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Aller plus hauuut !

Jour 17 - 8 novembre

Aller plus hauuuut… Où l'on oublie ses souvenirs,… Aller plus hauuuut, aller plus hauuuut, se rapprocher de l'avenir…

En tout cas, notre avenir très proche, c’est effectivement d’aller plus haut, un peu plus près des étoiles, au jardin de lumière et d'argent… Et pour prétendre à ce jardin, le prix à payer est une longue ascension qui n’autorise finalement que les plus forts et les plus résistants au mal des montagnes à accéder à près de cinq mille sept cents mètres d’altitude, au sommet d’un mythe. Au sommet du Lascar ! « Hep toi, petit lascar, papiers d’identité s’il te plait ! » Le Lascar est le stratovolcan considéré comme le plus actif de la Cordillère des Andes du nord de par son score respectable de vingt-sept éruptions enregistrées ces cent cinquante dernières années. Il est donc potentiellement aussi le plus dangereux... Plus grosse éruptions observées : 1993 avec des projections de cendres volcaniques jusqu'à Buenos Aires en Argentine, à mille cinq-cents kilomètres de là... Brrrr, frissons… Frissons de peur ou frissons de froid, car tout en haut, les températures annoncées oscillent entre moins vingt et moins quinze degrés. Bref, tout ça pour dire qu’on sera loin de la balade dominicale en forêt ardennaise pour aller ramasser des cèpes avec les enfants !

 

Ô rage, ô désespoir, on va vivre aujourd’hui notre dernière véritable journée du voyage, mais tu l’as compris, on a souhaité frapper un grand coup pour que cette der des der s’inscrive au Panthéon de notre voyage ! Encore faut-il qu’à ce sommet, on y parvienne… Pour mettre toutes les chances de notre côté, le monsieur a dit qu’il fallait bien s’hydrater. Pour ça, on a été très performant hier soir. Il a aussi dit qu’il fallait bien dormir. Là, on a essayé mais c’était sans compter sur le radio-réveil local : les chiens. Ici, ils sont un peu les caïds du quartier et ont même carrément pris le pouvoir sur le gang des coqs ! Le chien de San Pedro est plutôt couche-tard et bon vivant. Il aime faire la fête avec ses potes et chanter des chansons de chien bourré jusque tard dans la nuit, nous obligeant à essayer de dormir avec le coin des draps vissé dans les oreilles. Tant pis, on essaiera de finir notre nuit dans le 4x4 qui doit venir nous chercher dans quelques minutes, à cinq heures. En l’attendant, le ciel nous fait grâce de sa voûte étoilée qui aurait mérité à elle seule ce réveil très matinal. Et c’est avec une demi-heure de retard à son actif que notre carrosse apparaît. Nous ne pouvons plus faire demi-tour, il faut y aller !

 

Bon ce teasing nous a donné l’eau à la bouche. Je pourrais alors tout de suite rentrer dans le pif du sujet et te retrouver directement aux pieds de « notre » montagne… Mais je souhaiterais quand même te faire part d’une petite anecdote dont mon arrière-train se souviendra longtemps. Imagine la scène. Nous sommes en conduite mode sport level douze en plein milieu du désert. En même temps, ici, c’est le désert partout. Bon, disons poliment que la piste qui n’en est pas réellement une est défoncée. Je suis assis à l’arrière, côté gauche. Outre le fait d’être secoué dans tous les sens, tout va bien jusqu’au moment où un violent bruit sourd juste en dessous de moi se fait entendre. Les autres passagers me regardent l’air suspect : « Promis, ce n’est pas moi ! » Notre guide prétend que le bas de caisse à toucher un rocher. Mon arrière-train, lui, vient de m’envoyer un fax pour m’indiquer que c’est le ressort de l’amortisseur du 4x4 qui vient de céder ! Bref, l’heure de chemin qui nous reste à parcourir est un chemin de croix pour mon pauvre fessier prêt à porter plainte pour viol.  Heureusement, une pause est prévue pour prendre un petit-déjeuner. Petit-déjeuner d’exception très bien garni au bord de la Laguna Lejia au lever du soleil par moins huit degrés. Qui dit mieux ?

