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La vallée de la moooort qui tue

Jour 19 - 9 juillet

Très chers beaux-parents, après un break Kitkat de trois jours à Las Vegas à glander, à s’empiffrer, à se saouler, à dépenser,… et à se sécher les cheveux, votre fille m’a donné le feu vert pour reprendre le régime drastique des réveils matinaux qu’on s’inflige généralement aux Etats-Unis. La raison en est simplissime : Nous mettons Vegas dans l’rétro, bien rangé au rayon de nos super souvenirs ! En d’autres termes, après avoir trompé mon amour trois nuits d’affilée, je me reglisse tout penaud dans son lit ! « Mais oui, c’est toi que j’préfère ma belle nature ! » Je le crie haut et fort et je le prouve avec la visite d’un nouveau parc national dès aujourd’hui ! Mais pas un parc en carton ! Le parc des extrêmes ! Le plus chaud, le plus sec, le plus bas, le plus grand, le plus qui fout les boules à tout le monde. Rien que son nom fait faire des cauchemars aux jeunes routards prépubères : la Vallée de la Mort ! Death Valley pour les speakenglish ! Selon toi, pourquoi lui avoir attribué ce nom de film d’horreur ?... Electrolux, Whirlpool, Thomson,… Non, le meilleur four, il est bien ici ! Car c'est à Furnace Creek, au cœur de Death Valley, qu’a été enregistré le record de température de tous les temps sur notre planète. Enfin, quand je dis « de tous les temps », je veux bien sûr dire « depuis que Dieu a créé le thermomètre » ! Ce fut en 1913, donc rien à voir avec le réchauffement climatique, et le mercure afficha à l’époque 56,7 °C à l’ombre. La légende prétend même qu’il fait tellement chaud dans ce parc qu’il est possible de faire cuire des œufs directement sur le sol ! « Les fifilles, ça vous dit des œufs sur le plat pour ce midi ? » Pour la petite histoire, tellement de gens ont tenté l’expérience qu’il est indiqué à l’entrée du parc qu’il est interdit de faire cuire ses œufs sur la route !!! Véridique !... « Va te faire cuire un œuf ailleurs !! » Outre la chaleur, c’est aussi un des endroits les plus secs de chez secs au monde. Presqu’autant que les joyeuses à Taupin ! Certaines années, pas une goutte d’eau n’y tombe ; la zone étant protégée par cinq chaînes de montagne. Mais attends, ce n’est pas fini, car c’est également dans la Vallée de la Mort, à Badwater, qu’on trouve l’endroit le plus bas en altitude de tout le continent américain, avec quatre-vingt-cinq mètres sous le niveau de la grande bleue. Et comme si ça ne suffisait pas, la Vallée de la Mort est le plus grand parc national américain avec sa surface de sept mille huit-cents kilomètres carré, soit bigrement plus que le plus beau département français qui en affiche fièrement cinq mille deux-cents. « Quoi, tu ne connais pas les Ardennes ? » Bref, tu as donc plus de chances de t’y perdre, donc plus de chances d’y mourir… D’où son nom ! Pas de panique Marie et Michel, je viens de vérifier et j’ai bien prévu de vous ramener votre fille vivante dans mon programme !

Et sinon, qu’est-ce qu’ils annoncent à la météo pour aujourd'hui ? Voici une question qui ne se pose jamais dans la Vallée de la Mort, voyons ! C’est parti pour une journée en enfeeeeer ! On tape la bise à Vegas en descendant une dernière fois le Strip, on traverse Red Rock Canyon sans même s’y arrêter, on croise nos premiers Joshua Tree chers à U2 après avoir fait notre come-back en Californie, et on vient tout naturellement se poser comme une fleur à l’entrée de la mortelle vallée pour notre photo traditionnelle. Pas encore flétrie la fleur car la température n’est bizarrement pas si élevée que ça… C’est pourtant bien écrit en gros sur la pancarte : « Death Valley » ! Nous sommes donc bien là où nous sommes censés être ! On m’aurait menti ? Moi qui m’attendais à voir fondre mes tongs sur le bitume brûlant de la route et ne pas pouvoir m’éloigner à plus de dix mètres de la clim de la voiture sous peine d’être instantanément transformé en chips Lays saveur poulet grillé, je dois dire que je suis un tantinet déçu… Si si…

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Allez, en antipasti, on monte sans plus attendre à Dante’s View. Et qu’est-ce qu’on constate une fois arrivés là-bas ?... Qu’à simplement deux heures de route, on est à des années lumière de Las Vegas ! Pas une construction en vue, une densité humaine proche de zéro… Et ce silence… Tu as entendu ce silence ?... Garanti cent pour cent pur jus, ce panorama 16/9ème sur toute cette étendue aride plait même à Sandrine. Ben oui mon aïeux, elle vient de faire une photo avec son téléphone portable ! Ça, ça ne trompe pas ! Et pourtant, c’est tellement grand qu'il est impossible de tout faire rentrer dans la boîte à photos. Pas la peine d'essayer, je n'y suis pas arrivé. Passé ce premier contact, on se dit que ça a l'air aussi vachement sympa en bas. On prend donc nos clics et nos clacs alias Anna et Sasha et on plonge la tête la première dans la vallée.

