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Taratata

Jour 16 - 7 novembre

J’entrouvre un œil… Où que j’suis ?... Pas ma chambre… Pas mes draps… Pas les courbes de ma femme… J’ouvre le second… Ouf, deux choses me sont familières : L’odeur des chaussures de rando de mon frère et ses relents de bière d’hier soir… Ça y est, je percute mon lobbe temporal droit, nous sommes au Chili !! Malgré nos habitudes de vieux routards, notre instinct animal ne nous envoie pas dès le réveil à la fenêtre pour y interroger fébrilement Evelyne Dhéliat. Là, comme de véritables geeks, c’est direct sur notre messagerie qu’on se jette afin de savoir si Sandrine SOS Dépannage a pu nous trouver une solution. Je rappelle pour les petits étourdis ne se souvenant pas de nos péripéties de la veille, que nos cartes bancaires respectives tiennent un piquet de grève depuis notre arrivée au Chili, et qu’il nous sera donc impossible de payer notre hôtel sans coucher avec la patronne, impossible de manger autre chose que la gamelle du chien, impossible de profiter de la région, impossible de prendre notre bus dans deux jours, et surtout impossible de boire une bière ce soir si la situation ne se débloque pas, surtout que la patronne de l’hôtel ne semble pas être trop au goût de mon frère et qu’il ne m’apparaît pas très enclin à se sacrifier pour mon bien-être…

 

Première info : J’ai de nombreux messages de la part de ma femme, ce qui semble, de premier abord, plutôt bon signe... Deuxième info : Abstraction faite des messages enflammés que je ne peux pas retranscrire en l’état ici, le premier qui nous intéresse pour notre problématique explique qu’il n’existe pas d’accord formalisé entre la France et le Chili au niveau bancaire et qu’il aurait donc fallu prévenir nos banques respectives de notre incartade chilienne pour que le nécessaire soit fait avant notre départ. Là, je ne sais pas ce que tu en penses mais ça me semble mal parti… Troisième info : Si nous souhaitons réactiver nos cartes, il nous faut personnellement prendre contact avec nos banques, là où il est deux heures du matin en France… Là, j’crois qu’on l’a dans l’pets, ça sent à plein nez la prostitution… Dernière info, Sainte Sandrine notre sauveuse a tout géré, que son nom soit sanctifié, que son règne vienne, car de l’argent frais nous attend bien sagement dans un centre Western Union de San Pedro. Youpi, nous sommes sauvés, le corps si pur de mon frère va pouvoir demeurer chaste jusqu’à notre prochain voyage, et nous pourrons boire une bonne bière ce soir de retour de notre excursion du jour !

 

Notre excursion, justement, parlons-en peu, parlons-en bien… Comme on a maintenant les poches pleines, on va être en capacité de partir en vadrouille. Salar de Tara, pas Salar de Tara ? Tara, Tarapas, Taratata ? J’ai longtemps hésité avant de choisir d’aller voir ce salar. Loin de moi l’idée de le snober ; c’est surtout qu’il y a tellement d’autres choses à faire dans le coin qu’il fallait faire un choix : El Tatio, Piedras Rojas,… Bref, chérie ça va trancher, on a pris la décision, au Salar de Tara, on y va ! Notre chauffeur Felipe passe donc nous prendre à notre hôtel avec son Renault Trafic, et c’est en compagnie de six autres compatriotes qu’on se lance sur les routes de montagnes qui vont nous emmener à quatre-mille huit cents mètres d’altitude à près de cent trente kilomètres de San Pedro, tout juste à la frontière avec l’Argentine. Mais avant ça, une pause Marie Blachère est prévue au pied du Licancabur. « Licancaquoi ? » Oui, je sais, désolé, je n’ai pas encore pris le temps de me poser deux minutes pour t’en parler et pourtant, c’est le volcan en congé sabatique très longue durée super photogénique qui t’observe du coin de l’œil où que tu sois dans le secteur. D’ailleurs, mes cours assidus de statistiques en première année d’université m’ont permis de calculer qu’il figure sur la moitié de toutes les photos des touristes prises à San Pedro. Par ici, les gens le vénèrent autant que je vénère le fromage, la charcuterie et Woinic, notre dieu à tous ... Licancabur ne croit pas en Jesus Christ, mais Jesus Christ croit en Licancabur. La planète Terre, c’est ce truc qui se trouve sous Licancabur. Dieu a dit : « Que la lumiere soit ! » Et Licancabur a répondu : « On dit s'il vous plait ! » Bref, on petit-déjeune de baguettes françaises et de croissants pur beurre aux pieds de ce mastodonte emblématique… Oui, y’a pire !