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Ça y est, il est l’heure, on ne fait plus les lascars… On s’équipe de tout ce qu’on a de plus chaud lorsqu’on voit notre guide enfiler combinaison intégrale, gants de compét’, cagoule et masque de ski... Gloups… Nos tenues de tout petits joueurs de pipeau vont-elles nous permettre d’affronter les éléments dantesques d’un sommet en haute altitude ?... Ah, tiens, le guide se charge également d’une machine pour nous alimenter en urgence en oxygène lorsqu’on sera sur le point de mourir là-bas, tout en haut… Re-gloups… Et v’là t’y pas qu’il nous annonce que nous sommes six et que statistiquement, seule la moitié des membres de l’expédition parviendra au sommet… Re-re-gloups ! Le départ est sonné pour les sept cents mètres de dénivelé à parcourir. En file indienne, le rythme des pas est donné par le guide en marquant bien notre respiration. On se croirait sur une route nationale française en pleine ligne droite et limité à quatre-vingts. C’est en effet la première fois que nous marchons à une vitesse aussi réduite. Un pas devant l’autre, bien inspirer et bien expirer sont les seules choses auxquelles il faut penser pour ne pas risquer l'œdème cérébral. Oui, dis comme ça, ça fait flipper le dauphin ! Mais rassure-toi, j’ai l’impression que tout ça, ça concerne tout notre groupe, sauf nous ! On te l’accorde, on respirerait mieux la tête dans le cul d'une vache morte, mais mon frère et moi ne ressentons aucune fatigue, ni même un semblant de mal de tête. Pas d’essoufflement, pas d’hallucination,… Du coup, nous avons tout le temps de mesurer notre progression en regardant la voiture en contrebas qui se transforme petit à petit en fourmi. Devant nous, nous profitons aussi du panorama de dingo. Derrière nous, nous profitons du panorama de mickey… « Euh… et la tête, tu as dit que ça allait ? Tu es sûr ?...»

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Ouaip, nickel, car après deux heures de grimpette, nous arrivons au cratère principal du volcan. Ça fume, ça sent le souffre… Au carbone quatorze de mon pif, nul doute que ce lascar, il ne va pas rester dans les vapes bien longtemps… Du cratère, on rejoint maintenant le sommet du volcan, une petite centaine de mètres plus haut. Là, ça grimpouille sec mais sur une distance assez courte. Rassure-toi, toujours aucune gêne à signaler. Le seul truc qui nous pose problème à ce moment-là, c’est… le vent ! Un vent glacial qui souffle d’une force telle qu’il pourrait dépoiler tout un troupeau de vigognes ! Mais on savoure le moment. On y est ! On a réussi ! Cinq mille sept cents mètres d’altitude ! Record battu ! Et ce panorama à trois-cent soixante degrés sur une multitude de volcans… Je t’ai parlé de ce panorama ? Et de cette sensation d’être sur le toit du monde ? C’est juste… comment dire… un sentiment inqualifiable ! Toit toit mon toit, toit toit mon tout mon Wouah !

C’est beau devant. C’est beau derrière. C’est beau à droite. Et que dire de la gauche ! Je ne sais pas quoi te dire de plus que ce que retranscrivent les photos et les sourires niais sur nos visages.

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Pour ton info, sache que seul un membre du groupe est pris de maux de tête et est contraint de redescendre rapidement. Nous, on profite de tout ce qu’on peut, même si le guide nous rappelle à l’ordre : « Impossible de rester là très longtemps pour éviter de s’ankyloser sous l’effet du froid ». Après vingt minutes, on doit donc amorcer la descente. Là, une centaine de mètres plus bas, on croise un autre guide accompagnant un touriste belge qui nous interpelle en français : « Est-ce qu’il y a une friterie en haut ? » Elle est bien bonne cette blague belge, sauf que… le gars est aussi sérieux que toi et moi. Enfin, surtout toi…

Devant son insistance et notre incompréhension, notre guide nous demande de traduire. Le verdict tombe sans sommation : Il doit redescendre en urgence ! Il a atteint son seuil de tolérance et il est en train de délirer ! Si on le laisse monter, il va se persuader que l’équipe de foot belge est championne du monde…  Blague mise à part, ça nous rappelle que la montagne reste maître de nos destins. Nous concernant, on la remercie de nous avoir laissé la dompter. C’était topissime !

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Ce qui l’est beaucoup, mais alors beaucoup, beaucoup moins, c’est le chemin du retour jusqu’à San Pedro ! Ben oui, il n’y a pas de garage pour faire réparer l’amortisseur du 4x4 dans le coin et chacun a repris sa place dans le véhicule, comme à l’aller, mon arrière-train y compris… Je souffre en silence et ne vais donc pas t’en dire plus même si, j’en suis sûr, tu compatis. Pour le reste, on repasse à l’hôtel récupérer nos bagages, on va manger un bout et on patiente gentiment à la station des bus jusqu’à l’heure fatidique du départ. Départ de notre bus de nuit qui nous emmènera jusqu’à Arica, puis bus de jour jusque Tacna, avion pour Lima, re-avion avec escale à Atlanta, pour un retour au bercail après-demain. Et oui, ça y est, San Pedro, c’en est finit pour nous. On ne va pas se faire des nœuds au cerveau plus longtemps, on a adoré le secteur. Désolé, je corrige… On ne va pas se faire des nœuds au cerveau plus longtemps, on a adoré tout ce voyage à la découverte de ces contrées lointaines que je ne connaissais pas du tout. Une chose est sûre, I’ll be back ! Pourquoi pas l’Argentine qui nous fait de l’œil ? La suite au prochain numéro. De toute façon, le prochain numéro est une autre aventure…

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(... en vrai, ça me fera plaisir...)

Franck

Auteur Organisateur Conteur Photographe

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