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J'ai vu une grosse bêêête...

Jour 11 - 22 avril

Ce soir, nos paupières seront lourdes… très lourdes… et se fermeront sur une nouvelle île. Mais avant ça, on a un p’tit truc à faire ici, à Oslob. Et ce petit truc nous contraint, toi et moi, à nous retrouver la goutte au nez, dehors, dès cinq heures du matin. Non, ce petit truc n’est exceptionnellement pas un lever de soleil… D’ailleurs, à y réfléchir, ce petit truc est plus un gros truc qu’un petit truc. Il s’agit d’une grosse bêêête… Plusieurs grosses bêtes, même… Des poissons ! Mais alors gros, les poissons ! Car pas n’importe lesquels ! Les plus maous costauds référencés au Guinness Book ! Hé oui, ce matin, j’ai mis la plus belle de mes chemises pour un rendez-vous avec des requins-baleines !… « Mais au fait, Jamie, c’est quoi exactement ces requins-baleines ? Requins ou baleines ?... »  Eh bien Fred, le requin-baleine n’est pas un mammifère. Si ce n’est pas un mammifère, ce n’est donc pas une baleine. Et si ce n’est pas une baleine, c’est donc bien un requin ! « Ok, Jamie, mais pourquoi est-ce qu’on a souvent tendance à l’assimiler à une baleine ? » Ben c’est simple, Fred, c’est à cause de sa taille ! Il peut mesurer jusqu’à vingt mètres et peser trente-cinq tonnes ! Tu te rends compte ? C’est la taille d’un immeuble de huit étages ! Mais pas de panique, ce monstre marin reste inoffensif pour toi sauf si tu te déguises en plancton ! Quoi, tu ne t’es jamais déguisé en plancton ? Ni en algue ou en petit calamar ?... Aucun risque pour toi, donc… En fait, le requin-baleine n’avale que ça en filtrant des quantités astronomiques d’eau grâce à son immense gueule béante qu’il laisse grande ouverte partout où il passe et qui peut mesurer jusqu’à deux mètres de large. « Encore un qui a une grande gueule et qui ne chope pas grand-chose ! » Détrompe-toi ! Ne sous-estime pas l’appétit de la bestiole puisqu’un seul de ces spécimens absorbe jusqu’à une tonne de plancton par jour ! Sachant qu’un requin-baleine vit environ cent ans, calcule-moi combien ça fait de kilos de plancton ingurgités en une vie…

 

Allez, ne lâche pas, la minute scolaire se termine bientôt et l’action arrive juste derrière… Avant ça, je voulais quand même t’expliquer pourquoi on est sûr de trouver des requins-baleines, ici, aux Philippines. Tout précisément sur l’île de Cebu. Et encore plus précisément à Oslob. Pour cela, laisse-moi te raconter une histoire. C’est l’histoire d’un mec, petit pêcheur philippin à Oslob, partant en mer pour y tendre ses filets que bobonne lui a raccommodé avec du joli fil doré. Ben oui, des requins-baleines ont la fâcheuse tendance à se prendre dedans et autant te dire qu’à chaque fois, dans la catégorie poids lourds, the winner is… la grosse bête ! Sauf qu’aujourd’hui encore, le héros de notre histoire rentre à la maison avec son beau filet tout déchiré. Là, c’est le grain de semoule qui fait déborder le couscous ! Il en a marre de se faire tirer les oreilles par bobonne ! Avec ses copains les autres pêcheurs, décision est prise de se venger en tuant ces fichus requins-baleines ! Sauf que, coup de bol pour nos amis les requins, l’histoire est parvenue jusqu’aux oreilles d’un petit touriste qui s’est empressé de venir ici demander aux pêcheurs de l’emmener à la rencontre de ces monstres des mers contre petite rétribution. Et voilà, la pièce a été glissée dans la fente de la machine touristique, il en tombe maintenant des milliers chaque jour... Moralité de l‘histoire : Le tourisme a sauvé la vie de toute cette colonie de requins-baleines qui vient se ravitailler dans les eaux chaudes et peu profondes de la baie d’Oslob chaque année de novembre à mai…

