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Titicaca ou gros pipi ?

Jour 10 - 1er novembre

Ça y est, nous sommes en novembre, les feuilles se ramassent à la pelle, tout comme les sites aux noms légendaires du Pérou ! Après Nazca, après Cuzco, après le Machu Picchu, après la vallée des Incas, à quoi allons-nous nous attaquer aujourd’hui ? Suspense… Comme le prévoyait notre carnet de bord, nous venons de débarquer très tôt ce matin à Puno, petite ville basée à la fois tout au sud du pays et tout au nord d’un immense lac. Trois-cent-dix fois la taille du lac d’Annecy pour te donner une petite idée… Nous découvrons la ville telle qu’on me l’avait plusieurs fois décrite : Moche de chez moche ! Mais on s’en bat les ovaires car nous ne sommes pas là pour faire du tourisme urbain. Ben oui, nous sommes bien évidemment venus jusqu’ici pour The lac ! Le grand, le beau, l’unique… Le lac Titicaca, autant connu pour ses particularités que pour son nom original que même les enfants nuls à l'école retiennent facilement. À se demander pourquoi… Déjà, sache que Titicaca, en quechua, ça signifie le « rocher du puma ». Tu vois, contrairement à tes croyances ancestrales, ça n’a rien à voir avec les excréments de Titi, le copain de Grosminet ! Les boliviens, eux, pour charrier leurs voisins Péruviens, ont coutume de dire que « Titi » représente la partie bolivienne du lac, et « Caca » la partie péruvienne. Voilà, je dois avoir le même sens de l’humour que nos amis boliviens qu’on rencontrera dès demain !

 

En attendant, il est cinq heures, Puno se lève… lorsque notre bus arrive à son terminus. Après un petit-déjeuner rapidement envoyé dans l’gosier, un taxi spécialement affrété par Victor vient nous chercher pour nous emmener au débarcadère où ce même Victor est censé nous attendre avec son bateau. « Mais c’est qui ce Victor ? » Victor est le chef d’une famille Uros, une tribu qui vit sur des îles artificielles sur le lac Titicaca. Et il vient nous chercher car on va passer toute cette journée et la nuit prochaine chez lui ! Si tu es à peu près de ma génération qu’on appelle parfois la « Génération Dorothée », tu connais à coup sûr le dessin animé cultissime « Les Mystérieuses Cités d’Or ». Je suis même sûr qu’il t’arrive parfois encore d’en chanter le générique avec nostalgie et tes amis : « Enfant du soleil, tu parcours la terre, le ciel, cherche ton chemin, c’est ta vie, c’est ton destin… » Lors d’un épisode, Esteban et ses compagnons furent recueillis par une tribu qui vivait sur des îles artificielles à la surface du lac, échappant ainsi à la violence de leurs assaillants incas. J’étais bien loin d’imaginer, à huit ans, assis sur le tapis de mon salon, les yeux rivés sur Récré A2, que plus de trente ans plus tard, je trouverais moi aussi refuge sur une de ces îles !

 

« Hop hop hop, on se calme les enfants, une question à la fois !!!

- En quoi sont faites ces îles artificielles ?

- Ce sont des îles flottantes ! Non, je ne parle pas du délicieux dessert de blancs d’œufs montés en neige, flottant sur son lit de crème anglaise et nappé de son onctueux caramel que me confectionnait ma maman quand j’étais minot. Je parle de vraies îles construites entièrement en roseaux et qui flottent sur le lac Titicaca.

- Mais pourquoi les uros vivent-ils sur des îles artificielles entièrement confectionnées en roseaux ? 

- Physiquement harcelés par les incas qui ne souhaitaient aucune cohabitation, les uros utilisèrent la totora, une sorte de roseau pullulant sur les rivages du lac Titicaca, pour se fabriquer des radeaux et fuirent leurs exterminateurs. Plus tard, ils assemblèrent entre elles les pirogues de roseaux jusqu’à en faire de véritables îles sur lesquelles ils pouvaient vivre.

- Maintenant que les incas ont disparu, les uros vivent-ils toujours sur leurs îles ?

