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Objectif Machu !

Jour 6 - 28 octobre

Aujourd’hui, journée de transition… Mais journée quand même ! Notre objectif du jour est en effet de rallier la petite ville d’Agua Calientes qui se trouve aux pieds du Machu Picchu à une cinquantaine de kilomètres à vol d’oiseau d’ici. Sur le papier, dis comme ça, on serait tenté de dire « Simple formalité ! » Sauf qu’entre le papier et la réalité du terrain, il y a un gouffre, au sens propre comme au sens figuré. Tu peux me croire, ce n’est pas une mince affaire, sauf si tu fais partie du cercle fermé des cinquante-trois millions de millionnaires que porte notre belle planète. Oui, cinquante-trois millions, ça fait beaucoup de monde, mais après avoir ouvert mon portefeuille ce matin, je te confirme que je suis encore en dehors du cercle… Bref, nous ne cassons pas notre tirelire pour gagner rapidement et confortablement Agua Calientes en train qui, pour le prix extorqué pour le billet, doit être en or massif. Du coup, comment procéder quand on est un vrai vadrouilleur ?... Pas de panique, je vais tout te raconter…

 

Avant-hier, au moment où mon frère était en quête urgente d’un beau siège blanc émaillé, je nous ai réservé deux places dans un van qui fait la navette tous les jours entre Cuzco et Hydro Electrica. Et comme il passe par la place des grands hommes d’Ollentaytambo, on s’était dit rendez-vous à dix heures, même jour, même heure, même pomme... Une fois dans notre van et après cinq heures de route de montagne, il nous restera alors onze kilomètres pour atteindre Agua Clientes. Sauf qu’Agua Calientes n’est desservi par aucune route ! Une nouvelle fois, on a la possibilité de prendre un train en or massif. Trente euros pour parcourir onze kilomètres !!! Mais à qui profite cette escrocquerie qui a pignon sur rue ???

« Bonjour messieurs… Avez-vous fait votre choix ?

- Oui, oui, nous prendrons deux bonnes paires de jambes agrémentées de leurs chaussures de rando, merci bien !... »

Bref, si tu ne veux pas te ruiner et que, comme bibi, tu penses qu’une merveille du monde comme le Machu Picchu, ça se mérite, il y a une alternative toute naturelle au train. Il suffit de marcher sur les rails !

 

Bon, en attendant l’heure du rendez-vous, on se trouverait bien un nouveau terrain de jeu, non ?... Ici, tout le monde se jette allègrement sur les ruines d’Ollantaytambo, mais tout ce petit monde oublie qu’il y a un autre site dans le coin : Pinkuylluna, là-bas, sur la montagne juste en face... Et de une, c’est gratuit. Et de deux, comme il faut un peu crapahuter pour s’y rendre, le site est exempté de toute trace de chinois. C’est donc super calme et presque désert ! Et comme le dit si bien mon dicton perso, « Si y’a pas d’chinois, on y va » ! Pour s’y rendre, en venant de Cuzco, il faut prendre la dernière rue à droite avant la place. Là, tu prends une nouvelle fois à droite jusqu’à trouver une petite porte donnant sur la montagne et des escaliers en pierre. Compte une heure de montée pour accéder à ces anciens entrepôts agricoles incas… Une fois arrivés, nous y sommes effectivement seuls. Et on jouit d’une vue imprenable sur le village et le site d’Ollentaytambo juste en face. « On n'est pas bien, là, ma Brenda ? »

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Après ce bon moment de bon matin, nous nous rendons sur le petit marché local et constatons que l’accès à tout le village est interdit aux véhicules pour cause d’organisation d’une fête sur la place principale.

« Euh, pardon ?... Aurais-tu l’obligeance de répéter ta dernière phrase, s’il te plait ?

- Bien sûr. Je disais donc que l’accès à tout le village était interdit aux véhicules pour cause de…

- Oh non, dis-moi pas qu’c’est pas vrai ! Si l’accès au village est interdit aux véhicules, notre van ne va pas pouvoir se rendre à notre lieu de rendez-vous. Le chauffeur va contourner le village et poursuivre son chemin sans se soucier de deux petits français abandonnés à Ollantaytambo. Nous n’allons pas réussir à parvenir à Agua Calientes ce soir. Nous allons perdre nos billets pour le Machu Picchu réservés exclusivement pour demain. Nous avons fait tout ce voyage pour rien. C’est la fin des haricots. Mon frère ne va pas réaliser son rêve. Je suis nul dans l’organisation de voyages. C’est la fin du monde. Bref, c’est la panique, nous rentrons en France ! »

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Comme le disait si bien madame Hanras, mon institutrice du CM2 : « Dans pareille situation, l’important, c’est de garder son calme pour qu’une solution nous apparaisse tout naturellement » Et cette solution se nomme Carlos ! « Papayou ? Tout nu et tout bronzé ? Rosalie ? » Non, pas le chanteur ! Le sympathique propriétaire de notre hôtel Janaxpacha ! Je dirais même « très sympathique », car après lui avoir exposé notre équation mathématique, il se met en quête du numéro de téléphone de l’agence Viatravel où j’ai acheté les billets, la contacte, obtient le numéro de téléphone du chauffeur du van, l’appelle, et convient avec lui d’un nouveau lieu de rendez-vous à l’entrée du village ! Mille mercis Carlos et big bisous !!!

