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Over the rainbow !

Jour 9 - 31 octobre

« Toc toc toc !

- Qui est là ?

- Apu Winicunca !

- Apu Winicunca qui ?

- Apu Winicunca, la montagne arc-en-ciel pour une super journée ! »

Et pour s’y rendre, on se lève à l’aube ! Oups, correction, on se lève plutôt à un moment entre le crépuscule et l’aube car une navette passe nous prendre à notre hôtel à trois heures et demi ce matin ! Bon, ça, c’est ce qui est écrit noir sur blanc sur le contrat. Car en réalité, on fait le trottoir de trois heures et quart jusqu’à quatre heures et demie. Mais à cette heure-là, pas un seul client, pas une seule passe jusqu’à ce que le chauffeur de notre van daigne enfin se montrer… Si tu rajoutes à ça le téléphone de l’accueil de l’hôtel, adjacent à notre chambre, qui a sonné sans discontinuer entre minuit et trois heures, empêchant par la même occasion Morphée de venir nous kidnapper, tu imagines aisément la tête de nos têtes. Du coup, par pitié, sois indulgent si je ne te décris pas avec une précision chirurgicale les trois heures de trajet nécessaires pour accéder de Cuzco à Apu Winicunca ! Zzzzzzzzzzzzz…

 

Trois heures pendant lesquelles mon esprit rêve aux paysages irréels qu’on va s’injecter dans les yeux aujourd’hui… Faut dire que la première fois que j’ai vu une photo de la montagne arc-en-ciel d’Apu Winicunca, c’était en flânant sur Facebook. La photo faisait partie d’un article dont le titre racoleur était un truc du genre « Exclusivité : Le top 20 des endroits naturels incroyables mais vrais qu’il faut absolument avoir vu au moins une fois dans sa vie ! Le numéro 10 va vous faire tomber par terre ! » Arrivé en tête à tête avec le numéro 10, je suis dans un premier temps effectivement tombé de ma chaise. Une fois mon cerveau remis dans le sens de la marche, je me suis dit que c’était obligatoirement un gros fake Photoshop tellement ça paraissait irréel. En tout cas, je n’aurais jamais pensé que quelques mois plus tard, je viendrais sur place pour témoigner de mes propres yeux de l’existence d’une telle manifestation artistique de dame nature. Aucun trucage cent pour cent garanti ! Attention, minute culturelle qui constitue la vraie valeur ajoutée de ce blog : Les différentes couches de couleurs de cette Rainbow Mountain sont le fait de la présence de zinc pour le vert, de cuivre pour le rouge, de manganèse pour le bleu, et de calcaire pour le blanc. Bon, après vérification sur d’autres sites internet, il semblerait que le vert soit du cuivre, le rouge du fer, le jaune du soufre et le blanc du zinc. A moins que ce ne soit de la menthe, de la grenadine, du citron et de la coco… Bref, ce dont je suis sûr et certain, c’est qu’il y a de belles couleurs ! S’il y a un scientifique dans la salle, qu’il se manifeste tout de suite pour nous éclairer de sa lumière,… ou qu’il se taise à jamais ! Merci d’avance…

 

Après deux heures de route, nous sommes réveillés dans la dernière montée, en pleine Cordillère, par les premiers rayons du soleil, mais aussi et surtout par les nids de poule et les coups de volant pour éviter les vraies poules. Ça tombe bien, ça nous permet de constater que les paysages environnants sont grandioses... Nous traversons des villages tout droit sortis du siècle dernier jusqu’à celui où nous allons prendre notre petit-déjeuner. C’est très copieux et tous les membres du groupe abusent honteusement de l’infusion à la coca qui aide soi-disant à lutter contre le mal de l’altitude. Faut dire que durant notre trek, il est prévu de passer un col à cinq mille cent mètres ! Car oui, la Rainbow Mountain ne s’offre pas au premier venu comme une vieille prostituée ! Il va falloir s’agiter les gambettes pour avaler les six kilomètres et les sept cents mètres de dénivelé à une altitude d’où on toisera le sommet du Mont Blanc !

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Début des hostilités à quatre mille quatre cents mètres d’altitude. Tout le monde est motivé, les quatorze membres de notre expédition sont bien équipés... à part Jean-Michel Jépafrois, un mexicain qui s’est cru en avril et s’est découvert d’un fil pour se lancer dans l’ascension en jean t-shirt baskets ! « Hé, Jean-Michel Jépafrois, vue la température de pingouin, tu ne savais pas qu’aujourd’hui, c’était culotte obligatoire ? Ce n’est pas le moment de te la jouer à la Sharon Stone... Pour le croisage - décroisage de jambes sans culotte, mieux vaut attendre un jour meilleur ! » Bon, le premier kilomètre est parfait pour s’échauffer les jambes sur du plat. Après, ça grimpe sévère. Certains feignants capitulent déjà, préférant avoir recours aux services de pauvres business-canassons pour continuer à monter. D'autres avancent mais à un rythme de sénateur comparés aux dragsters bleu blanc rouge made in France. Marchons, marchons, qu'un sang impur abreuve nos sillons… On double le mexicain, on largue le chilien, on dépose les canadiens... Seuls les allemands tentent désespérément de se caler dans notre roue. En vain puisqu’on envoie du pâté ardennais pour se retrouver rapidement seuls en tête. Pierre de Coubertin peut aller se rhabiller, le jour de gloire est arrivé, l’étendard sanglant est levé ! Le guide nous avait indiqué dans le van que le record de l’ascension pour un touriste était d’une heure et demi. Mon frère passe la ligne d’arrivée en une heure dix et moi en une heure seize sous un tonnerre d’applaudissements imaginaires ! A nous le Guinness Book !

