qui t’accompagnent et qui ne raffolent pas des vieilles pierres pleines de mousse.. Viendez par ici que je t’explique tout !

 

Les touristes ayant une envie pressante peuvent s’acheter un ticket d’entrée pour une seule et unique journée ici. Clic-clac Kodak, le chinois est dans la boîte ! Autant te dire que ceux-là, à part pouvoir annoncer lors de leurs repas mondains « Angkor ? Oui, bien sûr que je l’ai fait… », ils ne pourront pas en dire plus. Ensuite, il y a les touristes consciencieux qui souhaitent presque tout voir mais au pas de course. Pour cela, ils se prennent le ticket donnant l’accès au site pour trois jours pleins. Enfin, il y a ceux qui souhaitent humer l’ambiance et prendre leur temps. Forfait sept jours requis. Pour notre part, nous avons opté pour un mix des deux derniers. On prend le pass sept jours mais on y reste que cinq en alternant les visites de temples avec ce que la région, la ville, les masseuses cambodgiennes et notre hôtel ont à proposer de mieux… Pour le moyen de transport, là aussi, je n’ai pas prévu de faire comme tout le monde ; l’objectif étant de varier les plaisirs. Journées avec longues distances en scooter, moyennes distances en tuk tuk, et courtes distances à vélo ! Enfin, il y a l’analyse du marché ! Quel jour et à quelle heure visiter tel ou tel temple ? Quel itinéraire choisir sur le petit ou le grand tour qui serpentent autour et parmi les temples ? Pour tout ça, pas d’autre choix que d’hypnotiser les guides des tour-operator pour leur faire cracher le morceau : A quelle heure ont-ils décidé de déverser leur masse de touristes sur chacun des sites ? Bon, je dois t’avouer que je me suis aussi basé sur les racontars de mes prédécesseurs touristes lus sur le net, même si chacun y va de sa petite théorie. Bref, pour aujourd’hui, selon les dires de mon voyant et mon analyse des astres, nous ne devrons commencer nos visites du jour que vers neuf heures, et uniquement après une bonne nuit réparatrice, un bon petit-déjeuner revigorant et une bonne séance de piscine rafraîchissante pour ne pas froisser le karma de Bouddha… ni celui de mes trois femmes.

 

Tous ces points ayant scrupuleusement été respectés à la lettre, on décolle enfin le petit opercule situé sous notre Flamby ! Splatch, c’est parti, Franck Jones et Sandrine Croft se lancent à la poursuite du trésor d’Angkor, le site le plus majestueux du Cambodge, de l’Asie du sud-est,… Allez, soyons fou fou fou, du monde entier selon certains…

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En tout cas, compte sur moi pour te donner mon avis une fois le site bien essoré. Vais-je trouver le site d’Angkor plus magique que Pétra en Jordanie, plus mystérieux que le Machu Picchu au Pérou, plus ingénieux que Chichen Izta et Palenque au Mexique, plus grandiose que Bagan en Birmanie, plus luxueux que le Taj Mahal en Inde, plus énorme que les pyramides de Guizeh en Egypte, plus mieux que Woinic dans les Ardennes ? En tout cas, après une rapide négociation pour louer les services d’un tuk tuk pour cinq personnes durant sept heures obtenu à quinze dollars, c’est parti pour le jour un,… celui qu’on retient…

Déjà, on emprunte le boulevard Charles de Gaulle sur une dizaine de kilomètres. Non, ce n’est pas une blague, c’est bien notre grand Charles national qui a donné son nom à l’artère qui relie Siem Reap à l’entrée d’Angkor. Tickets en poche et allégés de soixante-douze dollars par personne, nous sommes donc autorisés à pénétrer en ce lieu mythique. Nous passons à proximité d’Angkor Vat, temple au combien connu, mais que nous snobons volontairement pour le moment. Nous arrivons alors à la porte sud d’Angkor Thom, un autre des lieux emblématiques de la cité. Magnifique. Nous traversons Angkor Thom et apercevons au loin le Bayon au milieu de la végétation. Là encore, magnifique. Nous avons de la bave aux coins des lèvres, il nous faut un temple à nous mettre sous la dent. Ça y est, nous allons visiter notre premier ; le premier d’une longue série. And the winner is… Chau Say Tavoda, un petit temple qu’on peut considérer comme secondaire pour commencer tout en douceur. Très bon choix car nous y sommes presque seuls. On adore. On peut aller où bon nous semble, dans les bâtiments, sur les murailles extérieures, dans la cour intérieure, pour le prendre en photos de près, de loin,… Bref, la visite de ce temple nous aurait certainement semblé superflue en fin de séjour mais là, il est le premier et comme l’OM, il le sera à jamais…

Toi, petit gourmand, je sais que tu en veux plus...