- Oui, même si de nos jours, ce sont les indiens Aymaras qui ont repris le flambeau, plus pour conserver les traditions qu’autre chose. Bon, c’est aussi un peu parce qu’ils se sont aperçus que ça attirait les touristes et accessoirement ce qui se trouve dans leurs porte-monnaies… Au final, quatre cents familles, soit deux mille personnes, habitent encore quelques quatre-vingt-dix-sept îles artificielles éphémères. »

Pour aller leur rendre une petite visite de courtoisie, la solution la plus simple est d’avoir recours à un tour-operator qui te fera faire un p’tit tour de bateau avec un arrêt sur une île aussi authentique que les têtes des frères Bogdanov. Et puis tu connais mon aversion pour les touristes chinois… De nos jours, faire une visite trimbale-moutons sans l’ombre d’un chinois, c’est devenu plus difficile que de se faire livrer dans mon petit village une soupe aux petits pois et à la coriandre recouverte d’un espuma aux champignons à cinq heures du matin un 25 décembre. Bref, tout ça n’est pas notre tasse de chocolat au lait et on a donc choisi une autre alternative qui consiste à se saigner le portefeuille pour vivre une journée et une nuit en la compagnie d’une famille uros… Deux-cent dix sols péruviens par personnes pour être précis pour accéder à l’île Uros Khantati de la famille de Christina et Victor. Pour ce tarif, on vient donc te chercher en taxi à la station des bus, un bateau privé t’emmène ensuite sur l’île et là, ben il faut que tu aies bien conscience que tu vas être cloué sur ton bout de roseau flottant toute la journée. Après les présentations des membres de la famille et le petit tour de l’île qui te donne l’impression de marcher sur un nuage tellement le sol est moelleux, je dois t’avouer que je tourne un peu en rond. Mais comme tu le sais, nous sommes un peu fatigués par ces derniers jours chargés en émotion et en effort. On décide donc de ne pas accabler nos pauvres organismes et profiter de l’occasion pour flemmarder un peu. S’il suffit aujourd’hui de traverser la rue pour trouver un boulot en France, il faut bien avouer qu’une île uros sur le lac Titicaca est parfaite pour se prendre un temps de repos bien mérité. Pas un bruit de klaxon, et surtout pas un chinois ! Que notre hamac à trois mille huit cent dix mètres d’altitude et le doux soleil qui vient gentiment nous caresser l’épiderme…

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Pour peu que le confort occidental ne te paraisse pas si indispensable que ça, il te sera aisé de tomber sous le charme, et peut-être même émettras-tu le doux rêve de t’installer définitivement ici. Tu imagines ? Personne à la ronde pour te demander de baisser le son des Grosses têtes… Pas de BFM TV pour t’envoyer le moral dans les chaussettes puisque tu n’en porteras plus… Que du bon air venu du large, du poisson à tous les repas et des bains quotidiens dans le Titicaca,… Ô la belle vie, sans amour, sans soucis, sans problème… Bon, ne t’emballe pas non plus, s'installer sur une île semble mission impossible si tu n'en es pas originaire. C’est ce que papa Victor est maintenant en train de nous expliquer tout en nous montrant comment pêcher à bord de son embarcation… Car si les traditions locales ont été autant préservées, ça n'est pas par hasard. En tant qu'étranger, il ne te sera jamais permis d'acheter une maison, une île ou une fille avec qui te marier. Et si tu souhaites juste te contenter de vivre ici sans accéder à la propriété, prends ton mal en patience car tu devras te plier à trois années de mise à l'épreuve drastique en démontrant ta volonté d'intégration en portant par exemple tous les jours le costume traditionnel ou encore en assistant aux délibérations de la communauté. Et en langue quechua, ça ne doit pas être coton à suivre ! Papa Victor nous explique et nous montre aussi comment fabriquer une île. Tu coupes des roseaux, tu en fais des ballots et tu les accroches ensemble. Emballé c’est pesé ! Bon, en fait, il faut quand même deux ans pour en fabriquer une… La flottabilité est assurée par une base de roseaux d’une épaisseur d’environ un mètre sur laquelle sont ajoutés environ deux mètres supplémentaires. Il est donc nécessaire à intervalles réguliers de remplacer les roseaux pourris par des roseaux frais afin de maintenir la structure de l’île et éviter qu’elle ne coule. C’est un travail de titan mais un mal nécessaire pour maintenir ce style de vie pour le moins singulier sur une île cent pour cent biodégradable !

