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Angkor un matin !

Jour 3 - 11 février

Bienvenue à toi, membre éminent de la confrérie des adorateurs d’Angkor ! Bienvenue à bord de cette nouvelle journée qui démarre sous les meilleures auspices au vu du ciel paré de la plus belle de ses robes bleues immaculées, du sourire de mes trois femmes en voyant arriver leurs énormes pancakes au petit-déjeuner, et du programme du jour aussi alléchant qu’un bon plat de glass noddles aux crevettes ! Le départ est donné à huit heures tapantes avec la volonté ferme de remplir notre mission de louer trois scooters pour zigzaguer dans le secteur. Deux problèmes doivent pour cela être solutionnés. Le premier, et pas des moindres, c’est qu’il est interdit, pour les touristes, de se rendre sur le site d’Angkor en scooter. La raison officielle qui est invoquée par les gentils politiciens locaux n’est autre que l’insécurité routière. La raison officieuse que tout le monde pense tout bas mais que je crie ici tout haut est que les corrompus politiciens locaux se font graisser la patte par le lobby des chauffeurs de tuk tuk qui voient chaque touriste le joufflu sur un scooter comme une poignée de dollars leur faisant des doigts d’honneur. Pour contrecarrer ces manigances qui vont à l’encontre des droits de l’homme, des touristes et des pilotes de scooters, j’ai donc prévu des déguisements d’asiatiques pour toute la famille ! Non, plus sérieusement, renseignement pris avant le départ, il est rare de se faire arrêter par la police locale. C’est décidé, nous allons donc braver courageusement l’interdiction. Problème numéro un réglé ! Le second souci est que, comme il y a cette fichue interdiction, les loueurs ne sont pas légion. Je n’en ai effectivement trouvé qu’un seul de référencé sur le net. D’ailleurs, nous sommes devant la boutique.

« Bonjour gente dame, je souhaiterais louer trois scooters, s’il vous plait !

- Désolé, nous n’en avons plus de disponible, je me suis faite dévaliser par un bus de chinois… »

Alors là, je tombe des nues ! Aussi invraisemblable que d’imaginer Sandrine organiser un voyage... En tout cas, pas bêtes ces chinois, ils se feront plus facilement passer pour des cambodgiens que nous… Bref, game over, petit événement inattendu qui rajoute un peu de sel sur cette journée, retour dans la rue pour une séance d’improvisation improvisée…

 

« Pardon monsieur, savez-vous où il me serait possible de trouver des scooters à louer ?

- Non, mais par contre, j’ai une ‘tiote camionnette tricycle et je peux tous vous charger pour vous emmener où vous voulez…

- Bon, ben, ok… Tape-la !

- Moi, Savath ! Et toi ?

- Oui, moi aussi, ça vatte plutôt bien ! Allez, direction Angkor ! »

Adieu la liberté promise ! Bonjour les kilomètres engoncés dans une boîte à sardines pilotée par Savath ! Moi pratiquement sur ses genoux, Sasha dans le coffre, Anna, Sandrine et mon père bien entassés à l’arrière… Ce matin, l’objectif est de faire une partie du grand tour mais en sens inverse, espérant être en déphasage total avec les groupes. Puis, l’après-midi, cap sur le Banteay Srei, temple situé à une quarantaine de minutes de route au nord-est d’Angkor. On commence donc notre programme avec le Pre Rup, temple pyramidal de son état dédié à la déesse Shiva. Temple pyramidal, oui. Temple incontournable, non !… On monte tout en haut en empruntant un escalier très pentu, on prend deux ou trois photos, et on retourne rapidement à notre bolide comme si la mort était à nos trousses. En fait, la mort, non, mais les touristes, oui ! Donc on ne moisit pas ici et on passe au temple suivant.

Et le suivant, c’est le Ta Som. Dans le genre amuse-gueule de notre festin du jour, celui-ci est une explosion en bouche ! C’est pour ce genre de temple qu’on a fait tous ces kilomètres ! Ayant été édifié à la même époque que le Ta Phrom, il est dans le même style et est lui aussi envahi par la végétation. Il est surtout connu pour sa gopura aux quatre visages à l’est du temple sur laquelle un énorme ficus a confortablement pris ses appartements. Nous concernant, nous retiendrons également son prasat central de plan cruciforme à faux étages. Bon, ok, j’arrête de me la raconter archéologue de pacotille qui emploie des termes techniques pour impressionner la galerie… Mais bon, comme je l’ai lu dans « Angkor pour les nuls », autant t’en faire profiter. Donc, pour ta gouverne, une « gopura » est une construction permettant l’accès à une enceinte, là où un « prasat » est la construction centrale d’un temple. Si tu veux un dessin, je t’invite cordialement à te diriger vers notre ami à tous, j’ai nommé Jean-Michel Wikipédia ! En tout cas, nous, on continue…