Aïe, le plongeon a peut-être été un peu trop profond car nous errons rapidement sur une piste poussiéreuse très étroite s’enfonçant dangereusement dans l’antre mystérieuse de collines lunaires desséchées semblant vierges de toute vie à des centaines de kilomètres à la ronde. L’hostilité à l’état brut, l’inhospitalité à l’état pur ! S’il prend soudainement l’idée à un de nos pneus de lâchement nous abandonner, si Patty nous fait honteusement le coup de la panne, si la colline a des yeux, c’est à coup sûr une patrouille de rangers qui retrouvera ici nos corps décharnés sauvagement attaqués par des coyotes aux dents acérées qui n’en attendaient pas tant pour se jeter sur la pitance que le destin leur a généreusement servi sur un plateau de rocaille… Oui, je sais, je suis le Franck Ribéry de la littérature française… Bref, ne te fais pas de bile pour nous ! Qui a peur est un peureux et sache que je sais exactement où on se situe puisque cette piste était au programme ! Nous sommes sur la Twenty Mule Team Canyon road. Et si tu veux tout savoir, c’est accessoirement très beau. Constate par toi-même…

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La suite n’est elle non plus pas à jeter aux coyotes ! On arrive en effet à un des points de vue les plus connus de toute la vallée, à Zabriski Point. Ici, trône un décor enchanteur de montagnes ondulées qui font penser à un mix entre un gros plat de tiramisu et un gâteau marbré Papy Brossard. Le coin est tellement étonnant qu'il a servi de décor au film du même nom… Attention, attention… Je précise que depuis tout à l’heure, la température est montée dans les tours. Attention, attention, je précise que pour atteindre le point de vue, il faut marcher un peu. Attention, attention, tout ça explique pourquoi j’ai été contraint de retoucher les photos ci-dessous afin d’enlever les auréoles de la taille de la Californie qu’on avait sous les aisselles… La chaleur n’enlève rien à la beauté du panorama Imax qui nous est proposé. Une fois de plus, on s’assoit, on se tait et on contemple. Il ne nous manque qu’un paquet de popcorn et une bonne clim pour s’établir ici pour la journée ! Photos de couverture d’album garanties ! Je prends un nombre chinoisesque de photos de peur de ne pas me rappeler à terme de ce qu’on a vu ici.

Et puis je m’imagine gambadant tout nu, tout là-bas dans ces montagnes dorées… « Oups, le monsieur a oublié de mettre une casquette et ça lui tape dangereusement sur le ciboulot… » En toute fashionista que tu es, pense à ne pas faire comme moi. Mets ton bob Ricard, ça peut servir ici ! Vite, retour à la voiture pour un bon bain de climatisation !

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Direction Furnace Creek, l’oasis au milieu du désert où se dresse fièrement un restaurant, un hôtel, et… un golf ! Oui, oui, un golf avec de la vraie pelouse bien verte, des trous, des clubs et des gars pour s’en servir ! Outre le fait qu’on voit fleurir aux Etats-Unis des panneaux rappelant que l’eau est vitale et qu’elle doit être économisée, on s’aperçoit que les américains suivent cette recommandation à la lettre puisqu’ils n’en boivent pas ! Par contre, les terrains de golf en plein désert, ça ne gêne personne ? Arrosage cent pour cent garanti vingt-quatre heures sur vingt-quatre ! No comment… Nous, on vient ici pour dévaliser le buffet du restaurant. Et qu’est-ce qu’on constate une fois arrivés là-bas ?... Qu’à simplement deux heures de route, on est à des années lumière de Las Vegas ! Ici, le buffet n’est pas très varié, ce qu’on y mange n’est pas très bon et la note est beaucoup plus salée !

 

Next ! On fonce maintenant vers Badwater… Enfin, dans les limites de la vitesse autorisée, hein… Tu sais, Badwater, c’est cet endroit dont l’altitude est négative. D’ailleurs, en y arrivant, cherche des yeux le panneau « Sea level » qui se trouve sur la montagne de l’autre côté de la route, tu prendras conscience de la profondeur de l’endroit. Le public reste amassé au point de vue traditionnel, tout juste à portée de tir des voitures à l’habitacle bien fraîche. Pas nous ! Nous, on n'est pas des fiottes ! Le désert, la chaleur, même pas peur ! Alors, comme on aime bien faire les malins, on avance et on s’éloigne pour finalement se retrouver seuls au milieu de cette immensité recouverte d’une croûte de sel, vestige du Lake Manly, un ancien lac salé de deux-cents mètres de profondeur et de soixante-dix kilomètres de long maintenant complètement asséché… C’est beau mais avec la réverbération du blanc du sel sur nos petites peaux fragiles de blondinets, ça nous chauffe méchamment l’épiderme !

