P1040350.JPG

Tu reprendras bien un petit morceau de couille ?

Jour 8 - 30 octobre

Agua Calientes est incontestablement un incontournable à ne pas contourner du Pérou ! Généralement, par « incontournable », j’entends « à ne manquer sous aucun prétexte, même en cas de gastro-entérite aiguë ». Ici, par « incontournable », c’est plutôt « même si on aurait bien aimé l’éviter, on n’a pas vraiment le choix d’y passer, voir même d’y dormir » ! Pour tout te dire, nous, on y a même dormi deux nuits ! Pour économiser quelques billets verts dans un premier temps, mais surtout un peu de sable dans le sablier… Ouvre bien grand  tes écoutilles, je t’explique : Je t’ai dit avant-hier que le train coûtait un rein pour venir ou repartir du Machu Picchu. C’est vrai, mais surtout aux heures de pointe, c’est-à-dire en fin d’après-midi lorsque nos « amis » les chinois souhaitent regagner la grande ville avant la nuit tombée. Ne souhaitant pas nous recoltiner une pleine journée dans les transports pour regagner Cuzco comme à l’aller, nous avons donc réservé le premier train ce matin qui nous remmènera jusqu’à Ollantaytambo, tout de même à plus de cent dollars pour deux bien qu’en période creuse... Puis, on prendra un collectivo qui fera la route jusqu’à Urubamba, puis un autre pour Cuzco. Malgré les apparences, ce sera beaucoup plus rapide qu’à l’aller sans pour autant nous coûter la peau des fesses. Mais pour cela, comme tu l’as maintenant compris, cela a imposé de dormir une seconde nuit à Agua Calientes. Bref, toute cette introduction pour te dire qu’on est resté ici une nuit supplémentaire et qu’on va en repartir de bon matin par le train mythique de l’Inca Rail…

Bon, après un coup de mou, après deux trois claques pour se remettre la tête à l’endroit, les aventuriers de la tribu réunifiée ont décidé de monter un piquet de grève, et leur sentence est irrévocable ! Nous ne bougerons pas d’un poil tant que le soleil n’aura pas daigné éclairer de ses petits rayons l’objet de toutes nos convoitises. Repartir d’ici sans pouvoir le caresser du regard alors qu’il est là, sous notre nez,… Non, totalement inconcevable ! J’aurais honte de venir ici te raconter ça… Du coup, comme deux vieux pêcheurs regardant fixement leurs bouchons flottant dans une flaque d’eau, nous patientons…, nous patientons…, une heure, deux heures, trois heures, quatre heures,… Comme nous ne faisons rien à part attendre dans notre village dans les nuages, j’en profite quand même pour te parler un peu du Machu Picchu. Ben oui, le Machu Picchu, tout le monde en parle, tout le monde l’a déjà vu en photos, tout le monde veut y aller, mais est-ce que tout le monde sait ce que c’est ?... Déjà, le Machu Picchu, ça s’écrit comme ça. Un « c » pour Machu, et deux pour le Picchu. Et sais-tu pourquoi Machu ne prend qu’un seul « c » là où Picchu a eu la chance d’en avoir deux ? Non ? Ben moi non plus ! Ensuite, il faut savoir que le Machu Picchu est une des sept nouvelles merveilles du monde. Mais avant d’être élu, savais-tu qu’il n’a été découvert par hasard par les occidentaux qu’en 1911 par un certain Hiram Bingham ? Enfin, retiens que le Machu Picchu est une citée fondée par le peuple inca dans les années mille quatre cents, qu’il n’a jamais été découvert par les conquistadors espagnols, et que ce qui fait du site un incontournable et l’attraction touristique number one au Pérou, c’est surtout sa beauté et son environnement montagneux puisqu’il est situé sur un magnifique perchoir surplombant le vide…

 

Attends un peu,… mais oui, pince-moi, je n’ai pas la berlue, c’est bien mon frère que j’entends applaudir !!! Serait-ce pour fêter le dieu soleil qui se pointe enfin ?... Ah non, désolé, enflammade de courte durée car les applaudissements sont à destination des salopards de moustiques qui nous mitraillent joyeusement. C’est simple, les jambes de mon frère ressemblent à Las Vegas by night vu du ciel tellement ça clignote ! Si on chope le palu moins de trois fois chacun, on sera chanceux !!! Du coup, c’est décidé, on bouge ! Faut dire qu’il est midi, qu’on est toujours brecouille comme on dit dans le bouchonnois, et qu’on a une réservation pour faire l’ascension du Wayna Picchu ce matin, brouillard ou pas ! Le Wayna Picchu, je suis certain que tu sais ce que c’est sans savoir que ça s’appelle comme ça. Le Wayna Picchu, c’est la montagne à la forme arrondie qui se trouve derrière le Machu Picchu et qu’on voit sur toutes les photos. 

