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« Fransancisco », comme dirait Sasha…

Jour 22 - 12 juillet

Les croyants en sont convaincus, le dimanche, c’est jour de messe ! Les sportifs, eux, le crient haut et fort : Le dimanche, c’est jour de match ! Enfin, Sandrine milite quant à elle activement pour que le dimanche soit un jour de repos ! Moi, tu me connais, je suis un homme de compromis. Donc pas de jaloux à San Francisco, il y aura de la place durant cette journée pour faire plaisir à tout le monde ! Pour commencer, on me souffle dans l’oreillette qu’une messe gospel a lieu ce matin au 330 Ellis Street, soit à quinze minutes à pied de notre hôtel. Quinze premières minutes de marche dans les rues pentues de San Francisco vite englouties par nos mollets pour arriver devant ce bâtiment qui ressemble autant à une église que moi à un enfant de cœur. En fait, le bâtiment accueille l’équivalent du Secours Populaire américain et deux messes y sont « jouées » à guichet fermé chaque dimanche matin, à neuf puis à onze heures. Tu t’en doutes, on est bien loin du « Oh, plus près de toi seigneur, oh, seigneur plus près de toi », des vagues d’encens nous emplissant les poumons, et des distributions d’hosties qui collent sous l’dentier des vieux ! Ici, entre les différents pasteurs qui haranguent chacun leur tour l’assemblée avec leurs sermons, les représentants des associations de lutte contre le sida, de vétérans de l’Irak, de défense des Schtroumpfs, sans oublier les grands chanteurs à la croix de bois accompagnés de leur chorale gospel, pas le temps de pioncer sur notre siège liturgique !

Au jeu des petites comparaisons entre amis, je vais m’essayer à confronter cette messe gospel avec celle qu’on a vécue il y a onze ans dans Harlem. Ici, beaucoup plus de blancs et de touristes qu’à New York. Moins de chants aussi. Donc plus de bla bla, bien évidemment en anglais, si bien que les filles trouvent le temps un poil long. Par contre, le bouquet final est le même et s’intitule « Aime ton voisin et fais-lui un gros câlin pour lui prouver ! » A ma gauche, Sandrine… A ma droite,… une autre magnifique femme plantureuse à l’impressionnant décolleté pigeonnant ! « Merci mon Dieu, je vais pouvoir y plonger allègrement ! » Ça, c’est ce que l’entité divine aurait pu m’offrir pour me récompenser d’être pour une fois venu à la messe. Là, elle a certainement jugé que je ne méritais que le gros monsieur poilu qui est en train de m’écraser contre son torse…

Avant notre autre événement majeur de la journée, on a le temps de faire un crochet à Market avenue, Civic Center, et même d’aller faire un petit tour sur un marché de fruits et légumes sur lequel on comprend pourquoi les américains n’en mangent pas,… des fruits et légumes... Le kilo de tomates est plus cher qu’un menu Big Mac ! On enchaîne avec un passage à Union Square, puis on joue les parfaits touristes avec le spectacle folklorique du cable-car à qui le conducteur fait faire demi-tour manuellement à chaque terminus de la ligne. « Le cable-car ? Quesaco ? » Le cable-car est un ancien moyen de transport en commun de San Francisco qui ressemble à un vieux tramway sauf qu’il n’en est pas un.

En fait, le principe de fonctionnement est similaire à celui du tire-fesses. Un câble sous terrain, actionné par de grosses poulies, court sans discontinuer sous les lignes de cable-car. Le conducteur qu’on appelle le gripman actionne un gros levier pour s'agripper à ces câbles afin d’avancer et escalader les rues très pentues de la ville. Et quand il arrive à un arrêt, il lui suffit tout simplement de lâcher le câble. On comprend bien le mécanisme dans le petit musée qui lui est consacré en bout de ligne et qu’on ne se fait pas prier pour visiter.

