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Oh les beaux casques-Bohol !

Jour 13 - 24 avril

Si hier, le titre de notre journée aurait pu être « Cinquante nuances de bleu », comme tu le constateras tout à l’heure, « Cinquante nuances de vert » aurait été comme un gant à celle d’aujourd’hui ! En fin de compte, comme tu l’as lu, c’est « Oh les beaux casques-Bohol » qui a emporté le pompon vu que nous basculons aujourd’hui officiellement sur l’île de Bohol où nous avons la ferme intention d’enquiller des centaines de kilomètres au compteur de nos scooters ! D’ailleurs, si ça te tente de nous suivre, je m’avance un peu sur ma selle pour te laisser une ‘tite place à l’arrière… Tu en es ?... Ok, ainsi soit je, ainsi soit tu, ainsi soit il… Réglage des rétroviseurs, un coup de kick et let’s the music play ! En guise d’amuse-gueule, un petit arrêt au panneau d’entrée de la ville de Dauis aux airs de Las Vegas… Puis un second arrêt dans celle de Tagbilaran pour notre petit-déjeuner… Et on en vient enfin à l’arrêt qui risque de t’intéresser un peu plus. Celui dans la forêt proche de la petite ville de Corella ; forêt magique ayant la particularité d’abriter une créature que tu croyais uniquement sortie de l’imagination de Georges Lucas. Oui, oui, c’est bien lui ! Oui, oui, il existe vraiment ! Le célèbre Maître Yoda ! Sur l’île de Bohol pour découvrir une créature endémique mythique, venir il te faudra... Ah, je crois avoir entrevu une once d’intrigue dans tes yeux, non ?

 

Et si je te disais maintenant que le nom officiel de la race de Maître Yoda est le « tarsier », tu me croirais ?... Qu’il s’agit d’un primate, mi-chauve-souris, mi-singe, mi-alien... Mais attention, parler, le tarsier lui ne sait pas ! Ça, c’était bel et bien une invention de notre ami concepteur de Star Wars ! Plus sérieusement, le tarsier n’est autre que le plus petit primate au monde. Il ne mesure qu’entre huit et quinze centimètres les bras levés et pèse en moyenne le poids d’un trognon de pomme. Par contre, proportionnellement à la taille de son corps, ses yeux globuleux sont cent-cinquante fois plus gros que ceux de l’homme ! Sur l’étagère des bizarreries, si tu en veux encore, je t’en ressers toute une panoplie.

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« Appelez un exorciste ! » Ses yeux brillent dans la nuit et c’est pour cette raison que certaines tribus locales les considèrent comme des suppôts de Satan… Bon, le fait que sa tête puisse tourner à cent-quatre-vingts degrés de chaque côté sans pouvoir faire bouger les yeux dans leurs orbites ne doit pas arranger les choses... Mais lorsqu’il n’est pas possédé, l’énergumène est un grand fêtard puisqu’il dort le jour et fait partie du monde de la nuit. Aussi, il communique avec ses congénères à base d’ultrasons. Il est capable de faire des bonds de trois mètres pour attraper ses proies tels que des papillons de nuit. Et le must, c’est qu’il devrait être constamment sous anxiolytique. Ben oui, le monsieur est un éternel stressé puisqu’il est capable de mettre fin à ses jours en coupant volontairement sa respiration en cas de peur ou de stresse… « Je te préviens, si tu me fais peur, je me suicide, ok ? » Bon, là tu dois te dire que je te sers tout un tas d’infos débiles pour attirer le chaland mais pourtant, tout est cent pour cent véridique validé par maître Nadjar, huissier de justice !

 

Bref, mettons-nous en quête de ces petites créatures… Bien qu’étant en liberté, un guide nous attend à l’entrée du site pour nous montrer où se cachent les tarsiers ; chacun d’eux ayant élu domicile dans un arbre bien précis. Après quelques minutes, notre vision s’aiguise et ça y est, notre peur de rentrer bredouille est chassée par la vue de notre premier tarsier. Et nous avons de la chance puisqu’il a les yeux grands ouverts pour nous accueillir ! En voilà un deuxième, puis un troisième, puis un quatrième ! Au total, ce ne sont pas moins de cinq de ces bestioles que nous pouvons voir évoluer en silence ! Cinq sur les mille spécimens que compte encore notre planète ! Au final, moi qui avais peur d’être déçu par cette visite, d’être confronté à un endroit inondé de petites échoppes proposant peluches de tarsiers, t-shirts de tarsiers, et autres boîtes de civets de tarsiers,… je dois t’avouer que j’ai beaucoup aimé ! On voit que le site est naturel, que la priorité est donnée au confort et à la sérénité des animaux. Bref, un pouce levé synonyme de recommandation !