Train mythique car il serpente dans la vallée des incas. J’ai beau chercher, je ne vois rien d’autre. Car les paysages traversés, bien que jolis, ne nous comblent pas de bonheur plus que ça. Car le confort de nos sièges, bien que vintages, ne nous comblent pas de bonheur plus que ça. Car les hôtesses dans le train, bien que souriantes, ne nous comblent pas de bonheur plus que ça. Bref, je le dis et je le redirais même face au président directeur général d’Inca Rail, « c’est bien cher pour ce que c’est votre train mythique » !!! Après une heure trente de train, nous débarquons de nouveau à Ollantaytambo.

Et on n’y fait pas de vieux os car aussitôt arrivés, aussitôt repartis dans un collectivo, direction Urubamba pour trente nouvelles minutes de bétaillère. On encaisse ce genre de trajet comme si c’était un tour de manège jusqu’à se faire jeter sur le bord de la route à proximité d’Urubamba. A Urubamba, pas de site inca ni même de cathédrale machin chose à voir. On fait un stop ici pour le marché couvert qui se tient ici tous les jours. Alors, pourquoi ce marché plutôt qu’un autre ? De une, il paraît que le marché y est vivant et fréquenté. De deux, il paraît que le marché y est coloré et photogénique. Et de trois, il paraît que c’est un vrai marché local où l’on y trouve tous les produits péruviens de tous les jours. N’en jetez plus ! M’en faut pas plus pour me convaincre. Et nous ne sommes pas déçus en y arrivant car le marché d’Urubamba est effectivement tout ça à la fois, et même un peu plus car on y trouve à l’étage tout un tas de petites cantinas parfaites pour nos estomacs et nos portefeuilles : Local et pas cher !

P1040294.JPG
P1040296.JPG
P1040323
P1040305
P1040307
P1040311
P1040313
P1040306
P1040297
P1040336
P1040335
P1040330.JPG

Et alors, qu’est-ce qu’ils mangent les péruviens ? Le lundi, des patates, le mardi, des patates, le mercredi, des patates aussi ! Il y en a partout, de toutes les sortes, de toutes les tailles, de toutes les couleurs, pour tous les goûts ! Savais-tu que le Pérou était le pays de la pomme de terre ? Qu’elle était née ici, à l’état sauvage, il y a plus de sept mille ans ? Que ce sont les conquistadors espagnols qui l’ont rapatriée en Europe au seizième siècle ?... Non ? Ben maintenant tu le sais ! Il se dit même ici qu’il y a autant de jours de l’année que de sortes de pommes de terre… Au final, c’est bien plus que ça car ce sont près de cinq mille variétés qui ont été comptabilisées au dernier recensement de la population... Purée, on ne va pas en faire tout un plat à gratin car nous, finalement, on décide d’y manger un ceviche ! Un ceviche tellement bon qu’on n’a même pas laissé une chance à nos assiettes d’être prises en photo ! Un ceviche tellement bon et tellement peu cher qu’on en a même pris deux grandes rations chacun ! Après ça ? Et bien on retourne faire le trottoir sur la route principale pour espérer y attraper un nouveau collectivo. Collectivo qui se pointe rapidement pour un retour tout en douceur et en sommeil jusque Cuzco… La boucle est bouclée, c’en est officiellement terminé de notre escapade machu-picchesque ! On va pouvoir se projeter mentalement sur notre prochaine aventure qui débutera dès cette nuit. Mais chaque chose en son temps, on s’organisera une causette à ce sujet plus tard…

Car là, bruni par le soleil et ses chansons monocordes, nous déposons nos gros sacs à l’hôtel Kay Pacha et partons arpenter les hauteurs de la ville à bord de nos jambes avec pour objectif le Christo Blanco et le site inca de Saqsahuaman. Et là, la machine infernale des pseudo-guides se met en marche :

« Monsieur, ascension trop dure, préférable toi monter sur mon bourricot !

- Non merci, ma mère m’a fait des jambes, je vais m’en servir…

- Monsieur, si toi monter dans mon taxi, toi pas payer le prix de l’entrée !

- Non merci, ma mère m’a fait des jambes, je vais m’en servir…

- Monsieur, si toi vouloir, possibilité de monter sur le dos de ma grand-mère pour toi faire visite pas fatigante !...