 

Elle t’a plu mon histoire ?... Attention, certains, sur internet, vont certainement te dire qu’il ne faut pas venir à Oslob cautionner le système, que c’est plus un zoo qu’autre chose, que les pauvres requins-baleines ne sont pratiquement plus sauvages dans la mesure où les pêcheurs les nourrissent quotidiennement pour les attirer et faire un max de fric… Alors oui, je peux entendre ces arguments. Oui, sur place, j’avoue que ça fait presque grande parade de Disneyland juste avant Noël. Stands de bouffe, boutiques-souvenirs, colonies de chinois suivant à la trace le petit drapeau agité par leur guide,… Mais je te pose une seule et unique question et je ne t’embête plus avec ça : Qu’en serait-il des requins-baleines d’Oslob si aucun touriste ne venait dans le coin ?... Moi, j’ai pesé le pour et le pour avant de venir. Dire que l’expérience de nager aux côtés d’un requin-baleine m’attire relève de l’euphémisme le plus candide. Et si tu ajoutes à ça la petite histoire de notre pêcheur philippin racontée plus haut, tu comprends que je suis en mesure de t’annoncer officiellement que nous allons nous mettre à l’eau sans scrupule. « Ouh là, t’emballe pas, quand même ! On a beau avoir été très matinaux, on dirait que d’autres ont carrément dormi sur place ! » Inscription, paiement des mille pesos par personne, consignes de sécurité,… A chaque guichet sa longue file d’attente. Et pour ne rien arranger, d’énormes groupes de chinois arrivent la bouche en cœur et nous passent impunément devant simplement grâce à leur guide qui était apparemment là à l’ouverture. Si bien qu’on est arrivé sur site à cinq heures et demie mais on ne nous appelle pour notre quart d’heure de folie dans l’eau qu’à onze heures !...

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Une centaine de mètres sur une petite embarcation et ça y est : L’eau d’un bleu éclatant laisse pénétrer les rayons du soleil pour nous permettre d’apercevoir nos premières grosses tâches sombres… « Go on water, whale shark, whale shark ! » Si je traduis ce qu’est en train d’insinuer notre ex-pêcheur reconverti en guide touristique, ça donne un truc du genre : « Tous à la flotte ! Vous avez payé pour voir des requins-baleines, c’est pas le moment d’avoir la trouille ! » A ce moment-là, un ping-pong peut effectivement se jouer dans les têtes avec d’un côté le « Euuuuh, t’es sûr qu’on n’est pas en train de tourner un mauvais remake des dents de la mer, là ? Je ne suis pas un spécialiste, mais le truc qui dépasse de l’eau, là, c’est bien un aileron, non ?... » et le « Yepaaaaah, go go go, ils sont làààààà ! » Autant te dire que nous concernant, pas le temps de réfléchir : « Tous à la baille ! »