Tada ! Il est l’heure ! L’heure de se rendre au AT&T Park ! Dit comme ça, ça ne parle certainement qu’aux connaisseurs. Par contre, si je te dis que c’est le nom du stade dans lequel jouent les Giants de Sans Francisco, là ça cause au commun des mortels. Comme tu n’es peut-être pas le commun des mortels, je te rappelle que les Giants sont une des franchises les plus connues de la ligue majeure de baseball. C’est aussi accessoirement l’équipe que nous allons supporter aujourd’hui contre les Phillies de Philadelphia !

Philadelphia, Giants, tout tourne vraiment autour de la bouffe aux Etats-Unis… En tout cas, pour ne pas faire tache dans le stade, on passe tous les quatre par la case boutique pour s’équiper en parfaits petits supporters orange, noir et blanc ! « Qui ne saute pas n’est pas pour Frisco, ouais ! Qui ne saute pas n’est pas pour Frisco, ouais !... Aux chiottes l’arbitre ! »

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En fait, l’ambiance ne ressemble en rien à celle qu’on peut vivre dans un stade de foot. Ici, on vient en famille pour discuter, manger, boire, tout en jetant un œil de temps en temps au match. Ici un vendeur de hot-dogs déguisé en saucisse, là des gingles entraînants à chaque temps mort, sans oublier l’hymne national la main sur le cœur au coup d’envoi… C’est tout comme à la télé ! Ou plutôt, nous sommes dans la télé, noyés dans une vraie ambiance pur jus à l’américaine ! D’ailleurs, pour ne pas dénoter, on fait comme tout le monde : « Quatre hot-dogs et quatre Coca s’il vous plait ! » Gloups, soixante-treize dollars… Heureusement, à ce prix-là, la moutarde et le ketchup sont offerts !

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Pour la petite histoire, les Giants remporte le match et on a même droit à deux home-run ! Ok, toi tu es comme mes filles, il faut t’expliquer les règles ! Le home-run est le meilleur coup au baseball qui consiste à envoyer la balle dans le public. Tous les joueurs déjà en piste n’ont alors qu’à terminer tranquillement leur tour de terrain pour marquer des points. C’est d’ailleurs ce que font également Anna et Sasha puisqu’après le match, les enfants sont autorisés à faire le tour du terrain en courant. Y’a pas à dire, ils sont quand même forts ces américains !  

Bon, les bons comptes font les bons amis ! Les religieux ont eu droit à leur messe. Les sportifs ont eu droit à leur match. Il ne reste donc plus que la petite Sandrine à satisfaire avec une session de repos. Avec ça, ce serait café, cigare et l'addition s’il vous plait ! Pour ça, j’ai prévu d’aller passer un moment calme et reposant au Dolores Mission Park, un parc surplombant la ville dans le quartier de Castro où se réunit souvent la confrérie des glandouilleurs san-franciscains pour boire, fumer, jouer ou tout simplement chiller... Pour s’y rendre depuis le stade, c'est simple, on va prendre un taxi ! Il ne faudrait pas qu'on se fatigue pour aller à un endroit où on veut se reposer, non plus ! Bon, pas de taxi près du stade... « Ne t’inquiète pas ma petite Sandrine, on va avancer à pied pour en trouver un un peu plus loin ! » On avance à pied mais malheureusement, toujours pas de taxi en vue… « Ne t’inquiète pas ma petite Sandrine, on va bientôt arriver sur une artère plus importante et on va tomber à coup sûr sur un taxi ». Une fois de plus, on accède à une artère plus importante sans trouver une once de taxi... Ouch… Il y a un caillou dans la godasse et la moutarde commence à monter au nez d’un membre vénérable de notre famille que je ne dénoncerai pas… Il me faut trouver une solution rapide sous peine de me voir destituer de mon titre de meilleur organisateur de voyage de la terre entière ! Ne t'inquiète pas, sous la pression et en pareille situation, je conserve mon flegme so british légendaire : « Mais bordel, il est où ce p… de taxi, vindedious ? » Bon, inutile de faire durer le suspens plus longtemps. Je t'annonce officiellement qu’on s’est enquillé les cinq kilomètres à pied, que plus personne ne m’adresse la parole, que Sasha a tenté de se suicider le pied en se l’ouvrant en deux sur la tranche d’un trottoir, que son pied a survécu mais qu'elle pisse le sang, qu'un mexicain l'a soignée en lui versant du jus de citron dessus, qu'elle hurle, qu'on est zen, qu'on est bien,... qu'on passe un agréable moment en famille, quoi ! « Et sinon, le parc, il est comment ?... » Désolé, je ne ferai plus aucun commentaire, veuillez contacter mon avocat…