- … »

 

Et c’est qu’ils sont persévérants les bougres !… Ou stupides ? Ou durs de la feuille ? Ou les deux ? A vrai dire, on ne le saura jamais car on préfère les esquiver en redescendant dans le quartier San Blas pour mieux remonter via une série de marches bien raides. Quand je te dis « bien raides », il faut surtout entendre qu’il y en a une foultitude, qu’elles sont irrégulières et que nous sommes à trois mille six-cents mètres d’altitude. Oui, je justifie comme je peux le fait qu’on arrive en haut à bout de souffle ! Mais le jeu en vaut une fière chandelle car la vue sur Cuzco est impressionnante une fois parvenus au Christo Blanco, version miniature du Christ Rédempteur de Rio. 

P1040342.JPG
P1040343.JPG
P1040349.JPG
P1040338.JPG

Après quelques photos prises en compagnie d’une classe de nains péruviens, euh pardon, je voulais dire une classe de lycéens péruviens, nous embrassons maintenant une vue d’ensemble sur le site de Saqsahuaman surtout réputé pour ses énormes monolithes hétérogènes de granit parfaitement imbriqués et sans jointement. Pourquoi les incas se sont-ils ainsi pris la tête à tailler ces pierres avec ces formes si tarabiscotées ? Avaient-ils tous pris option sculpture au bac ? Etaient-ils sous l’emprise d’une substance hallucinogène ? Etaient-ils des adorateurs du dieu Tétris ?... Rien de tout ça ! Sache que cette imbrication complexe permet tout simplement une meilleure stabilité, très utile en zone sismique… Et on ne dira pas le contraire, car même si certains de ces murs ont été rénovés, beaucoup sont encore cent pour cent origine garantie. Bon, je fais mon malin à t’expliquer tout ça, mais au final, nous n’avons pas visité cette ancienne forteresse inca. Le ticket d’entrée regroupant tout un volet de sites que nous ne visiterons pas, il est très cher, même pour un porte-monnaie européen. Et même en tentant une petite négociation, soit c’est soixante-dix sols, soit c’est rien ! Ok, ma p’tite dame, ce sera rien ! Nous nous contenterons donc de cette vue gratuite et d’une balade toute aussi gratuite le long des remparts extérieurs où on peut approcher de très près les énormes blocs ; le plus grand mesurant neuf mètres de haut pour cinq mètres de large, pour un poids d’environ trois cent cinquante tonnes. Oui, quand même…

P1040362.JPG
P1040353.JPG
P1040365.JPG

Bon, la journée arrive bientôt à son terme et tu commences certainement à te demander pourquoi j’ai appelé cette journée avec ce titre farfelu, hein ? Patience petit hobbit, j’y viens. Car si tu vas à Rio, n’oublie pas de monter là-haut… Et si tu vas à Cuzco, n’oublie pas de faire deux choses : Aller au Machu picchu, et manger du cuy. Pour mon frère et moi, missions validées !... « Cuy, was ist das ? » Alors, le cuy est le plat traditionnel péruvien. Aussi traditionnel qu’étonnant pour nous, petits européens en quête d’inattendu et d’exotisme, car il s’agit de cochon d’Inde ! Et oui, chez nous, les gens les cajolent. Ici, les gens en raffolent ! Mmmm le bon petit cochon d’Inde grillé à la broche ! En fait, une fois confortablement allongé dans mon assiette, ce cochon d’Inde entier ressemble aux petites bestioles que je caressais et habillais avec des vêtements de poupée avec mes cousines quand j’étais petit chez mes grand-parents. Et le truc marrant, c’est que « Cuy » se prononce ici « Couille » ! Oui, c’est l’occasion de sortir quelques unes de tes meilleures blagues. Moi, désolé, ce n’est pas du tout mon genre…

Pour en revenir à notre sympathique rongeur, je ne saurais que trop te conseiller d’oublier leur bonne petite bouille sympathique et le prénom que tu avais donné au tien il y a quelques décennies, et de croquer dedans ! Venir au Pérou sans goûter au cuy, ce serait comme venir en France et ne pas goûter aux fromages qui puent. Vraiment dommage, surtout que c’est succulent ! Le meilleur repas depuis notre arrivée au Pérou ! En espérant qu’on passe aussi la meilleure nuit dans notre hôtel ! Ce dont je suis sûr, c’est qu’elle va être une des plus courtes vu qu’on a rendez-vous à trois heures trente du matin. Ainsi soit-il. Oui, comme tu dis, demain va venir plus vite que d’habitude... De toute façon, demain est une autre aventure…

Et si tu veux me laisser un petit message ou partager la page... 

(... en vrai, ça me fera plaisir...)

Franck

Auteur Organisateur Conteur Photographe

... pour te servir !

P1040208_optimized.jpg

Quand je ne suis pas en vadrouille, soit je prépare la suivante, soit je raconte la précédente...

On part en vadrouille