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On enchaîne donc de nouveau par un passage dans la voiture, position de la clim à fond, puis par un nouvel arrêt lorsque les feux de surchauffe de nos corps sont tous repassés au vert. Et ce nouvel arrêt, il a lieu à Devils Golf Course au nom et à l’allure vraiment bizarre. Quand il pleut ici durant l’hiver, le bassin se couvre d’eau qui s’évapore petit à petit au fil du temps, créant une surface saline bien lisse, comme constaté tout à l’heure à Badwater. Avec la chaleur extrême qui continue d’assécher les cristaux, la surface se brise pour former des carreaux irréguliers. Peu à peu, tout continue à se briser et le sol devient alors plus chaotique jusqu’à prendre l’apparence d’un champ labouré. C’est dans cet état que nous découvrons le terrain…

Cent sept degrés au thermomètre ! Record non battu puisque nous avions atteint cent-huit sur la Route 66. On ne fait donc qu’un bref arrêt à Artist Palette sur la Artist’s drive road. Sur la façade de la montagne, des couleurs surprenantes révèlent des gisements de métaux qui se sont teintés sous l’effet de l’oxydation. Le fer devient rouge, le mica devient vert et le manganèse, violet. Attends attends, ne te sauve pas, mon cours de géologie va bientôt se terminer car nous arrivons au dernier endroit que nous souhaitons visiter aujourd’hui. Il s’agit du désert de Tatooine, là où C-3PO et R2D2 se sont perdus dans Star Wars. Bon, ce n’était qu’un film car primo, c’est difficile de se perdre ici ; et deuxio, le vrai nom de cet immense champ de dunes sablonneuses est Mesquite Flat Sand Dunes. Le sable y est fin et chaud. Avec Sasha, nous enlevons donc nos tongs et courons dans les dunes, zigzagant entre les scorpions, araignées et serpents à sonnettes… Je ne sais pas si c’est la lumière ou la beauté du site, mais les photos que je fais ici de Sasha sont magnifiques…

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A moins que ce ne soit elle, tout simplement, qui est magnifique… Bref, j’ai beaucoup aimé ce dernier arrêt. Bref, j’ai adoré cette journée dans la Vallée de la Mort. Car oui, mes chers beaux-parents, ça y est, nous sortons de la Vallée de la Mort et votre fille, alléluia, est toujours vivante. Chose promise, chose due !

Horreur, malheur, nous avons vaillamment survécu à la Vallée de la Mort mais nous nous dirigeons maintenant tout droit vers ce qui semble être la fin du monde ! Une tempête impressionnante ! « Mesdames et messieurs, nous allons prochainement traverser une zone de turbulences, veuillez accrocher votre ceinture et relever votre tablette ! » On roule, on roule, on roule, et ouf, il semblerait que nous l'ayons finalement évitée de justesse. Car à l’heure où je te parle, nous sommes bloqués par une déneigeuse qui est en train de déblayer la route ! Oui, oui, tu as bien lu, une déneigeuse !!! A la sortie ouest du parc, on remonte très rapidement en altitude et il y a eu ici une tempête de grêle mêlée à de la neige fondue quelques minutes avant qu’on y arrive.

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Hallucinant après la chaude journée qu’on vient de vivre… Pour le reste, rien de sexuellement attrayant à te raconter jusqu’au moment où nous macérons dans la piscine de notre hôtel Econolodge de Ridgecrest. Ah si, même s’il y a une chance sur un million que tu viennes te perdre dans ce coin paumé, je te conseille le Casey’s Steack and Barbecue, précisément là où nous mangeons ce soir. La viande y est délicieuse et le serveur très sympa ; serveur qui nous annonce d’ailleurs que le parc national de Yosemite est recouvert d’une épaisse couche de neige tombée aujourd’hui, 9 juillet. La météo est en train de devenir complètement folle ma pauv'dame ! En tout cas, je suis soulagé de te dire que Yosemite n’est pas la destination que je te réserve pour demain. Désolé, pour connaître cette destination mystère, il te faudra justement lire la journée de demain. De toute façon, demain est une autre aventure…

Et si tu veux me laisser un petit message ou partager la page... 

(... en vrai, ça me fera plaisir...)

Franck

Auteur Organisateur Conteur Photographe

... pour te servir !

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Quand je ne suis pas en vadrouille, soit je prépare la suivante, soit je raconte la précédente...

On part en vadrouille