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L’hymne à la glandouille

Jour 8 - 16 février

La nouvelle journée commence tambour battant, illico presto, du tac au tac, dare dare motus, on n’peut plus vite, sur les chapeaux de roue !... Houlà, respire calmement par les deux narines, je te rappelle que le vaisseau-mère a ordonné hier la signature d’un décret promulguant officiellement le début des vacances comme elle l’entendait ! Car oui, ne nous voilons pas la face derrière un niqab grillagé, nous avons troqué notre costume d’aventurier explorateur contre celui de serial glandeur à la plage depuis notre débarquement à Koh Rong… Là, il est dix heures, ce sont les vacances,… et réciproquement ! D’ailleurs, veux-tu savoir ce vers quoi mes pensées m’emmènent, là, tout de suite, maintenant ? Et bien je pense à ces plages du sud de la France qui se noircissent chaque été de vacanciers désireux de faire la crêpe pendant que leurs marmots jouent les architectes pelles à la main. Je songe à toutes ces personnes qui paient plus de mille euros la semaine pour un mobil-home avec vue imprenable sur celui du voisin… Mais diantre, pourquoi ces gens ont-ils ces pulsions les contraignant à tous se rendre en un seul et même lieu comme des végans autour d’un buffet de crudités ? Approche un peu, je vais te le dire : Ils se refusent à sauter dans le vide et ne sauront donc jamais voler. Bon, ok, ça demande un minimum de préparation. Bon, ok, c’est un tantinet chronophage. Mais le retour sur investissement me permet, là, tout de suite, maintenant, de me retrouver au beau milieu de l’hiver, le fessier dans un hamac face à une plage magnifique, sable blanc, à deux pas de notre cabane tout confort dans les arbres… Et tout ça pour le prix d’un Ibis Budget en promotion ! Et oui, il y a moins bien, mais c’est plus cher !!!

 

Mais rassure-toi, je n’ai pas l’intention de remuer le couteau sur le feu toute la journée, car j’ai noté en rouge et surligné en jaune fluo qu’il fallait aussi se bouger les fesses en se rendant à la Soksan Beach, plus communément appelée Long Beach. Cette plage, située à l’ouest de l’île, est le fantasme de tes nuits grâce auquel tu te réveilles chaque matin avec l’envie folle de faire l’amour à ton voisin de chambrée. A son CV, une expérience solide en sable immaculé, des compétences indéniables en eau translucide, et une formation réussie  en végétation préservée. A la lecture de sa lettre de motivation, il semblerait en plus de ça qu’elle fasse plus de sept kilomètres de long ! « Pas besoin d’entretien, t’es embauchée en CDI !!! » Pour ta culture télévisuelle autre que les Anges de la télé-réalité, c’est d’ailleurs sur cette plage que la saison 2016 de Koh Lanta a été tournée. « Et à la fin, il n’en restera plus qu’un !... Les membres de la tribu réunifiée ont décidé de vous éliminer et leur sentence et irrévocable ! » T’as vu, moi aussi je saurais le faire !... #JeveuxêtreDenisBrognart… Bref, pour te rendre au paradis, tu ne tueras point, tu n’auras pas d’autre dieu que moi, et tu auras le choix entre deux itinéraires. Le premier coupe à travers la jungle là où le second suit le littoral. Le premier est plus court mais ardu, là où le second est plus long mais bien plus cool. Bon, pour ne pas brusquer le grand stratéguerre dès la phase aller, on va faire soft avec l’option deux.

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Pour cela, il te faut gagner Koh Touch, le traverser, puis suivre le littoral par un petit chemin dérobé qui serpente dans la végétation jusqu’à déboucher sur une route plus large en gravier. Au début, c’est plaisant, des papillons virevoltent autour de nous, des tortues nous font signe de la patte… Par la suite,… ça l’est beaucoup moins. C’est franchement long et on est constamment à portée de tir du soleil ! La délivrance n’en sera que plus agréable, te dis-tu peut-être ?… Je plussoie des deux mains ! Car si j’étais là, tout de suite, maintenant au travail, je ne me rappellerais à coup sûr pas de cette journée dans un an. Sauf que là, vu le diamant dix-huit carats qui se reflète dans mes yeux, je sais que cette journée va s’écrire à l’encre indélébile sur une étoffe précieuse que je conserverai toujours sur moi... Ça va, j’ai capté ton attention ? Car quand un type écrit sur TripAdvisor que le sable de cette plage est plus blanc que blanc, c’est un doux euphémisme. Un peu comme quand on dit à un mioche de ne pas fixer le soleil, ici, c’est la même chose avec le sable de cette plage tellement il éblouit ! Et le pois-chiche sur le couscous Garbit, c’est que ce bac à sable blanc a été déposé ici par la déesse de la mer rien que pour nos slips de bain Quechua ! Oui, oui, nous sommes seuls, à part cet imbécile heureux qui court comme un dératé sur la plage ! Ah mince, c’est moi… Du coup, nous sommes officiellement seuls. Comme seuls sur le sable, les yeux dans l’eau, mon rêve était trop beau… Allez, chausse tes lunettes de soleil, attention les yeux … Le poids des mots, le choc des photos !