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Go, on reprend la route vers le nord de l’île de Bohol. Le nooooooord ! Rien que de le dire signifie qu’on fuit l’affluence touristique. Tu le vois le sentier battu, là ? Ben on le snobe bien comme il faut ! D’ailleurs, pour le reste de notre journée, nous ne verrons pas un seul autre congénère blanc-bec. Et ça se confirme dès notre arrivée aux Bohol Kawasan Falls où nous nous retrouvons complètement seuls à infuser dans l’eau chaude sous la cascade entourée d’une végétation exubérante en guise d’écrin. Il est où le bonheur, il est où ? Ben il est là, pardi !

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Allez, je te parie un tonneau d’alcool de riz que ça en sera de même à Camugao Falls qu’on enchaîne après quelques vingt minutes de scooter supplémentaires ! Bingo ! Petite marche d’accès pour parvenir de nouveau à un cadre idyllique que seules quelques jeunes philippines souillent de leur présence. Elles se baignent ? Ben on ne se fait pas prier longtemps pour les y rejoindre ! Elles insistent pour se faire prendre en photo en notre compagnie ? Nous, gentlemen de notre état, nous accédons à leur requête. Faut dire qu’on aime bien faire plaisir aux femmes... Il est où le bonheur, il est où ? Ben je crois qu’il est là aussi ! Elles sont où mes clés, elles sont où ?... Aïe, la tâche d’huile de vidange au milieu du roadbook... De retour à nos scooters, impossible de remettre la main sur la clé de mon tonnerre mécanique. Comme quoi la clé du bonheur n’est parfois qu’une clé de scooter…

Retour à la case chute d’eau en scrutant le chemin. Elles sont où mes clés, elles sont où ?... Yes ! Elles sont autour du cou d’une des philippines qui les avait retrouvées sur un rocher. Il est où le bonheur, il est où ? Ouf, il est bien là !

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Et il est également sur les magnifiques chemins que nous empruntons pour monter toujours plus vers le nord. Si tu connais un peu l’île de Bohol, tu te demandes certainement quel est notre but final… Pour te l’expliquer, je souhaiterais tout d’abord savoir si tu as déjà vu le film « Yes man » avec Jim Carrey... En fait, c’est l’histoire d’un mec qui ne peut s’empêcher de dire oui à toutes les propositions loufoques qu’on lui soumet… Eh bien mon frère aurait pu y tenir le rôle principal puisqu’il répond répétitivement « Oui » à chacune de mes propositions indécentes….

« Ça te dirait de passer nos diplômes de plongée ? 

- Oui, pourquoi pas ?

- Ça te dirait de plonger avec des requins ?

- Ben oui, carrément !

- Ça te brancherait un petit canyoning ?

- Yes, j’en suis !

- Ça te dirait une extension de sexe de cinq centimètres ?

- Oui, oui, oui, et encore oui !

- Et un saut à l’élastique pendulaire au dessus d’une vallée luxuriante ?

- Oh oui, trop cool ! »

Bon, pour l’extension de sexe, à vérifier quand même… Par contre, pour le saut à l’élastique, je suis aussi excité que Jean-Luc Lahaye à la sortie d’un lycée car on arrive à Danao, lieu du crime !

