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Vol au-dessus d'un nid de lignes bizarres...

Jour 3 - 25 octobre

« Ce bonhomme à tête de citrouille est-il censé représenter un astronaute ou un extra-terrestre ? Quel est le rapport entre ce singe, ce colibri, cette araignée et ce condor ? Pourquoi le peuple de cette ancienne civilisation a consenti autant d’efforts pour constituer toutes ces figures et formes géométriques dont la plupart ne sont visibles que depuis le hublot d’un avion ? A moins qu’on les doive à de petits hommes verts ? Pour qui ces dessins étaient-ils destinés ? Et surtout, que fait cette grosse baleine échouée ici ?... » Non, pas de panique, je ne découvre personne en compagnie de mon frère dans son lit au réveil ce matin… Et rassure-toi mon petit, je ne suis pas Julien Lepers et n’attends pas véritablement de réponse de ta part à toutes ces questions. A la descente du lit, si je te bombarde de ces interrogations, c’est simplement pour introduire cette journée dont le point d’orgue sera, et tu l’as peut-être déjà deviné, notre petite virée aux célèbres lignes de Nazca qui constituent encore aujourd’hui une des plus grandes énigmes de la planète au même titre que les statues de visages de l’île de Pâques ou celle de Woinic dans les Ardennes…

 

Mais comme les lignes ne vont normalement pas s’envoler sans nous et nous sans elles, on a encore un ‘tiot peu de temps pour abuser sexuellement de Huacachina qui propose dans son book, soit des tours de buggy, soit des descentes de dunes en sandboard, soit des marches sportives dans le désert, soit du barbotage dans la piscine des hôtels. Pas des activités déplaisantes en soi, mais si tu as lu assidument la prose dédiée à la journée d’hier, tu sais qu’on a déjà fait une petite croix en face de chacune de ces occupations. La matinée ici va donc nous permettre de nous refaire un petit best of. Sauf qu’aujourd’hui, nous sommes prêts à mettre cinquante centimes supplémentaires sur la table pour nous offrir un maxi best of ! En trempant nos mouillettes dans notre bol de Ricorée dans un bar de rue, je fais en effet une proposition indécente à mon frère : Privatiser Disneyland rien que pour nous, c’est-à-dire s’organiser une petite sauterie dans le désert dans un mini buggy, rien que le pilote et nous deux. Pas besoin d’insister longtemps pour lui faire valider le programme : Négocier un buggy, s’éclater dans le désert, puis faire les larves au bord de notre piscine en attendant l’heure de notre bus.

Aussitôt dit, aussitôt cuit ! Acte un, Franck négocie. « Viens là petit touriste que je t’arnaque le portefeuille ! » Le gars nous sort un prix qui ferait même bondir un américain. Un sourire enjoliveur, une blagounette et la négociation se passe comme sur des toilettes puisque l’affaire se conclut au même tarif qu’hier. Pas d’arme, pas de sang… A la Spaggiari ! Acte deux, Franck et Sullivan se secouent la cellulite dans le désert. Sauf que là, rien à voir avec hier ! Seuls au monde, sans Tom Hanks ni même une gueularde derrière nous. Et notre pilote d’élite a bien compris à qui il avait affaire. On s’enfonce bien plus profondément dans le désert jusqu’à ne plus voir aucune trace de souillure humaine. Et on y va à un rythme d’hommes. Ça monte, ça descend, ça remonte, ça redescend, ça nous secoue le cocotier,… ça nous plait ! Et comme il n’y a que nous, on attrape le pompon à chaque arrêt, synonyme de tour de manège supplémentaire gratuit. On kiffe de chez surkiffe ! Accroche tes bretelles et matte-moi ces clichés niveau ligue des champions !