Bon, heureusement que Gérard Majax a plus d’un tour de magie dans son escarcelle et qu’il avait prévu de sortir un dernier lapin de son chapeau pour faire une surprise à sa tribu... « Tu sais Loyd, t'as été si con, que j'ai vraiment cru que t’étais le dernier des demeurés… Et bien tu t'es tout de même arrangé pour me faire ce coup là... Et tu t'es entièrement racheté à mes yeux ! » Ce coup-là, c’est une maison bleue, adossée à la colline, on y vient à pied, on ne frappe pas, ceux qui vivent là, ont jeté la clé… Et oui, la maison bleue chère à Maxime Le Forestier, elle existe vraiment, en chair et en bois !

Au début des années soixante-dix, le jeune Maxime, vingt-et-un ans de son état et à l’époque aussi chevelu et poilu que mon voisin à l’église tout à l’heure, passe un mois à San Francisco dans une communauté où se croisent hippies, déserteurs du Vietnam et autres adorateurs de Peace and Love. Un ou deux ans plus tard, un peu nostalgique, il se remémore ce séjour dans une chanson qu’il appelle sobrement « San Francisco ». San Francisco, où êtes-vous ?... Justement, l’existence réelle de cette maison s’est posée et certains fans sont même partis sur ses traces à travers la ville. Après l’avoir longtemps cherchée, ils furent finalement bien déçus par leur découverte au 3841, 18th Street puisque Liza et Luc, Sylvia ne les ont pas attendus. Mais c’est surtout à cause des nouveaux propriétaires, ignorant tout de l’histoire de leur maison adossée à la colline, qui avait entièrement ripolinée la bâtisse dans un vert-pomme… La machine judiciaire s’est alors mise en marche. Le consulat de France, Universal Music et la société de peinture Ressource ont décidé, en juin 2011, d’unir leurs efforts pour proposer aux actuels résidents de valentiner de nouveau la maison en bleu. Le chanteur a d’ailleurs traversé l’Atlantique pour venir en personne donner le dernier coup de pinceau. Maintenant, une plaque commémorative trône dignement sur la maison. Fin de l’histoire. Ah non ! La fin de l’histoire, c’est maintenant avec nos trombines qui posent fièrement devant au son de la chanson fredonnée par nos filles !

Les voisins doivent d’ailleurs avoir l’habitude de voir défiler des français ici puisqu’ils nous sollicitent dans la langue de Molière. Il ne nous en fallait pas plus pour terminer l’après-midi à discuter d’affaires et d’autres avec eux, sur leur terrasse, en sirotant une bonne limonade bien fraîche… Ouf, tout est bien qui finit bien, tout le monde se reparle, tout le monde est content… et surtout, tout le monde repart vers notre quartier en métro vu que c’est officiel, aujourd’hui, il n’y a pas de taxi à San Francisco ! Ben oui, j’avais oublié, le dimanche, c’est aussi jour de repos pour Joe le Taxi !!! Dommage car c’est aujourd’hui et pas demain qu’on en avait besoin… De toute façon, demain est une autre aventure…

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Franck

Auteur Organisateur Conteur Photographe

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