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La vie, c’est comme une boîte de chocolat. Et le chocolat suivant, c’est Neak Pean, un temple construit sur une île mystérieuse. Bon, il n’y pousse pas des champignons géants mais le cadre y est atypique car le lac au milieu duquel l’île se trouve est une ancienne forêt maintenant submergée d’où il ne subsiste que des troncs morts. A part ça, le truc me passionne autant qu’un court-métrage scandinave sous-titré en wolof. L’arrêt ne vaut vraiment que pour le paysage dont on dispose depuis la passerelle permettant l’accès à l’île. Pour le reste, next ! Ma parole, on suit un train d’enfer ! Et oui, mais peut-être te poses-tu la question de savoir pourquoi il y a autant de temples-villes les uns à côté des autres à Angkor ? En fait, la période angkorienne débuta au neuvième siècle lorsque le dieu-roi Jyavarman II unifia plusieurs autres petits royaumes pour n’en former qu’un seul. C’est ce qu’on appelle communément maintenant l’empire khmer. Divers monarques se succédèrent et construisirent des temples plus grands et beaux que ceux de leurs prédécesseurs ; une manière pour eux de légitimer leur pouvoir et de laisser une trace… Voilà pour la minute historique qui remet l’église au milieu du village. Ou plutôt le temple au milieu d’Angkor !

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On avance, on avance, on avance,… c’est une évidence, faut qu’on avance pour maintenant se rendre au Preah Khan où on risque de s’établir pour quelques temps vue la taille de ce temple. Que dis-je,… de cette ville entourée de douves et de plusieurs enceintes ! Un temple comme on les affectionne. Des ruines, de la végétation, des dédales de couloirs, des chaos de pierres, des chants d’oiseaux, des gravures finement ciselées de devatas, représentations récurrentes de l’art khmer de divinités féminines, sortes de nymphes célestes présentées les yeux fermés et arborant toujours une belle poitrine généreuse au galbe parfait ne demandant qu’à être caressée… Regardez-moi dans les yeux… J’ai dit les yeux ! Oups, je m’égare, là…

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Nous déambulons ici presqu’au hasard, presque seuls, presque deux heures… jusqu’à déboucher sur l’arrière du site où deux arbres géants défient les lois de l’équilibre. Ils ont poussé en biais sur la toiture d’un des bâtiments et ne sont amarrés que par leurs longues racines dégoulinant de la toiture pour serpenter jusqu’au sol dans un déséquilibre esthétique parfait… C’est aussi ici que les gamins du coin décident d’harceler les touristes béats de contemplation pour leur extirper quelques billets contre un bouquin ou quelques cartes postales dont ils répètent inlassablement le nom des sites qu'elles représentent… Mais cela n’enlève rien au fait que le Preah Khan est un point de passage obligatoire de cette merveille du monde… Quoi ? Que me dis-tu là ? Angkor ne fait pas partie de la liste des sept merveilles du monde ?... Et oui, quand on sait que Angkor, Bagan, sans même parler de Woinic, ne font pas partie des sept merveilles du monde moderne alors que le Colisée de Rome ou le Corcovado de Rio en sont, on se dit quand même qu’il y a un lézard dans la botte, non ?

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Allez, on en veut Angkor et encore, c’est que le début, d’accord, d’accord… L’heure du déjeuner approche mais comme hier, nous décidons pour l’instant de faire la grève de la gamelle pour profiter d’un nouveau temple sans trop de populace. Et ça devrait être le cas avec celui qui nous attend car il se situe à près de quarante minutes de route des principaux autres points d’intérêt. Banteay Srei, considéré comme le joyau de la couronne khmère… Banteay Srei, la citadelle des femmes. Les archéologues pensent en effet que seules des femmes ont pu avoir assez de raffinement, de grandiloquence et de patience pour graver tous les petits motifs qui recouvrent les murs du temple comme une immense tapisserie. N’importe quoi ! Et le Stade Vélodrome, il a été construit par des femmes, c’est ça ?... La seconde particularité de ce temple est qu’à contrario des autres, il a été taillé dans du grès rose. En fonction de l’orientation du soleil, la pierre peut virer du rose au rouge en passant par l’orange. Et bien on va aller se délecter de tout ça, laissant Savath tomber dans les bras de Bouddha ; Morphée étant has-been par ici…

 