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Pour la suite, je vais généreusement te faire grâce des aller-retours éreintants entre la piscine de notre hôtel et nos serviettes molletonnées pour t’emmener directement jusqu’au moment où nous mettons le pied dans notre taxi pour Ica, synonyme de séparation à l’amiable avec Huacachina qui aura pleinement rempli l’objectif que je lui avais fixé. Merci Huacachnina, nous sommes maintenant requinqués, remontés comme des coucous, prêts à en découdre pour de vrai avec le programme digne de Man vs Wild que je nous ai concocté. A Ica, nous tuons le temps d’attente en cherchant un distributeur, en mangeant des petits sandwichs au guacamole, et surtout en prenant garde de ne pas trop nous rappeler de cette ville où moche et sale sont les adjectifs qui la caractérisent le mieux…

 

Deux heures de notre voyage, deux heures de notre vie, deux heures de bus pour rallier Nazca depuis Ica. Deux heures pendant lesquelles nous sommes aux aguets, tapis dans l’ombre, prêt à bondir pour entrapercevoir les fameuses lignes qui doivent être là, à nous snober tout autour de nous... Car finalement, nous n’en apercevons furtivement qu’à proximité de la ville de Nazca et du mirador installé ici pour les phobiques de l’avion et autres détroussés du portefeuille. Car oui, deux alternatives s’offrent à toi pour immortaliser ces lignes dans ta boîte crânienne : L’avion ou le mirador d’où il n’est possible de ne voir que deux géoglyphes. Faire autant de kilomètres jusqu’au Pérou depuis mes Ardennes natales et se contenter de deux géoglyphes, ce serait un peu ballot, non ? Du coup, on opte pour l’autre solution qui consiste à les contempler façon Yann Arthus-Bertrand : Vus du ciel, à bord d’un petit coucou. « Ok très cher, mais combien ça coûte de bras un truc comme ça ? » Et bien sache que bizarrement, ce n’est pas aussi dispendieux qu’on pourrait l’imaginer. Environ soixante-dix euros par personne pour trente à quarante minutes de vol. Donc, chauffeur, si t’es champion, emmène nous direct à l’aérodrome de Nazca sans passer par la case départ ! A propos des lignes au sol qu’on a aperçues succinctement en passant, je souhaitais quand même préciser que je les imaginais beaaaaauuuucoup plus larges que ça ! Entre vingt et trente centimètres, c’est ce que m’a dit Rocco !

 

En arrivant à l’aérodrome, pas besoin d’avoir fait LV1 négociation, option Gripsou. Les prix sont affichés, identiques dans chaque compagnie, et non négociables. Seules variantes possibles, la taille du coucou et l’altitude de croisière. Pour notre part, ce sera dans un six places à faible altitude,… mais avec une heure d’attente à regarder en boucle un reportage censé nous expliquer le pourquoi du comment. Attention, c’est la minute wiki, c’est la minute pédia, c’est la minute wikipédia !... Déjà, un géoglyphe, c’est un grand motif dessiné sur le sol. Ici le taf a consisté à retirer les cailloux colorés par l’oxyde de fer pour laisser apparaître un sol clair constitué de calcaire. Ensuite, il faut savoir que le pot-aux-roses n’a été découvert que mille ans après sa réalisation, en 1926, au moment de l’avènement de l’aviation. Imagine la tête du mec survolant pour la première fois la région et découvrant ces figures pouvant mesurer près de deux cents mètres de long !… Et arrive enfin la question qui te brûle les lèvres : Quelle est l’origine de ces lignes ? Je ne te baratinerai pas pendant deux heures ; des explications plus ou moins foireuses, il y en a des tonnes ! Que ce soit des physiciens, des voyants, des géologues, des historiens, Indiana Jones dans le « Crâne de cristal », ou encore Riri, Fifi et Loulou dans « Nazca y aller », ils ont tous essayer de savoir… Moi, les théories les plus farfelues ont bien évidemment ma préférence : Un calendrier astronomique reproduisant les constellations, des pistes d’atterrissage pour vaisseaux spatiaux extraterrestres, des dessins de géants des Fraggle rock, des symboles destinés à demander la pluie aux dieux, des chemins rituels tracés pour des processions cérémonielles,…  Bref, il y en a pour tous les goûts et toutes les croyances !

