P1090195-min.jpg

L'eau, l'air, un scooter, la vie !

Jour 14 - 25 avril

C’est quand qu’tu vas mettre des paillettes dans nos vies, Kévin ?... Car nous, on en veut encore ! On en veut plus ! On veut des cocotiers dans les yeux, des chutes d’eau sur la peau, du sable fin entre les doigts de pieds, des sourires sur notre passage, de la bière dans l’gosier ! Et puis pendant qu’on y est, on veut aussi des formations rocheuses atypiques recouvertes de forêt tropicale ! Ce n’est pas compliqué Kévin, merde ! Pour obtenir notre dû syndical, nous partons donc en croisade vers l’est de l’île en traversant la Man-made forest ; notre premier objectif du jour étant le point de vue officiel sur les Chocolate Hills. Là, je t’imagine derrière ton écran en train de vociférer : « Regarde-les les gros sacs, ils ont encore trouvé le moyen d’aller s’empiffrer des montagnes dégoulinantes de chocolat ! » Eh bien pas du tout Jean-Michel Mauvaiselangue ! Car pour ta gouverne, les Chocolate Hills ne se mangent pas ! Elles se dégustent ! Mais seulement avec les yeux ! Si je m’en réfère à notre ami à tous Jean-Michel Wiki, les collines chocolat constituent des formations géologiques peu communes en forme de cône de tailles similaires qui doivent leur nom à leur forme et à la végétation les recouvrant qui devient brune vers la fin de la saison sèche. La toute première fois que j’en ai entendu parler, je ne savais pas trop ce que c’était. Mais comme il y avait le mot « chocolat » dans le nom, mon pêché de gourmandise m’a incité à m’y intéresser. Et puis quand j’ai découvert ces mille deux-cents collines en photo, j’ai de premier instinct pensé que c’était un gros fake made in Photoshop tellement ça paraissait avataresque. Et pourtant, maintenant que je suis planté devant, je peux te garantir que c’est bien là, en chair et en os ! Qui a vraiment tué JFK ? Qu’a réellement dit Materrazzi à Zidane ? Où est Xavier Dupont de Ligonnès ? Qu’y a-t-il dans la zone 51 ? Quelle est l’origine des Chocolate Hills ? Voilà les plus grands mystères de notre monde contemporain… Et j’ai un scoop pour toi, j’ai la réponse à la dernière question.

P1090192-min.jpg

Alors, au choix, on a la version romantique… On a la violente… Et on a celle un peu plus caca pipi popo… Pique-nique-douille c’est toi l’andouille… Tu penches pour quelle version ? Soit je développe la théorie qui mentionne les larmes pétrifiées d’un géant en plein chagrin d’amour, soit j’évoque le combat de deux géants qui se seraient jetés au visages d’énormes rochers, ou soit je détaille la thèse selon laquelle l’île de Bohol aurait été le lieu de défécation des géants du monde entier... Oui, tu as raison, on va s’en tenir à une version plus rationnelle qui nous explique que tout ça est le fruit d’un long labeur de mère nature herself.

Attention, c’est parti pour la minute géologique : Déjà, il y a environ deux millions d’années, ces collines constituées de couches successives de corail et de coquillages étaient sous-marines. Ensuite, la tectonique des plaques a chassé la mer pour faire émerger ces formations alors prises en charge par l’érosion de la pluie et du vent avec la volonté de façonner ces courbes voluptes et homogènes avec le temps. Expliqué comme ça, c’est sûr que c’est moins glamour que notre histoire de grosses crottes de géants… Bref, tout ça pour te dire que les mille-deux-cents collines de trente à cinquante mètres de haut, on les a là, devant nous, en version 360 degrés et que ça en impose. Wahouuu, ouchhhh, ah oui quand même, Popopoooo, etc... 

P1090193-min.jpg
P1090196-min.jpg

Dommage qu’on ne puisse pas toutes les faire rentrer dans l’appareil-photo pour que tu puisses te rendre compte de l’immensité du truc ! Si je puis me permettre une petite touche perso, on se croirait revenu dans le nord de la France ! Qu’est-ce qui me fait dire ça ? Premièrement, cela me rappelle un peu les terrils version exotique. Et deuxièmement, parce qu’on retombe pour la vingt-huitième fois du voyage sur Jérôme et Marine eux-mêmes originaires du nord !