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On enchaîne avec celui situé juste en face, le Thommanom. Là encore, petit temple sans prétention, propre sur lui. Le genre de temple que tu ne regardes pas de premier abord, seul dans son coin, un peu timide, mais qui t’apparaît sympathique une fois que tu t’intéresses à son petit minois. Vient ensuite le tour du Ta Keo, temple de forme pyramidale avec des marches immenses dont les mollets de Sandrine se souviendront longtemps.

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Ouépa… Un, dos, tres temples visités et il est déjà midi ! Et à midi, le McMorning, c’est fini car c’est le moment où tout le monde va déjeuner ! On me dit qu´aujourd´hui, on me dit que les autres font ainsi, je ne suis pas les autres… Oh nooon… Donc ce midi, nous, à l’heure du déjeuner, on visite le Ta Prohm pour espérer s’y retrouver seuls, ou presque ! Faut dire que le Ta Prohm est très courtisé vu qu’il est l’un des trois temples majeurs d’Angkor avec Angkor Vat et le Bayon. Et pour ne rien te cacher, c’est certainement celui qui me fait le plus fantasmer de tout Angkor... Le Ta Prohm, tu le connais certainement car c’est celui que certains appellent communément le temple de Tomb Raider car il a servi de lieu de tournage au film dans lequel la poitrine généreuse d’Angelina Jolie tenait le rôle principal. Le Ta Prohm, tu le connais certainement car c’est celui où d’énormes arbres font l’amour sensuellement aux murs de l’enceinte du temple. Allez, on file à toute allure jusqu’à son entrée. Enfin le plus vite qu’un tuk chargé de six personnes le peut ! Chut… On entre.

 

Dès les premiers mètres parcourus, je sais que ça va être de la régalade en barre fantasmagorique. Peut-être même encore mieux qu’une bonne tête de veau sauce gribiche cuisinée par ma mère ! Ici, entre le minéral et le végétal, c’est « Je t’aime, moi non plus » ! Tantôt les arbres ont détruit le temple, tantôt ils en soutiennent les murs. On a clairement du mal à savoir qui permet à qui de tenir debout ! Au fil des siècles, les racines des fromagers et des ficus géants ont en effet pris possession des lieux, étranglant sauvagement les portes et les galeries en ruine, s’insinuant sournoisement dans chaque fissure, dégoulinant gloutonnement le long des murailles de pierre, et offrant par la même occasion un spectacle esthétique exceptionnel. Un parcours fléché est prévu mais il est également possible de s’en détourner pour partir en exploration dans des zones non entretenues où la nature tropicale et le temps ont jeté au sol des milliers d’énormes cubes de pierres comme de vulgaires pièces d’un puzzle géant. Beaucoup de supports sont fixés pour maintenir ce qui peut encore l’être, des cerclages maintiennent comme ils peuvent les tourelles, c’est moyennement rassurant ! Bon, je me dis que tout ça tient debout depuis plus de huit-cents ans et que ce serait vraiment ballot que quelque chose s’écroule pile poil au moment de notre passage... Quoique, je dois garder à l’esprit que je suis accompagné par mon père à qui il arrive toujours des histoires abracadabrantesques… « Pas de panique, maman, papa va bien ! En tout cas, pour l’instant… »

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Faut dire quand même que ce temple est immense puisque plus de douze mille personnes y vivaient au douzième siècle ! Du coup, il est facile de s’isoler et de s’octroyer des moments de solitude, magiques, assis sur des pierres bien plus vieilles que nous, à contempler tout ce silence, à écouter toute cette beauté. Oui, mon bon monsieur, la beauté ça s’écoute !... Et puis il y a les autres moments… Ceux où on revient sur le circuit classique pour y voir les endroits les plus emblématiques. Emblématiques mais un peu trop aménagés à mon goût. Passerelles en bois, barrières, cordon de sécurité. Emblématiques, aménagés, et malheureusement blindés de monde malgré l’heure du déjeuner. Emportés par la foule qui nous traîne, nous entraîne, écrasés l'un contre l'autre, nous ne formons qu'un seul corps… On se croirait devant le trône du Père Noël dans un centre commercial en plein mois de décembre à faire la queue pour pouvoir faire une photo de nos enfants sur les genoux d’un vieux bonhomme barbu. J’aperçois même un couple accompagné non seulement d’un guide, mais également d’un photographe personnel. On n’est plus vraiment dans l’ambiance « explorateur », là… Bref, tu l’as compris, le Ta Prohm, comme l’a si bien dit Daniel Balavoine en son temps, « Dieu que c’est beau ! », même si j’ai une petite lourdeur sur l’estomac à cause de tous ces touristes bruyants, pas très respectueux, qui gâchent un peu la fête, même à l’heure du déjeuner…