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A Danao, on trouve en effet le Adventure Park, une collection de tyroliennes pour les tafiottes, ainsi qu’un saut à l’élastique pour ceux qui en ont dans le caleçon : Nous ! Ce qui, accessoirement, confirme que l’extension de sexe pour mon frère ne se justifie pas même s’il insiste lourdement pour que ce soit moi qui m’y colle en premier en tant que grand frère protecteur. Moi, je suis comme les scouts, toujours prêt ! Et comme le disait Jacques Chirac, le courage c'est de ne pas avoir peur ! Donc casque de coton-tige vissé sur la tête, baudrier harnaché, adrénaline chargée à son maximum, cordes vocales affûtées, et c’est parti ! La plateforme sur laquelle je me trouve commence à s’incliner pour finalement me laisser suspendu, cent-vingt mètres de vide en-dessous de moi. Le compte à rebours est lancé, je ne peux plus faire machine arrière. « Un type fier, un type fort qui peut être très méchant quand il a la haine et qui n'accepte pas qu'on lui marche sur les pieds ! Un type fier, un type fort ! » Ten… Nine… Eight… « Les enfants, ne faites pas ça à la maison, je suis cascadeur professionnel ! » Seven… Six… Five… « Si quelqu’un a quelque chose à dire, qu’il parle… ou qu’il se taise à jamais ! » Four… Three… Two… « Un type fier, un type fort ! » One… Oups ! Le câble qui me maintient en vie se rompt pour me laisser tomber dans le vide sur une petite centaine de mètres. Une fois en bas et mon estomac resté en haut, c’est maintenant à l’élastique accroché au cable qui traverse la vallée de prendre le relais pour me propulser dans un mouvement de balancier en rase-motte de l’autre côté. Wahouuuuu ! Quel kiffe !!!

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Et là, tu imagines la fin d’histoire parfaite pour mon blog : Mon frère qui se déballonne et qui chiale comme un bébé en suçant son pouce… Eh bien non. Second poteau Pavaaaaaaaaard ! Il l’a fait ! « Un type fier, un type fort ! » Avec une petite trace dans le caleçon et un cri de truie qu’on égorge lors de sa chute, mais il l’a fait ! La preuve en image ! N’oublie pas d’activer le son !

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En bon français anxieux que tu es, j’imagine que dix-mille questions existentielles bouillonnent dans ta caboche au sujet de ce saut à l’élastique pendulaire, plus communément appelé ici « The plunge » : Ça vaut le coup, ton truc ? C’est sécuritaire, au moins ? Est-ce que l'alinéa 128 de mon assurance Europ Assistance fonctionne pour cette activité en cas d'accident ? Et l’élastique, es-tu sûr qu’il n’est pas constitué d’élastiques recyclés de vieux slips kangourou philippins ?… Pour commencer, sache que j’avais déjà sauté à l’élastique. Idem pour mon frère. Mais « The plunge » nous a dragués, nous a séduits, nous a conquis tous les deux de par son environnement exotique et son panorama aux petits oignons philippins. Et n’oublions pas le prix mettant ko toute concurrence occidentale : Sept-cents pesos philippins, soit onze euros par personne, soit le prix d’un tour de manège à la foire du trône, la longue file d'attente en moins ! Après, niveau sécurité, je dois dire que je m’attendais à bien pire. Le matériel semble être bien entretenu. C’est rustique mais safe. La seule interrogation qui subsiste selon moi et qui risque d’hanter ma fibre commerciale et marketing jusqu’à la fin de mes jours, c'est de savoir pourquoi ils ont planté cette activité le plus loin possible des touristes ? Comme dit plus haut, le nord de Bohol n’est pas beaucoup, voire pas du tout visité par les occidentaux. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il est long, qu’il est loin ton chemin papa pour y accéder. D’ailleurs, on s’en aperçoit de nouveau avec notre route du retour que l’on coupe en deux avec un arrêt à Hill Top, un point de vue privé et peu connu sur les Chocolate Hills. Mais ces Chocolate Hills, on aura l’occasion d’en reparler plus longuement demain matin, d'accord ?

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Car présentement, nous chillons au Water to Forest, petit complexe luxueux de Loboc que nos bourses nous ont exceptionnellement permis de nous octroyer. Merci à elles et à leur générosité ! C’est aussi l’occasion de laisser souffler nos scooters fourbus par les deux-cent cinquante kilomètres parcourus aujourd’hui. Faut dire que la journée de demain devrait normalement être faite du même bois exotique. De toute façon, demain est une autre aventure…

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Et si tu veux me laisser un petit message ou partager la page... 

(... en vrai, ça me fera plaisir...)

Franck

Auteur Organisateur Conteur Photographe

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