P1090194-min.jpg

Ah, le monsieur dans l’oreillette me dit qu’il faut avancer car on a pas mal de route… Go go go ! Bon, les gars, faut accorder vos violons car c’est maintenant un autre monsieur qui nous stoppe dans notre élan ; le pneu arrière du scooter de mon frère n’ayant visiblement plus le courage de poursuivre l’aventure… « Espèce de dégonflé, va ! » Heureusement pour nous, Jean-Michel Allopneu.com a un petit garage cent mètres plus loin. Après une rapide étude de marché, il ne s’agit selon lui pas d’une crevaison. Un simple regonflage devrait faire l’affaire pour nous permettre de gagner la cascade de Can-Umantad... Ça, c’était sa théorie qui n’engageait que lui. Car dame route s’adresse malheureusement à nous pour nous préciser qu’elle n’était pas la bonne. Traduction pour les non-initiés au langage des routes philippines : « Alors, jeunes impertinents, on croyait qu’on allait pouvoir s’enquiller des kilomètres comme ça sur mon dos ? »

Pas de stress, y’a Jean-Michel PointS dans le village suivant pour nous servir ! Ce Jean-Michel n’a malheureusement pas le temps, ou l’envie, de s’occuper de notre matricule. On se contentera donc de nouveau d’un petit coup de soufflette dans la valve pour se soulager… Et la cascade, dans tout ça ? Ben on y arrive tant bien que mal pour profiter de son eau miraculeuse même si nous demeurons un tantinet pneumatiquement inquiet.

P1090200-min.jpg
P1090204-min.jpg
P1090202-min.jpg

Bien évidemment, les miracles n’arrivent qu’à ceux qui y croient. Pas à nous. Le pneu est donc de nouveau à plat à notre retour au parking ! Direction Jean-Michel Speedy dans le village d’après ! Pas d'Bohol, celui-ci obtient la palme du garagiste improvisé. Il tapote pendant trente minutes sur le pneu avant de prononcer la sanction : « Tubeless, nothing inside ! » Ce qui veut dire, si je comprends bien, qu’il n’est pas compétent pour nous le réparer et qu’il nous faut aller au village suivant à la rencontre de Jean-Michel Norauto. Un p’tit coup de soufflette et on repart ! Là, on commence à en avoir ras-le-Bohol car notre nouvel nouvel nouvel nouvel ami n’a lui non plus pas le matériel adéquat pour réparer les pneus tubeless… « Allez, c’est ma tournée, petit coup de soufflette pour tout le monde ! » Bon, je t’épargne bien évidemment le temps perdu à chaque fois pour trouver les fameux garagistes qui sont autant garagistes que moi. Par contre, je peux, pour passer le temps, te parler deux minutes des rizières de Candapdapan qui sont sur notre passage. Ho certes, ce n’est pas la raison principale d’une venue à Bohol mais puisqu’elles sont là, autant en profiter, non ?

P1090209-min.jpg

Allez, vogue la galère… On ne sait pas si la foi peut déplacer des montagnes mais en tout cas, nous, on poursuit inlassablement l’aventure avec nos sauts de puce pour parvenir chez Jean-Michel… désolé, je ne sais même pas comment le nommer car celui-ci est carrément installé sur le trottoir ; un simple siège, un fer à repasser, un pied de biche et deux ou trois bouts de caoutchouc comme seuls outils… « Non, mais laissez tomber, on va… » Oh, coup de Bohol, il a réussi ! Sans strass, sans paillette et sans fard, Jean-Michel JésusMarieJosephNotresaintsauveur nous répare tout ça en dix minutes, limite une main dans le dos ! « No tubeless ! » qu’il nous dit ! Ce qui, en philippin, signifie « Les autres étaient tous des Jean-Michel Branquignols ! » Un coup de fer à repasser, un bout de caoutchouc collé, une goutte d’eau bénite, un coup de soufflette et la monture de mon frère ne demande de nouveau plus qu’à vrombir de plaisir ! Dieu a créé le monde en sept jours. Et le huitième, il a réparé le pneu du scooter de mon frère ! Pendant que mon frère est justement en train de baiser les pieds de Dieu en signe de reconnaissance, moi, plus cartésien, je m’adresse solennellement à lui afin de m’enquérir du tarif d’une telle prestation… Le type nous sort un montant, on calcule dans nos têtes, on se regarde, on recalcule dans nos têtes, on se re-regarde… Il vient de nous proposer ses services pour l’équivalent d’un euro symbolique !… « Allez, on double la mise ! Garde la monnaie ! »

