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Adios Peru, hola Bolivia !

Jour 11 - 2 novembre

Mon cher journal intime, ce matin, mon frère et moi sommes à l’Arctique de la mort. Trop tôt il est. Trop froid nous avons eu. Lorsque nous pointons le bout de notre nez rougi par le froid dehors vers cinq heures, le lac Titicaca est d’ailleurs recouvert d’une fine pellicule de glace. Pourquoi nous lever à une heure où William Leymergie n’a pas encore pris l’antenne, vas-tu me dire ? De une, on a fait l’acquisition de billets VIP pour la nouvelle représentation du soleil de ce matin en espérant une critique aussi unanime que celle du coucher d’hier soir. De deux, on a fait l’acquisition de billets de bus pour mettre les voiles tôt ce matin ! Car faire du gras un jour au bord du Titicaca, ça va. Faire du gras deux jours de suite au bord du Titicaca, bonjour les dégâts ! Les batteries étant bien rechargées, nous avons soif de découverte d’un nouveau pays à accrocher au panthéon de notre passeport : Bolivia nous voilà !

 

Timide, le lac Titicaca nous fait face sans pour autant nous regarder dans les yeux, lui qui est encore nappé d’une légère brume matinale et qui peine à refléter les montagnes environnantes dans la lumière crépusculaire. Nous sommes seuls. Le froid nous pique le visage... Certainement pas assez méritants, nous n’aurons finalement pas l’honneur d’un lever flamboyant mais savourons tout de même cet instant où la magie en serait presque palpable. A moins que le manque d’oxygène à cette altitude n’explique ce sentiment euphorisant ? A moins que ce ne soit beau, tout simplement… On dit parfois que la nature imite l’art. Mais la nature serait-elle en capacité de s’imiter elle-même ?... Retournez vos copies, prenez vos stylos, vous avez quatre heures… Pile poil la durée nécessaire pour arriver à la frontière en trois temps : Retour sur la terre ferme en bateau, taxi pour regagner la gare routière, bus le long du lac jusqu’au checkpoint frontalier.

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« Bonjour, j’ai besoin de deux coups de tampon sur mon passeport pour continuer ma route, s’il vous plait ! 

- Pour deux coups de tampon, le tarif c’est une heure trente d’attente ! »

A quand un accord de libre-circulation des touristes entre les deux pays ?... La contrepèterie veut qu’il soit difficile d’arriver à pied par la Chine… Soit. Mais sache que pour la Bolivie, il n’y a pas de contrepèterie et que c’est l’inverse ! Pas d’autre choix que d’y entrer à pied en provenance du Pérou ! Après être descendu du bus, on fait la queue pour passer devant le gentil douanier au bureau d’immigration péruvien. Et hop, un tampon de plus… contrairement à la femme de Macron qui n’en met plus depuis bien longtemps ! Là, on traverse la frontière à pied et, avant de pouvoir remonter dans notre bus, on refait une nouvelle fois la queue pour passer cette fois-ci devant le méchant douanier bolivien qui extorque à tous les touristes à têtes de pigeons une taxe d’entrée sur le territoire qui n’existe officiellement pas. Pas de taxe, pas de chocolat, tu rentres pas ! « Attention monsieur, vos poches débordent… » Bienvenue au pays de la corruption, bienvenue au pays le moins stable du monde ! Ce n’est pas moi qui le dis, ce sont les chiffres qui parlent. Oui, c’est comme ça, les chiffres me parlent… Attends, je sors ma casquette d’expert géopolitique et je t’explique : En fait, depuis son indépendance proclamée en 1825, la Bolivie a connu pas moins de cent quatre-vingt-treize coups d’état. Record incontesté toute catégorie, champion du monde ceinture WBA, WBC, WBO, WRC ! « Le général Tapioca va-t-il se faire renverser par le général Alcazar ? » Pour le savoir, je t’invite à te plonger dans le meilleur ouvrage géopolitique sur le sujet : Tintin et les Picaros !

Bref, après ce cours de logistique niveau Master 1 pour savoir comment traverser une frontière, nous voilà en Bolivie et plus précisément à Copacabana, petite station balnéaire qui n’a rien à voir ni avec la chanson, ni avec la plage de Rio du même nom. Là, d’emblée, un truc nous saute aux yeux : J’aurais cru que la Bolivie était plus… bolivienne que ça ! Sur les rives du Titicaca, on a vraiment la sensation d’avoir la mer Égée face à nous, tant le bleu éclatant des flots tranche avec la verdure de type méditerranéen des collines. Y’a pas qu’la mer dans la vie, y’a le lac Titicaca aussi ! C’est tout pareil mais sans les vagues, sans le sel et sans les requins !... Là, tu pivotes de cent quatre-vingts degrés pour te retrouver maintenant face à Copacabana et tu découvres qu’on t’a menti. La Bolivie ? Que nenni ! Bienvenue en Jamaïque ! Ambiance rastafari, musique reggae et bars psychédéliques où la fête doit battre son plein chaque soir dans un nuage de fumée cannabiséenne… Ils les ont planquées où les vieilles mamies avec leurs longues tresses et leurs chapeaux chola ? Ils sont où nos amis les lamas ?