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Sans réfléchir et en se brûlant la voûte plantaire au troisième degré pour y accéder, on se jette direct dans cet océan de Volvic. « Mon cadet, n’oublie pas de te mouiller précautionneusement la nuque avant d’entrer dans l’eau ! » Ça, c’est mon père qui me le demandait quand j’étais minot. Sauf qu’à l’époque, on partait en vacances à la Tranche sur Mer ! Là, papa, nous sommes à près de dix mille kilomètres de la Vendée, dans une eau dix degrés plus chaude. Ma nuque s’acclimatera bien toute seule... « Seul », on n’a effectivement que ce mot à la bouche… Seuls sur une plage paradisiaque, quel pied ! Seuls sur une plage paradisiaque à l’heure du déjeuner, Houston, on a un problème ! Seuls sur une plage paradisiaque à l’heure du déjeuner avec nos deux Gremlins, Houston, Whitney vient de décéder ! Oh mes filles, oh mes filles, elles me rendent marteau ! Me voilà avec mon père, à arpenter la plage pour y trouver beignets, chouchous,… Désolé, on n’est pas à la Tranche sur Mer, ici ! Bon, ben un pad-thaï, alors ?… Niet… Je ne t’ai pas menti, nous sommes seuls. Celui qui n’a jamais été seul, au moins une fois dans sa vie, sur une plage paradisiaque, ne peut pas comprendre… Bref, on rentre le pad-thaï entre les jambes et au grand bonheur de nos filles, le repas de ce midi sera sponsorisé par Weight Watchers.

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Je n’ai jamais eu une heure de chagrin qu’une heure de lecture n’ait dispersé… Je ne sais plus si cette phrase est de moi ou de Montesquieu, mais en tout cas, on passe une partie de notre temps à lire à l’ombre salvatrice de notre tamaris… On se baigne quand la température de nos corps nous l’ordonne, on se laisse aller à une sieste lorsque nos yeux papillonnent, on divague dans les vagues, on jase avec cette plage déserte, on profite de notre journée internationale du glandage dont le thème est « Carte postale ». Bref que du blabla qui ne t’intéresse pas. Pire, qui doit t’irriter, un peu, beaucoup,… Du coup, je t’emmène directement au moment où nos corps arborent une teinte subtilement rosée de fin de cuisson qu’il ne reste plus qu’à accompagner de sa bouteille de Biafine. Il est en effet l’heure de regagner nos pénates, surtout qu’un orage gronde dangereusement au loin. Oups, il s’agit en fait du ventre de Sandrine qui manifeste bruyamment son mécontentement ! « Ma chère et tendre Sandrine, si tu le souhaites, ton humble et dévoué mari a ouï-dire de l’existence d’un chemin plus court pouvant présenter l’avantage de parvenir bien plus prestement à ton assiette ! » Subtil, le gars… Car tu l’as compris, je ferais n’importe quoi pour satisfaire mon corps qui me réclame une dose d’adrénaline après deux jours de longue abstinence ! Moi, je veux des singes féroces, des serpents mangeurs d’hommes, des araignées de la taille de ma main, de l’acide lactique dans les cuisses ! Je veux… « Ok, on te suit ! » Alors là, j’ai réussi à convaincre Sandrine de passer par la jungle sans négociation ni contrepartie sexuelle. Rien que pour ça, je crois que je mérite les félicitations du jury !