 

La suite est plus conventionnelle,… ou presque... On attrape notre van au vol, on roule, on roule, on roule, on passe un col à plus de quatre-mille trois-cents mètres d’altitude, on fait un arrêt restauration où peu importe la nourriture pourvu qu'on ait le ventre plein, on roule, on roule, et on arrive à Santa Teresa. A partir de là, la route n’a plus de route que le nom. Chemin étroit défoncé longeant une falaise de deux cents mètres de haut et sans garde-corps serait plus approprié ! C’est bien simple, j’ai beau essayé, mais de ma place le long de la fenêtre, impossible d’apercevoir un bout de terre ferme entre la roue de notre van et le vide pendant plus d’une heure de tape-cul. Imagine donc la scène lorsqu’on doit croiser un autre véhicule… Moi pas peur, moi pas le vertige, mais moi préfère pas dormir quand même… Pour les phobiques du vide, fermez les yeux ! Pour les autres, ouvrez les yeux car le paysage est à couper le souffle !

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Bon, tant mal que encore plus mal, nous arrivons en vie à la gare d’Hydro Electrica vers quinze heures. Seules trois crises cardiaques sans gravité sont à déplorer dans notre van… On se chausse alors aussi sec les sacs sur le dos et pénétrons dans la jungle en suivant la voie de chemin de fer. Nous sommes en effet motivés comme jamais pour nous enquiller ces onze kilomètres à pied, ça use, ça use ! Mais bon, onze kilomètres dans un environnement pareil, je veux bien me manger ça tous les jours à mon petit-déj’ ! Végétation équatoriale, Machu Picchu tout en haut qu’on n’ose pas regarder dans les yeux,…

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La preuve, c’est qu’on se fait même un détour de deux kilomètres de rab pour parcourir les jardins de Mandor où se trouve une magnifique cascade nimbée dans la végétation. L’arrivée à la cascade est une telle claque visuelle que nous en oublions complètement nos épaules endolories… On en profite bien évidemment pour y faire une pause et s’y rafraîchir un peu… beaucoup, passionnément, à la folie !!! Oui, il faut être complètement fou pour se baigner dans une eau à dix degrés ! Ça nous fait d’ailleurs tout bizarre d’être une femme l’espace de cette baignade ! Nous ne sommes par contre pas les seuls timbrés des alentours puisqu’on partage notre baignoire géante à bain bouillonnant avec deux chiliens, Emmanuel et Sébastien. On se prête nos serviettes, on se passe de la crème anti-moustique,… N’en faut pas plus pour devenir copains comme cochon, et faire un petit bout de route ensemble jusqu’Agua Calientes où nous finissons enfin par arriver, de nuit, exténués,… surtout mon frère…

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Le moment que nous attendons tous les deux arrive enfin ! Ce moment, c’est celui où nous déposons les armes, alias nos deux gros sacs, dans notre magnifique auberge de jeunesse, le Casa Machupicchu Hostel. Quatre lits superposés dans une chambre riquiqui, salle de bain commune, taches au plafond, quelques cafards pour nous accueillir,… Youhou, on est content ! Nous ne nous attardons donc pas et partons prendre le pouls de cette ville pas trop méridionale, encore moins sud-américaine et pas du tout péruvienne. Si je te téléportais ici, tu serais bien ennuyé pour me dire où tu te trouves ! Disons qu’on a la bizarre impression de se retrouver dans une station de ski sans les remontées mécaniques ni les fondues savoyardes. Mais très touristique et très huppée la station, car les prix s’en ressentent ! On sent bien qu’ici, en mathématiques, ils ne connaissent que l'équation « Touriste égale vache à lait » ! Par contre, tout y est négociable. On a donc droit, au restaurant Ch’aska, à un menu complet à vingt soles avec un pisco sour offert, l’apéritif local. Nous ne faisons ensuite pas de vieux os, le réveil étant programmé très tôt demain matin… Avant de fermer les yeux, on pense bien évidemment à faire trois « Notre père » et cinq « Je vous salue marie » pour espérer avoir beau temps demain « Notre père, qui êtes aux cieux, merci de nous donner un bout de soleil demain pour voir le Machu Picchu sous son meilleur jour… Et s’il te plait, Seigneur, si on te donne Jul, serais-tu prêt à nous rendre David Bowie ? » Bon, la météo nous annonce beau temps mais selon les statistiques, quarante-trois pour cent des statistiques sont fausses, donc on se méfie ! Voilà, encore une nouvelle journée qui se termine. Une journée longue et fatigante qui aura servi à préparer la journée tant attendue de demain ! Comme on le dit, les investissements d’aujourd’hui sont les profits de demain… De toute façon, demain est une autre aventure…

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Et si tu veux me laisser un petit message ou partager la page... 

(... en vrai, ça me fera plaisir...)

Franck

Auteur Organisateur Conteur Photographe

... pour te servir !

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Quand je ne suis pas en vadrouille, soit je prépare la suivante, soit je raconte la précédente...

On part en vadrouille