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Allez, comme Lara Croft a gagné sa partie de cache-cache, nous prenons maintenant nous aussi le temps d’une pause déjeuner au Malob Chhuer, un restaurant parmi tant d’autres mais qui va, ou non, permettre à Sandrine de se rappeler du Ta Prohm. Ben oui, comme tu le sais, la nourriture est la priorité number one de Sandrine dans un voyage ! Elle se rappelle des endroits visités si le repas qu’elle y a pris l’a marqué… Et comme j’avais lu avant de venir que ce restaurant servait de très bon lok lak, plat typique de viande sauté servi dans une sauce brune avec du riz, on s’y installe !

« Alors, Sandrine, le Ta Prohm, t’as trouvé ça comment ? 

- Pas très pimenté, copieux et plutôt agréable en bouche ! La bière y était bien fraîche ! »

Situé seulement à quelques encablures, on enchaîne maintenant avec le temple Banteay Kdei, tout d’abord célèbre pour sa beauté, ce qui n’est pas pour me déplaire, mais surtout réputé pour être boudé par les touristes chinois qui ne passent qu’en coup de vent à Angkor. Je confirme ces deux points ! Le site est vaste, ombragé, très peu restauré, dans son jus. Et surtout, nous y sommes seuls, nonobstant pas les quelques moines bouddhistes en toges orangées qui déambulent ici et qui ajoutent une petite touche d’exotisme au tableau… A l’arrière du temple, ne manque surtout pas l’énoooorme fromager aux racines impressionnantes. Bref, comme l’a si bien dit Vianney en son temps, « Dieu que c’est beau ! » Le Banteay Kdei fait du coup son entrée directe dans le top trois de mes temples préférés d’Angkor. Par pitié, ne fais pas ton chinois en passant à côté sans t’y arrêter !

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Un p’tit tour au bord de l’ancienne piscine royale Sras Srang qui fait passer les bassins olympiques pour de vulgaires mares aux canards, un p’tit arrêt au temple Prasat Kravan qui ne le méritait pourtant pas, et il est l’heure de faire plaisir à mes filles : Tous à la piscine de l’hôtel ! Après ça, il est l’heure de faire plaisir à tout le monde : Tous au salon de massage ! Ben oui, il faut savoir faire du bien à son corps pour que son esprit veuille y rester… J’ai donc réservé un massage traditionnel à l’huile d’une heure et demie au salon Lemongrass situé en centre-ville. Plus cher que les « massages » proposés en pleine rue mais ici, on est au moins sûr que les guillemets autour du mot massage ne sont pas nécessaires. Et on ne le regrette pas : Aucune difficulté pour marcher en sortant, donc tout va bien ! Plus sérieusement, confie ton corps à ces mains expertes sans appréhension, tu m’en diras des nouvelles !

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On déambule maintenant tranquillement dans cette ville à l’ambiance zen lorsque, tout à coup, sans prévenir, hallucination générale : Bienvenue à Touristicland ! Nous entrons en effet sur Pub Street, rue piétonne bordée de bars, restaurants, concerts, boutiques, et arpentée par des touristes du monde entier, hormis les chinois qui ont visiblement tous englouti leur bol de nouilles et sont déjà au lit ! Le scoop du soir, et bien figure-toi que je ne sais pas trop pourquoi, mais ça me plait. L’ambiance, peut-être... La bière pression à cinquante centimes, sûrement… On s’installe au « Ambience 1960 », on y commande une bière,… puis deux,… puis trois,… puis quatre... « Alors, elle est pas belle la vie au pays des temples d’Angkor ? » D’ailleurs, justement, rappelle-moi demain de te parler encore un peu de ces temples… De toute façon, demain est une autre aventure…

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(... en vrai, ça me fera plaisir...)

Franck

Auteur Organisateur Conteur Photographe

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