P1090207-min.jpg
P1090208-min.jpg

Après toutes ces péripéties, tu te dis certainement qu’on mérite amplement l’accession au paradis, non ? Notre père qui est aux cieux, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel… Bingo ! Et notre paradis à nous, pour aujourd’hui, se nomme White Beach toute proche du village d’Anda. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le nom de la beach n’est pas usurpé. Omo plus blanc que blanc ! C’est décidé, pour ne pas de nouveau tenter le diable des routes, on passera le reste de notre après-midi ici, les yeux perdus dans les flots, laissant poindre une subtile touche de nostalgie au milieu des barcasses multicolores échouées sur la plage… Faut quand même que tu saches que cette plage sera officiellement la dernière de notre voyage…

P1090213-min.jpg
P1090212-min.jpg
P1090210-min.jpg

On te retrouve donc, en cette fin d’après-midi, de nouveau les cheveux au vent et le popotin sur nos scooters à longer la côte sud de Bohol... Paysages une nouvelle fois magnifiques, cela va sans dire… Côte déchiquetée, petits villages distillés, plages ombragées, brasserie artisanale de bière, stands de nourriture installés,…

« Euh, tu peux répéter ? 

- Stands de nourriture…

- Non, juste avant !

- Brasserie artisanale de bière !

- C’est bien ce que j’avais cru comprendre… Hop, demi-tour, toute ! »   

Le brasseur en question est américain, marié à une philippine. Il nous dit d’ailleurs être le seul brasseur officiel sur le territoire philippin. On passe deux heures ici à goûter ses nombreuses variétés de breuvage et à échanger nos petits secrets de brassage. Je ne suis pas du genre à faire de la pub mais si tu passes dans le coin, n’hésite pas à faire un arrêt au Kayla'a Beach Resort pour y déguster la 9° North et par la même occasion passer le bonjour à Brian de ma part !

P1090218-min.jpg

Notre chemin de retour est semé d’embuches car l’arrêt improvisé suivant a lieu quelques kilomètres plus loin dans un cinéma en plein air. L’occasion de se noyer dans la masse… et de boire une nouvelle bière. Attends attends, c’est pas fini puisqu’on est maintenant de nouveau arrêté, cette fois-ci dans un restaurant karaoké en plein air ! Faut dire qu’aujourd’hui, nous n’avons ni petit-déjeuné, ni déjeuné, ni goûté. « Tournée générale de tripes de poulets ! Avec deux grandes bières bien fraîches, siouplé ! » C’est à ce moment-là que nous sommes intrigués par une dame. Elle nous fixe droit dans les rotules. Oui, la dame est très petite… Elle nous trouve « very beautiful » et a visiblement le ferme intention de caser une de ses filles avec l’un de nous deux… Et elle insiste, et elle insiste, et elle insiste. Et plus elle boit, plus elle insiste et met sa fille mal à l’aise. Et ça dure de longues minutes… Bon, tout ça reste bon enfant… La preuve, c’est qu’on finit en leur compagnie, un micro dans une main, une chopine de bière dans l’autre, à pousser la chansonnette comme de vrais philippins, c’est-à-dire comme des casseroles … Pour l’anecdote, la fille qui nous est promise n’a que vingt ans là où la mère a un an de moins que moi !

P1090219-min.jpg
20190427_203706.jpg

« Bon, p’tit frère, il est près de minuit, là. Ne serait-il pas l’heure d’aller se mettre la viande au chaud ? 

- Si on est encore dehors à cette heure tardive, ce n’est pas pour se transformer en citrouille ! Une dernière bière et on rentre ! »

P1090220-min.jpg

Après avoir tourné et retourné dans Loboc, on atterrit dans une pizzéria où de jeunes locaux squattent pour y prendre eux aussi un dernier verre… Super moment d’échange en leur compagnie avec une petite mention spéciale pour Jeffrey que l’on ne reverra certainement jamais mais qui nous promet de nous suivre dans nos aventures sur internet ! « Si vous avez aimé Bohol, dites-le autour de vous en rentrant en France ! » Pas besoin de nous le dire, Jeffrey, car ton île de Bohol, on l’a grave kiffée et on va le faire savoir en rentrant ! Voilà d’ailleurs qui est fait… « I love Bohol ! » Allez, demain, on fait nos cartons et on déménage ! De toute façon, demain est une autre aventure…

Et si tu veux me laisser un petit message ou partager la page... 

(... en vrai, ça me fera plaisir...)

Franck

Auteur Organisateur Conteur Photographe

... pour te servir !

On part en vadrouille