Finalement, cette visite est assez rapide ; le temple n’étant pas si grand que ça… Et finalement, cette visite est décevante ; le temple n’étant pas si impressionnant que ça… Oui, je fais mon Schtroumpf grognon mais disons qu’au vu des lectures de déclarations d’amour enflammées d’autres routards, sans oublier sa troisième position au classement des temples d’Angkor sur Tripadvisor, je m’attendais à tomber moi aussi sous le charme… Ecoute-moi ça : « Un palais de fées incroyable en plein cœur d'une forêt immense et mystérieuse », « Ce site mérite autant de temps que votre emploi du temps le permet », « Le temple enchanteur du Banteay Srei est presque le site préféré de toute la famille »,… Et patati et patatrac ! Tout un kebab de mensonges… ou de subjectivité mal placée ! Selon moi, ok, le temple est différent des autres, ok le temple est beau, mais non de non, il ne justifie en aucun cas tous les kilomètres que je me suis farci le nez sous les aisselles de Savath pour venir jusqu’ici… Du coup, on noie notre chagrin dans les boutiques à la sortie du site pour dépenser toutes nos économies ! Onze dollars pour un t-shirt et deux pantalons. Oui, moi, j’suis comme ça, capable de craquer des sommes invraisemblables quand je suis en pleine déception… Ne me juge pas, je suis aussi capable de me jeter sur une plaque de chocolat, ou bien même sur une bonne cuisse de chien mijotée. Ou tout du moins sur ce qui y ressemble !

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Et à l’instant où je te parle, le contenu de l’assiette que j’ai devant moi dans le boui-boui où nous a déposé Savath pour le repas y ressemble dangereusement. Je ne suis pas pêcheur mais je dirais qu’il y a anguille sous roche. C’est tout sauf du poulet label rouge élevé en plein air dans la Bresse comme la dame nous l’a vendu ! On ne retrouve aucun os typique du poulet, la viande est plus foncée et le goût plus prononcé. Ne manque que l’aboiement pour me convaincre… Mais bon, n’ayant pas encore l'habitude de manger du chien, je n'y mettrai donc pas ta main à couper. Ce que je peux toutefois t’en dire, chien ou pas chien, c’est que le résultat n’est pas dingue du tout. Dans les milieux autorisés, je me serais certainement laissé tenter par un « C’est dégueulasse » ; c’est pour dire !

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Allez, ne restons pas plantés là comme des cannes à sucre plus longtemps, retour à Siem Reap pour la fin d’après-midi où tout le monde vaque à ses occupations. Piscine pour les uns, coiffeur branché dans la rue à deux dollars la coupe pour les autres. Je fais bien évidemment partie du second groupe pour une nouvelle expérience capillaire. Trois minute trente top chrono et deux dollars pour mon scalp. Et deux heures pour huit dollars pour celui de Sasha !!! Oui, deux heures… Et ouf, je n’avais que dix dollars sur moi. Par contre, en sortant, la nuit est tombée et je galère un peu pour retrouver ma route que je demande courtoisement à un chauffeur de tuk tuk :

« Oui, je connais ! Montez, je vous y emmène !

- Ben non, désolé, je n’ai pas d’argent sur moi, les coiffeurs m’ont tout pris !

- Pas grave, j’aime beaucoup vos coupes de cheveux, ce sera gratuit pour vous ! »

Merci l’ami !

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Bon, pour éviter de gonfler le lecteur que tu es avec des évènements insignifiants, je passe une annonce dans Leboncoin : « Cherche site digne d’intérêt fréquenté presqu’exclusivement par des cambodgiens souhaitant se retrouver entre eux un peu en dehors de la ville ». Loto bingo ! J’ai trouvé ! Voici donc un bon plan pour toi, si tu désires toi aussi voir ce que font les cambodgiens pour se divertir le soir après leur dure journée de labeur. Ils se rendent en un lieu qui se nomme la « Route 60 » ! Rien à voir avec la « Route 66 » ! Ici, barbecues géants, manèges archaïques et stands d’articles contrefaits sont là pour divertir la foule. On y trouve tout ce que tu veux, même ce que tu ne veux pas ! Ambiance top, simple et locale ! On adore ! Quelques achats, un énormes repas,… On est calé jusque demain ! De toute façon, demain est une autre aventure…

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Toi, petit gourmand, je sais que tu en veux plus...

Et si tu veux me laisser un petit message ou partager la page... 

(... en vrai, ça me fera plaisir...)

Franck

Auteur Organisateur Conteur Photographe

... pour te servir !

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Quand je ne suis pas en vadrouille, soit je prépare la suivante, soit je raconte la précédente...

On part en vadrouille