« A table les enfants !!! » Maman Christina, fièrement campée du haut de son mètre vingt-huit et demi, sonne maintenant le rappel pour la mangeaille midinale. Non, en aucun cas je ne me moque de sa petite taille ! Disons qu’elle est de taille péruvienne ! Et puis une étude récente a prouvé que les femmes de petite taille avaient statistiquement plus de chances de se trouver un mari. Et bim, dans les dents Adriana ! Et de surcroît, un mari plus grand qu’elle ! Sauf à se marier avec Tyrion Lannister, cela va de soi… Mais bon, je m’égare, là, car nous étions en train de déguster notre truite du lac Titicaca accompagnée de son quinoa croquant. Un délice… Ce repas, c’est aussi l’occasion de rencontrer et d’échanger avec une famille française également présente pour la journée chez Victor et Christina. Ils sont en Amérique du Sud pour plus de trois mois avec enfant en bas-âge sachant que c’est… la première fois qu’ils quittent le territoire français. Couillus ces Nicolas et Ludivine ! D’ailleurs, j’en profite pour leur faire un petit coucou s’ils passent par là ! Pour le reste de la journée… c’est plus « La vie est un long fleuve tranquille » que « Speed ». Comprendre à cela que l’après-midi n’est une nouvelle fois consacrée qu’à du repos forcé. On s’était dit avec mon frère qu’on se serait éventuellement essayé à une petite baignade dans le Titicaca mais la température relativement fraîche nous en dissuade sans trop se battre. « Mais si, vas-y, viens, oublie les icebergs, ne pense à rien et ça ira tout seul… » Non, nous restons tranquillement dans notre hamac en attendant le coucher du soleil qu’on espère magnifique sur le Titicaca. A ce niveau, nous sommes on ne peut plus comblés car, sans te mentir, nous assistons au plus flamboyant, au plus éblouissant, au plus beau coucher de soleil, tout simplement, qu’il m’ait été donné de contempler durant tous mes voyages. Que dis-je, durant toute ma vie entière ! Le ciel s’embrase littéralement, rapidement imité par le lac et son effet de miroir. Le remake de l’embrasement de la cité de Carcassonne rien que pour nous ! Terre brûlée au vent, des landes de pierres, autour du lacs, c'est pour les vivants, un peu d'enfer, le Titicaca…

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Là-dessus, on remet le couvert avec un nouveau repas frugal, de nouveaux échanges en français, une petite bière péruvienne, et direction notre cabane elle aussi fabriquée intégralement en roseaux pour une nuit bien bien bien glaciale. Dehors, la température avoisine maintenant les « très froid » degrés Celsius. Je pense que cette nuit, on descendra pas loin des « je me les caille » degrés Fahrenheit. Aïe, on a beau chercher dans notre cabane, sous le lit, dans les coins, dans le placard,… aucun système de chauffage pour se réchauffer la couenne. Ah, désolé, quelle mauvaise langue je suis ! En me glissant sous la tonne de couette de mon lit, je suis surpris au point de pousser un petit cri strident d’effroi par la découverte d’une bouteille d’eau chaude enveloppée dans une serviette que j’ai dans un premier temps pris pour un chat mort... « C’est ça, Sullivan, marre-toi...

En tout cas, je suis bien content de t’avoir fait rire et t’avoir par la même occasion fait oublier l’espace d’un instant qu’on va passer cette nuit en mode menthe glaciale sans possibilité de se mouiller la nuque avec de la tartiflette ». Bonnet et nez qui coule au programme jusqu’au réveil demain matin ! De toute façon, demain est une autre aventure…

Et si tu veux me laisser un petit message ou partager la page... 

(... en vrai, ça me fera plaisir...)

Franck

Auteur Organisateur Conteur Photographe

... pour te servir !

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Quand je ne suis pas en vadrouille, soit je prépare la suivante, soit je raconte la précédente...

On part en vadrouille