Put… de bordel de m… Excuse ma vulgarité soudaine mais il est là, imposant, massif, colosse. Mon tout premier requin-baleine, là, à quelques litres d’eau devant moi, avec sa belle robe grise mouchetée et sa gueule grande ouverte qui pourrait sur un malentendu me gober tout cru ! Shot d’adrénaline direct ! Palpite qui s’emballe, souffle coupé,… Il me faut quelques secondes pour reprendre mes esprits et me lancer à sa poursuite. Heureusement, là où on pouvait craindre un remix sous-marin des bouchons de l’A7 un week-end de chassé-croisé, on se retrouve assez facilement en intimité avec les requins-baleines une fois en immersion. Le chinois n’ayant pas la réputation d’être ni un grand nageur, ni un grand téméraire, ils restent pratiquement tous accrochés à leurs bateaux, leurs gilets de sauvetage bien vissés sur le torse. Eh bien qu’ils y restent ! Nous, on en profite pour batifoler avec nos gros patapoufs des mers qui évoluent ici comme des poissons dans l’eau. Tu imagines aisément quel kiffe c’est de pouvoir nager à leurs côtés... Et ce qui finit de me conforter dans mon choix d’être venu vivre cette expérience de dingue, c’est que les requins n’ont pas l’air d’être gênés ni par ma présence, ni par celles des chinoises qui hurlent leur peur en tentant désespérément de remonter dans leur bateau. Non, au milieu de tout ce chaos, d’une placidité et d’une nonchalance légendaire, nos amis naviguent silencieusement, semblant même ignorer leur niveau de popularité, restant obnubilés par leur mixture de petites crevettes qu’ils avalent tranquillement en même temps que des centaines de litres d’eau rejetés ensuite par d’énormes branchies qu’on peut facilement observer. Bien sûr, je regrette l’ambiance usine foire du trône chinoise qui règne tout autour et qui laisse un petit goût amer en fin de bouche, mais si on ne se focalise que sur l’expérience vécue, sur le moment où nos regards se sont croisés, pour sûr que je garderai tout ça en mémoire bien au chaud aux côtés de mes expéditions sous-marines avec les tortues de Moalboal, les raies-manta de Nusa Lembongan en Indonésie ou encore les dauphins de l’île Maurice…

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Allez, comme nos amis les cigognes d’Alsace, c’est l’heure de la migration qui consiste pour notre part à quitter l’île de Cebu pour celle de Panglao ! On quitte une île verdoyante ourlée de plages de sables blancs et de spots magnifiques de plongée pour rejoindre une île verdoyante ourlée de plages de sables blancs et de spots magnifiques de plongée. On n’a pas une vie facile tous les jours… Pour ce faire, point de ligne maritime toute tracée depuis Oslob puisqu’il faut normalement remonter par la route jusque Cebu City avant de pouvoir choper un bateau… Toute ma vie, moi qui croyais être un moldu, eh bien je t’annonce qu’au pied du mur, je suis un magicien. Un ou deux interrogatoires et hop, je nous dégote un bateau « clandestin » pour faire la traversée depuis Quartel Beach située à dix petits kilomètres d’ici et accessoirement nous faire gagner une demi-journée de transport. Avec Jérôme et Marine qui veulent eux aussi profiter du bon plan, nous louons donc les services d’un tuk-tuk pour nous y emmener. Le chauffeur, Marine et Jérôme, nous deux, nos quatre gros sacs… Tout ce monde-là dans le petit tuk-tuk… Je suppose qu’on peut appeler ça… du tétris-ycle…

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Blague nulle mise à part, la traversée dure une heure et demie. Et ce n'est pas la croisière s'amuse mais la croisière vomit ; plusieurs personnes ne supportant pas la houle ! Rassure-toi, nous concernant, tout va bien, pas de petit vomito à déclarer et nous pouvons donc sereinement débarquer à Alona Beach sur l’île de Panglao… Bienvenue en Corée !... Sans déconner, ici, tout est écrit en coréen, tout le monde parle coréen, tout le monde mange coréen et c’est blindé de coréens ! Beurk !! Du coup, on loue nos deux scooters coréens et on ne s’attarde pas plus longtemps que ça ici, direction Dumaluan Beach et notre guesthouse Adriana’s où nous avons prévu de squatter deux nuits !... Rien à dire. Top ! Petites cabanes dans la végétation, au calme, avec happy hour au bar, que demande le peuple ? Ben rien, il est content, le peuple…