Et alors, cette montagne couleur Dragibus ?... Ouragan sensoriel, extracteur d'œil de son orbite, cerveau frappé par la foudre divine,… Apu Winicunca , roi des superlatifs ! Sans mentir, le paysage est inconcevable pour un esprit normalement constitué ! Une beauté sans nom. La preuve, je suis incapable de te le décrire avec des mots qui existent dans mon vocabulaire… Et comme on est arrivé avec presqu’une heure d’avance sur la lanterne rouge de notre groupe, on prend le temps d’en profiter, de le contempler sous le soleil, de l’admirer sous les nuages, de méditer sous les flocons de neige,… Oui, il se met à neiger ! Je rappelle qu’on se les gèle bien comme il faut, qu’on est à plus de cinq mille mètres d’altitude et qu’on a même des glaciers juste autour de nous ! « Par contre, qu’est-ce que c’est que ce bruit de claquement ? » Rassure-toi, ce n’est que notre mariachi Jean-Michel Jépafrois qui joue des castagnettes avec ses dents !

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Bon, alors, cette montagnes aux sept couleurs, ça t’a plu ?... Et pourtant, le plus cool de cette journée reste encore à venir ! Si si, j’te jure, c’est possible ! Contrairement à quatre-vingts dix-neuf pour cent des chanceux qui montent jusqu’ici, la grimpette du matin n’était pour nous qu’un appetizer. On a faim, on en redemande. Loin de nous l’idée de snober la montagne arc-en-ciel en repartant bêtement par le même chemin. Pour venir ici, on a volontairement choisi de passer par l’agence Peru Travel Explorer qui est une des seules à proposer le retour par Red Valley contre quelques sols et onze kilomètres de marche en plus. Résultat, il n’y a que notre petit groupe qui s’élance pour un bonus de trois heures de balade supplémentaires. Bon, certes, on parle de balade mais ça commence fort avec une descente assez raide sur des cailloubles, mélange de cailloux et de sables qu’on dévale en courant avec notre guide ! Les vues nous coupent le souffle, mais pas les jambes. Les paysages sont vraiment kiffants, partout où notre regard se pose sur cette vallée aux couleurs une nouvelle fois irréelles. On se sent seuls au monde à gambader dans cette vallée, à sauter au-dessus de petits ruisseaux, à croiser des troupeaux de lamas. Franchement, je ne suis pas du genre à devenir gaga devant un animal, mais eux, rien que voir leurs trognes ahuries nous regarder stoïquement passer me fait marrer ! On croise aussi des familles de paysans qui vivent ici, au fin fond du trou du cul de Trifouillis-la-Galette ! On se pose cette question cent vingt-huit fois sur le parcours : « Mais par quelle opération du petit Jésus en sont-ils arrivés à venir vivre ici ? »

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Conclusion, on a adoré la Rainbow Mountain, mais nos cœurs balancent encore plus vers la Red Valley. Certainement le fait que nous y soyons seuls, car une fois de plus, nous avons pris les commandes de la course et sommes tous les deux looooiiiinnn devant le reste du groupe… A chaque pas, nous restons bouche bée devant ce décor digne du Seigneur des Anneaux dans lequel nous tenons les rôles principaux… Jusqu’au moment où on doit se rendre à l’évidence : Le van est en approche et ce moment fort du voyage va prendre fin. Quand faut y aller, faut y aller… Bon, faut dire qu’à cette heure-ci, la dalle commence à se faire pressante. Nouvel arrêt dans le même village que tout à l’heure pour un bon repas revigorant, nouvelle route pour une sieste reposante, et nous voici revenu à notre point de départ : Cuzco où la fête d’Halloween bat déjà son plein ! Déguisés en routards vagabonds mimi cracra, on erre comme ça parmi les vampires, les sorcières et autres Donald Trump en attendant l’heure de départ de notre bus. Car oui, après une bonne journée de marche à macérer dans sa sueur, quoi de mieux qu’une bonne douche ? Euh, pardon, quoi de mieux qu’une bonne nuit dans un bus ?... « Et pour aller où ? » Dans la culture inca, il paraîtrait que le soleil se couche chaque jour à Cuzco pour renaître chaque matin des entrailles du lac Titicaca, suivant la vallée qui sépare ces deux endroits durant son périple quotidien. C’est pour cette raison qu’on appelle cette route « Ruta del Sol ». Bref, si je te dis tout ça, c’est parce que c’est cette même route qu’on va emprunter cette nuit. Objectif Titicaca pour demain ! De toute façon, demain est une autre aventure…

Et si tu veux me laisser un petit message ou partager la page... 

(... en vrai, ça me fera plaisir...)

Franck

Auteur Organisateur Conteur Photographe

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