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Allez, zou, juste à droite de la grande bâtisse à l’extrémité de la plage, on emprunte un chemin qui grimpe. Check pour l’acide lactique dans les cuisses ! Ensuite, pas d'itinéraire précis ni de fléchage. Juste une vague idée de là où il faut aller, comme si j'avais une boussole, sauf que je n'en ai pas. Comme si j’avais une machette, sauf que je n’en ai pas. Comme si j’avais des chaussures de randonnée sauf que je suis en tongs. Forcément, je me paume un peu mais rien de bien alarmant, c’est l’aventure ! Aïe, pour les singes, les serpents et les araignées, Sandrine repassera car dès cette première once de difficulté d’orientation, tour de magie de David Copperfield, tournicoti tournicoton, paf, elle a disparu avec Anna... en criant quelques noms d’oiseaux, cela va sans dire… Le reste de la transhumance se fera donc mon père, Sasha et moi, escaladant, grimpant, enjambant, crapahutant dans cette végétation luxuriante qui fleure bon la nature brute de pomme sans les pommes. Une fois parvenus au sommet, car bien évidemment, nous y sommes parvenus, plus insolite que de voir mon père commander tout seul une bière en anglais, un couple de tchèques nous attend là, bien sagement, en nous interpelant : « Oranžová vodka, to vám řekne ? » Ayant fait tchèque en première langue, cela signifie « Une vodka orange, ça vous dit ? » Non, mais ! Qu’est-ce que c’est qu’ces alcoolos ! Je suis outré de constater que de jeunes personnes biovent de la colle en pleine ouprès-bidi ! Moi, tu m’connais, il é pord de bestion que ze boize leur boichon ! Moi, je chuis quéquin d’chérieux ! Hic !

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Bref, nos foies regonflés à bloc, nous parvenons à Koh Touch après quarante-cinq minutes, là où les marathoniennes Sandrine et Anna vont en baver pendant près d’une heure et demie par la route du littoral et sans stand de ravitaillement Zubrowska… What the duck !!! Devine un peu sur qui on tombe en arrivant à Koh Touch, tranquillement attablées sur la plage abandonnée, coquillages et crustacés, en train de s’empiffrer crêpes et fruit shakes ?... Dans l’mille Emile ! Sandrine et Anna ! Après consultation sur Betclic, les différentes options de paris en ligne sont les suivantes :

- Choix A, cote à dix contre un : Nouveau tour de magie de David Copperfield qui les a téléportées directement à Koh Touch.

- Choix B, cote à cent contre un : Elles ont couru sur la route du littoral rien que pour arriver avant nous.

- Choix C, cote à deux contre un : Elles se sont faites ramener par un p’tit gars en mobylette qui passait par là.

- Choix D, cote à trois contre un : Il n’y avait pas que de la vodka dans le mélange des tchèques de tout à l’heure et je suis pris d’hallucinations.

 

Cent pourcent des gagnants ont tenté leur chance ! Toi, même si tu n’y crois guère, je suis sûr que tu pries pour que ce soit la réponse B, rien que pour me fermer mon caquet, n’est-ce pas ? Sauf que, force est de constater qu’au fur et à mesure de mes lectures, tu connais presque ma femme aussi bien que moi. Du coup, tu sais indéniablement qu’elle va te décevoir… Rien n’y fait, tu as beau tourner cette histoire dans tous les sens, cela ne peut être que la réponse C… A moins que… Non, ce n’est pas possible… Et bien, non, effectivement, ce n’est pas possible ! Elles se sont faites déposer directement à Koh Touch contre un billet de cinq dollars… Non mais tu t’rends compte ? Cinq dollars, le prix de cinq bières !!! Restons magnanime et pardonnons à ces êtres faibles…

 

Bref, on termine avec elles l’après-midi dans ce petit établissement, à manger, à boire, et à tailler la bavette avec le tenancier, un pur breton qui nous raconte son parcours chaotique depuis ses Côtes d’Armor natales jusqu’à cette affaire qu’il a monté ici, sur la plage de Koh Touch à Koh Rong avec sa femme vietnamienne… Un sacré personnage ! Personnage qui nous loue, pour l’anecdote, trois scooters pour notre virée de demain. De toute façon, demain est une autre aventure…

Toi, petit gourmand, je sais que tu en veux plus...

Et si tu veux me laisser un petit message ou partager la page... 

(... en vrai, ça me fera plaisir...)

Franck

Auteur Organisateur Conteur Photographe

... pour te servir !

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Quand je ne suis pas en vadrouille, soit je prépare la suivante, soit je raconte la précédente...

On part en vadrouille