Pas grave, un trempage des arpions dans le lac et un bout mangé sur le pouce plus tard, on est déjà installé dans notre bus number two pour un nouveau cours intensif de logistique, cette fois-ci dédié aux transports. En arrivant à Tiquina, nous sommes en effet confrontés à l’énoncé du problème suivant : « Vous êtes dans un bus. Devant vous, un détroit de sept cents mètres qu’il vous faut impérativement franchir pour gagner la rive opposée. Que proposez-vous ? » D’instinct, mes lointains souvenirs d’université m’orientent aussitôt vers la construction d’un pont. Ce ne sera toutefois pas la réponse à privilégier, l’examinateur me retoquerait pour une question de coût. Ben oui, rappelle-toi que nous sommes en Bolivie ! Je crois que je vais plutôt répondre qu’il convient de mettre en place un ferry pour assurer la traversée… Perdu ! Pas assez de fond ! La nage ? Pas possible avec un bus sous le bras ! Finalement, c’est la solution débrouille locale qui remporte les suffrages de la CSTCBPTR, la Commission de Sécurité des Transports en Commun Boliviens Pas Trop Regardante : Le bus doit être chargé sur un bateau à fond plat. Euh, réflexion faite, bateau est un bien grand mot. Il s'agit de radeaux brinquebalants faits de bric et de planches de bois ! Par sécurité, les piétons, alias nous, ne restent pas à bord du bus et traversent sur une coquille à noix tout en profitant du spectacle du bus en train de danser dangereusement la Macarena sur les vagues avec nos sacs à bord. Juste pour rire, j’aimerais bien connaître le nombre de bus qui ont fini au fond de l'eau… Allez, pas de séance baignade pour notre bus, on peut donc reprendre notre chemin de croix pour trois nouvelles heures de route.

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Une longue sieste plus tard, nous entrapercevons enfin le bout du tunnel ! Bienvenue à La Paix, ou plutôt « La Paz » en espingoin, même si le véritable nom de la ville est en réalité « Nuestra Señora de La Paz », soit « Notre-Dame de la Paix ». Si on n’est pas trop une patate pourrie en géographie, on a plutôt tendance à penser que La Paz est la capitale de Bolivie. Et pourtant, c’est à moitié faux,… et donc à moitié vrai aussi. Sucre est en réalité la capitale officielle selon la constitution car c’est dans cette ville que règne le pouvoir judiciaire, tandis que les sièges des pouvoirs exécutif et législatif se trouvent bien à La Paz, considérée donc de fait comme la capitale administrative du pays. Certainement que les boliviens se sont dit qu’une seule capitale, ça faisait un peu cheap ! « Ah, tiens, ce serait cool d’avoir deux capitales, non ? » Ouais ben ça nous embrouille votre truc. Car au petit bac, on fait comment ?

 

Bon, commençons notre présentation de la ville par la géographie. Là, c’est bien simple, il n’y avait pas pire comme endroit pour fonder une cité ! L’endroit est une énorme cuvette entourée de montagnes culminant à plus de six mille mètres d’altitude et sur lesquels la ville déploie ses immenses tentacules en déjouant les lois de la gravité. A côté, Grenoble, c’est un morveux de deux ans qui fait encore caca dans sa couche ! Imagine, il y a plus de mille mètres de dénivelé entre les quartiers du bas et ceux du haut ! C’est donc bien simple, il n’existe ici aucune rue sans une pente à deux chiffres. Chaque déplacement constitue une épreuve des jeux olympiques, et deux cents mètres sur un plan peuvent se transformer en plus de vingt minutes de marche haletante, surtout à cette altitude. Avec une telle géographie, La Paz a évidemment une place de choix dans le Guinness des records avec en vrac et toutes catégories confondues : Capitale la plus haute du monde, aéroport international le plus élevé, mais aussi le stade de foot le plus en altitude agréé par la FIFA. La sécurité, maintenant… Bon, la réputation de la ville fait aussi peur que le titre d’un reportage « Enquête exclusive » présenté par Bernard de la Villardière. Drogue, criminalité et pauvreté : Les dessous de La Paz. Inutile de brûler un cierge pour nous : L'amour du risque avec Jonathan et Jennifer nous fera rester sagement dans des zones bien ciblées. On devrait normalement repartir d’ici sans trop de dégâts... Les transports, enfin… Figure-toi que pour relier les différents quartiers les uns aux autres, il y a certes des bus mais depuis 2014, ce n’est ni un tramway, ni un métro mais bien un réseau de téléphériques qui traverse le ciel de la ville. Oui oui, des œufs comme à Valfréjus l’hiver dernier !

 

Bref, une ville grouillante et atypique… On va se plaire, ici ! En tout cas, encore un endroit idéal pour continuer à peaufiner notre acclimatation à l’altitude avec deux nuits supplémentaires à passer à trois mille six cents mètres, au York B&B. Le quartier de notre hôtel, justement, est très sympa, jeune et animé ! Bon, pas ce soir car aujourd’hui, c’est férié, c’est la fête des morts et tous les boliviens sont dans les cimetières à se goinfrer de barbapapas et à faire voler leurs cerfs-volants. Du coup, on galère même pour trouver un resto où manger ce soir. On échoue finalement dans un boui-boui qui propose un menu complet à huit bolivianos, soit un euro ! Mmmmm les bonnes boulettes de viande ! Elues saveur de l’année 2017 en Bolivie ! Bon, et bien nous n’avons plus qu’à digérer tout ça et nous aurons rempli toutes les missions de cette journée de transition ; trait d’union entre le Pérou et la Bolivie, entre hier et demain… De toute façon, demain est une autre aventure…

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(... en vrai, ça me fera plaisir...)

Franck

Auteur Organisateur Conteur Photographe

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Quand je ne suis pas en vadrouille, soit je prépare la suivante, soit je raconte la précédente...

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