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Allez mon p’tit foie de veau, I believe I can fly, I’m like a bird, y’en a même qui l’ont vu voler… Bref, c’est l’heure du décollage ! Avec mon frère, on s’regarde, on s’comprend, on sait pas comment te dire ce qu’on peut pas écrire, faudrait qu’on invente des mots qu’existent pas dans le dico : C’est nous qu’on d’la chance d’être dans cet avion ! Vachement beaucoup ! Car ça y est, on commence par la baleine, on fonce vers l’astronaute, on tourne autour du singe, on contemple le colibri, on s’extasie devant le condor, on aperçoit l’araignée,… Mais ce qui m’impressionne le plus, ce sont ces centaines de lignes, ces triangles, ces spirales et formes bizarroïdes immenses qui franchissent les ravins et escaladent les collines sans que leurs formes ni leur rectitude n’en soient affectées… Que te dire de plus que ce que tu vois sur mes photos ?

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Ah si ! « Mmmmmmmm, en apesanteur, mmmmmmmmm, pourvu que les secondes ne soient pas des heures, dans cet ascenseur… » Bien évidemment, survoler les lignes de Nazca était dans ma to do list des expériences à vivre avant de rejoindre gentiment ma boîte en bois, mais survoler les lignes de Nazca en serrant les dents pour garder le meilleur de mon petit sandwich au guacamole n’y figurait pas. Pour permettre la contemplation de chaque géoglyphe aux deux personnes côté droit, puis aux deux personnes côté gauche, l’avion tourne, retourne, se penche dans un sens, se penche dans l’autre, fait des embardés plongeantes, sans parler des trous d’air et des loopings… Mais ne me fais pas dire ce que je n’ai même pas pensé ! Même si le petit estomac fragile de mon frère le somme de mettre un terme à ces batifoles aériennes, pour la seconde fois de la journée, on est en mode surkiffe et on a bien conscience de rejoindre la secte très fermée des privilégiés ayant eu la chance de contempler ces marques au sol que quatre-vingt-dix-neuf pourcents des êtres humains peuplant cette planète ne verront que sur papier glacé d’un magazine chez leur médecin ou le joufflu collé sur le trône…

 

Voilà pour cette journée. Comparé à ce qu’on vient de faire, le reste ne peut être que du pipi de chat anecdotique : Coupe de cheveux à un euro cinquante et viscères de poulets dans les rues de Nazca… Quoi ? Ça te fait saliver et tu veux en savoir plus ? Ok. Donc sache que j’ai courageusement mis à disposition ma tête au Jean-Louis David made in Nazca. Attention, la description de cette expérience va être super rapide vu que le gars n’a mis que trois minutes top chrono pour me défleurer la tignasse ! Coupe à sec, poudrage au talc, coiffage à la balayette, alcool à quatre-vingt-dix sur la nuque, merci, au revoir !... Ma fois, ma tête me ressemble toujours et finalement, ce n’est pas si mal que ça… Dans le genre « onestdesoufs », on s’est également essayé à la dégustation de viscères de poulets frits accompagnés de ses petites pattes croquantes, le tout agrémenté d’une sauce couleur chiasse.  Pour reprendre cette très belle expression à la mode en 1986, ce n’était pas jobard… Voilà pour nos expériences d’aventuriers qui nous ont occupées jusqu’à l’heure de départ de notre bus pour Cuzco. Car ça y est, on remet le couvert pour seize nouvelles heures de transport à travers la cordillère des Andes. « Alerte aux gogols, les enfants, alerte aux gogols ! » Oui, mais non ! Car là, on est parti pour seize heures de vautrage dans les larges sièges hyper moelleux de notre bus luxueux de la compagnie Cruz del Sur. Plus confortable qu’une nuit avec les cochons de Thaïlande ou dans les chardons de Jordanie… Sérieusement, je n’ai jamais voyagé dans un bus aussi confortable et serai content de t’y retrouver à mon réveil demain matin lorsque le steward nous apportera notre petit-déjeuner. De toute façon, demain est une autre aventure…

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Franck

Auteur Organisateur Conteur Photographe

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Quand je ne suis pas en vadrouille, soit je prépare la suivante, soit je raconte la précédente...

On part en vadrouille