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Mais là non plus, on n’y prend pas racine. On rechevauche de nouveau nos montures pour maintenant se rendre sur l’île de Bohol. Oui, on a la bougeotte des îles mais celle-ci est facilement accessible puisque Panglao et Bohol sont reliées par un pont. Pourquoi faire tant de route alors que nous sommes déjà en fin d’après-midi, vas-tu me dire… Eh bien car j’ai réservé une excursion nocturne en kayak sur la rivière Abatan depuis le petit village de Cortes. Pourquoi faire du kayak de nuit vas-tu me dire ?... Dis donc, tu en poses, des questions, toi !... Parce que la nature renferme des secrets qui ne se révèlent qu’à la nuit tombée aux plus patients et aux plus discrets des visiteurs. Ah, je crois que je viens de titiller ta curiosité… Après les grosses bêtes de ce matin, place aux toutes petites ce soir avec un ballet bien particulier : La parade nuptiale des lucioles ! Chaque soir, le rituel de séduction de dizaines de milliers de lucioles habille les arbres de la mangrove le long de la rivière Abatan comme un fabuleux spectacle de Noël. Fendre l’eau de la rivière en kayak permet ainsi d’admirer en silence cette représentation sans déranger la sérénité des ébats amoureux de ces petites bestioles.

La bonne surprise, c’est que l’endroit est désert. Il n’y a pas grand-chose de pire que de se retrouver dans un endroit de toute beauté en même temps qu’une centaine de touristes chinois hilares et tapageurs fraichement débarqués de leurs énormes bus climatisés et déterminés à prendre des selfies dans tous les recoins quitte à te grimper dessus. Ici, ce ne sera pas le cas car nous serons les seuls sur l’eau en compagnie de notre guide qui, tout en pagayant tranquillement, nous explique tout sur la vie des lucioles. Par exemple, savais-tu qu’avant de devenir de belles créatures phosphorescentes, gracieuses et délicates, les lucioles n’étaient que de vulgaires larves gluantes vivant toute leur vie dans la boue à la racine des palétuviers. Une fois transformées en lucioles, elles n’ont alors plus que deux petites semaines à vivre. Mais deux semaines en apothéose puisqu’elles ne font que dormir le jour et copuler la nuit. Sympa, le programme avant de casser sa pipe, non ?... Chut, ça y est, nous arrivons aux arbres à partouze ! Ne me regarde pas comme ça, ce n’est pas moi qui le dis, c’est le nom officiel de l’endroit !

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Plusieurs milliers de lucioles clignotent silencieusement à l’unisson, presque de manière synchronisée, créant un effet de vague lumineuse. Certaines lucioles plus curieuses que les autres s’approchent vaillamment de notre kayak comme de petites fées clochettes espiègles venues nous inspecter avant de retourner à leur petite sauterie. Nous, silencieux, nous restons à l’écart, ébahis devant ce jeu de séduction magique que nous propose une nouvelle fois la nature. Il y a des étoiles qui scintillent dans le ciel, des étoiles qui clignotent dans les arbres, des étoiles qui se reflètent sur l’eau et des étoiles dans nos yeux. C’est féerique ! L’autre bonne surprise qui n’était pas prévue au programme, c’est que dans l’eau, nos coups de rames font également s’activer du plancton phosphorescent… La mauvaise, c’est que nos photos ne rendent vraiment pas grand-chose… Il faudra donc que tu fasses fonctionner ton imagination pour avoir un peu l’impression de vivre ce moment avec nous… A moins que tu ne viennes voir ça sur place par toi-même…

Voilà, merci à toutes les bébêtes du jour qui nous en ont mis plein les yeux ! Par contre, désolé aux autres bébêtes qui nous en ont mis plein le ventre ! Tripes de poulet au barbecue, pattes de poulets en brochette, crêtes de poulets grillées,… Oui, je ne t’avais pas dit, je ne suis pas végan car j’ai une maladie. A la naissance, j’ai attrapé une saloperie qui s’appelle le goût… Et ma foi, toutes ces tripailles de poulet sur les barbecues de rue en ont, du goût… Tout comme toi, d’ailleurs, qui nous suis dans nos aventures et que j’imagine répondre présent à l’appel de notre journée de demain. De toute façon, demain est une autre aventure…

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(... en vrai, ça me fera plaisir...)

Franck

Auteur Organisateur Conteur Photographe

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