La suite du long trajet se fait en pionçant, tout juste réveillé par le filet de bave de mon frère qui me dégouline sur l’épaule. La première chose qui me choque en arrivant, c’est la tache que j’ai maintenant sur mon beau pull tout neuf. La seconde, c’est l’immensité des espaces. Là aussi, y’a pire que le panorama valant toutes les bières du monde dont on dispose depuis le bord de la caldeira au fond de laquelle se trouve le Salar de Tara. Pour la petite histoire, cette caldeira, ou ce grand cratère si tu ne connaissais pas ce nouveau mot, est la seconde plus grande au monde après celle de Yellowstone. C’est pour te dire comme c’est grand ! On est ici face à un paysage entièrement minéral, où le sol n’est que cendre volcanique à des kilomètres à la ronde. Pas une herbe, pas un arbre, pas même besoin d’activer la fonction « Effacer les chinois » dans Photoshop ! D’ailleurs, la masse touristique se résume à… nous ! Felipe en profite donc certainement un peu pour rouler à fond les ballons sur ce désert de cendres, faisant fi de la limitation de vitesse réglementaire sur cendre.

 

Et pour parfaire le moment, what else comme dirait l’autre, qu’un « The great gig in the sky » à fond dans les écoutilles ; morceau qu’on adore avec mon frère… « Oooooooooh ooooooooohooooooooo… » Merci Felipe pour ce moment surréaliste, même si on n’aimerait pas trop tomber en passe ici au milieu de rien…

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Et paf, ce qui devait arriver arriva, nous ne sommes pas tomber en panne, arrivant bien jusqu’au terminus, tout le monde descend ! Le mec qui parie chaque jour sur la découverte d’un nouveau paysage magnifique lors de notre voyage doit actuellement être en train de profiter du soleil sur une plage aux Bahamas. Car là, on est maintenant en haut d’un promontoire qui surplombe ce qu’on appelle ici les cathédrales, un alignement de formations rocheuses qui y fait vaguement penser… de loin. Inutile d’en faire des caisses, c’est beau. Pas d’état d’âme, ce n’est pas un état d’Amérique mais j’adore quand même !

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D’ailleurs, on va pouvoir se jeter la tête la première dans cet environnement gigantesque puisqu’il est l’heure de s’activer les jambons sur le chemin menant au plus près du salar où Felipe nous attend en préparant vin et victuailles en guise de repas du midi. « Vois sur ton chemin, gamins oubliés égarés… » Et bien c’est nous ! Cinquante minutes sont nécessaires pour cette rando. Nous en venons à bout en trente. Au final, c’était une randounnette qu’on aurait souhaitée un brin plus longue comme chaque homme souhaitant donner encore plus de plaisir à sa femme, même si cette longueur aurait parfaitement comblé la mienne… Bref, sur ce, je te laisse en compagnie des photos qui, j’en suis convaincu, te combleront de plaisir aussi.

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Allez, un petit sandwich, une cure de vin chilien, un bon morceau de soroche, et c’est le ventre plein que nous reprenons la route. Euuh… au fait, le soroche n’est pas un dessert traditionnel chilien. C’est le mal aigu des montagnes dû à une montée trop rapide en altitude où l’oxygène se fait plus rare… Une femme du groupe se l’est pris en pleine poire et ce n’est pas beau à voir : Vomissements, nausée, maux de tête, saignement de nez… « Fais comme nous, hydrate-toi bien avec le vin chilien et ça passera ! » Ah bon, ce n’est pas recommandé de boire de l’alcool en altitude ?... Bon, le programme de l’après-midi nous emmène maintenant au Monje de la Pacana, le gardien de la Pacana, véritable pilier de pierre planté au milieu du désert et taillé par le vent qui souffle fort ici. Etape suivante : San Pedro de Atacama. « Felipe, quel est ce site qui porte le même nom que la ville d’où on vient ?... Quoi ? Déjà ?...

Tu crois que c’est le Black Friday de l’excursion ou quoi ? » Il n’est pas prévu de repartir dans mes envolées lyriques cette après-midi car je ne suis pas content. Nous reprenons en effet déjà la route du retour avec cet arrière-goût de trop peu trop vite au fond de la gorge. C’est loin mais c’est beau !... C’est loin, mais c’est court…

Du coup, un poil déçu, nous rentrons à San Pedro au beau milieu de l’après-midi avec comme seule option pour bien la terminer d’aller s’autorécompenser des efforts accomplis au même bar qu’hier soir. All you need is love, et aussi de venir boire une bière ici. Ne me remercie pas pour le conseil, je viens de te mettre une chanson dans la tête jusqu’à la fin de cette journée… Fin de journée où tu nous retrouves, toujours confortablement installés, toujours au même endroit, toujours en train de reprendre des forces pour demain. De toute façon, demain est une autre aventure…

Et si tu veux me laisser un petit message ou partager la page... 

(... en vrai, ça me fera plaisir...)

Franck

Auteur Organisateur Conteur Photographe

... pour te servir !

On part en vadrouille