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Souriez, vous êtes filmés !

Jour 15 - 26 avril

« Franck, je viens d’avoir ta banque au téléphone ! Bonne nouvelle, ton smartphone est assuré contre le vol ! Il suffit donc simplement que tu reviennes des Philippines avec une attestation de vol en poche pour que l’assurance prenne en charge… » Messieurs les députés, madame la sous-préfète, mes chers administrés, c’est par ces tendres mots que ma femme m’a souhaité une bonne journée depuis la France, me donnant donc comme mission d’obtenir une attestation de vol auprès de la police de l’île de Bohol, là où mon portable a mystérieusement pris la poudre d’escampette sur celle de Cebu. Mais on s’occupera de ça tout à l’heure avant de prendre notre avion. Avion car aujourd’hui est de nouveau une journée marquée sous le signe de la transition. Transition entre scooters et chaussures de rando. Transition entre le bleu de la mer et le vert des rizières. Transition entre l’île de Bohol et celle de Luzon. Et ma foi, je félicite l’organisateur d’avoir savamment placé cette journée de transition aujourd’hui puisque le cocorico des coqs est ce matin accompagné du plic-ploc plic-ploc des gouttes de pluie qui scellent irrémédiablement le destin de notre balade matinale en canoë sur la Loboc River. « Monsieur l’arbitre, changement ! » Tant pis, on va simplement la transformer en balade beaucoup plus économique pour notre portefeuille, c’est-à-dire à pied le long de cette très belle rivière qui à coup sûr en méritait un chouïa plus.

Toi, petit gourmand, je sais que tu en veux plus...

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Une fois nos paquetages ficelés à l’arrière de nos scooters, nous prenons maintenant la direction du petit marché de Loay pour y prendre notre petit-déjeuner. Les deux mystérieux inspecteurs s’avancent et goûtent pêlemêle tranches d’ananas frais, pancakes, gaufres, jus d’oranges pressées minute… Leur verdict est sans appel : Trois étoiles au guide Michelin dans la rubrique petit-déjeuner bon, copieux et pas cher ! Et aussi trois étoiles au guide des narines pour les odeurs de poissons se faisant bronzer nus au soleil… Bon, malgré ça, je recommande quand même !

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Par contre, je ne recommande pas du tout la visite de la ville de Tagbilaran, capitale de Bohol. Ville sans charme, sans cachet, sans âme… Pour contre, pour ce qui des chaînes de fast-food, ça il y en a ! A ce propos, on s’était promis qu’on essaierait la chaîne Jollibee made in Philippines avant de repartir. C’est donc le moment d’essayer leur fameux mignon en croûte d’algues de Bohol et ses petits légumes déglacés au balsamique… « Ah bon, vous êtes en rupture ? Hé bien servez-moi du poulet frit, alors… » Et tu sais quoi, Philippe ? He bien je t’ai trouvé un nouvel établissement pour ta prochaine émission « Cauchemar en cuisine ». Ça sent la graille, c’est sec, c’est cher, et pour couronner le pompon avec une cerise, c’est blindé de monde. Next ! La suite nous ramène à Alona Beach, précisément là où on avait loué nos scooters quatre jours auparavant. C’est aussi là que j’ai la ferme intention de récupérer ma fameuse attestation de vol. Tiens, l’enchaînement est parfait puisqu’il y a un petit commissariat improvisé dans un préfabriqué juste à côté de notre loueur de scooters…

 

Lorsqu’on regarde des émissions d’enquêtes telles qu’Enquête exclusive, Complément d’enquête, ou encore L’amour est dans l’enquête, on tombe souvent sur Bernard qui nous montre des services de police d’Amérique du Sud ou d’Asie sans véritables moyens, totalement dépassés par les événements et rongés par la corruption. Ça tombe bien puisque je suis en Asie ! Je peux donc me fier à Bernard pour facilement obtenir mon simple papier signé stipulant que je me suis fait voler mon téléphone portable. « Vol, trafique et corruption – Le quotidien de la police d’Alona Beach », c’est le nouveau reportage présenté par Bernard, en exclusivité pour Onpartenvadrouille Productions.

« Bonjour monsieur, je voudrais humblement vous signaler le vol à l’arrachée de mon téléphone portable et souhaiterais donc déposer plainte…

- Un vol à l’arrachée ? Ici, à Alona Beach ? Vous êtes sûrs ? »

Aïe, là où je pensais déclarer un problème banal, Pat Patrouille est en train de m’annoncer que ça n’arrive jamais et que de ce fait, il allait prendre mon affaire très au sérieux en investiguant personnellement. Mon traducteur Google me dit plutôt qu’il faut évacuer… Et au plus vite ! Meidé, meidé ! Code rouge ! Évacuation d’urgence ! Le filet se referme sur les courses de la ménagère… Je répète… Le filet se referme sur les courses de la ménagère… Croire que la police philippine vit au moyen-âge ? FBI… Fausse Bonne Idée !

« Non, sincèrement, ne vous embêtez pas avec toute cette lourdeur administrative ! Dites-moi simplement où je dois signer ma déposition et surtout, n’oubliez pas de m’en fournir une copie, s’il vous plait…

- Ouh là, pas si vite… Une enquête préalable doit être menée. Vous savez, ici, ce genre d’histoire n’arrive jamais donc on ne doit pas lésiner sur les moyens pour éradiquer le problème à la source… Et croyez-moi, l’auteur de ce crime sera traqué et puni pour montrer l’exemple…

- Gloups…

- Pour commencer, dites-moi précisément où et quand le vol a-t-il été commis…

- On va dire là-bas, dans la rue. Et je dirais à peu près vers onze heures…

- Pouvez-vous me décrire le voleur afin que je réalise un portrait-robot à transmettre à Interpol ?

- Re-gloups…

- Ok, suivez-moi, on va procéder à une reconstitution de cet acte odieux…

- Re-re-gloups… »

Mais diantre, ça ne se passe pas du tout comme ça dans Enquête exclusive ! « Comment tu disais, déjà, Bernard ?... Police démotivée et corrompue, c’est ça ? »

 

Là, il va falloir faire fonctionner ton imagination car bien évidemment, je n’ai pas pensé à prendre de photos. Donc… Le policier me demande de lui montrer où je me tenais exactement et de lui mimer comment l’arrachage s’est produit. Limite, le gars, il met des gants blancs en latex pour ne pas souiller la scène de crime. Et pour couronner le tout, un attroupement commence à se former autour de nous pour assister à la scène…

« Vous m’avez bien dit que le vol avait eu lieu à onze heures, c’est ça ?

- Euh, j’ai dit ça, moi ?... »

Et là, je vois le mec se lancer dans l’interrogatoire des riverains afin de trouver des témoins. Et comme bizarrement, il ne trouve personne, il m’annonce qu’on va aller ensemble visionner les vidéos des caméras de surveillance de la rue… Non, mais quel enfoiré ce Bernard !

« Ne vous embarrassez pas de ces broutilles… Après tout, mon téléphone avait une petite rayure sur la coque et à vrai dire, je n’y tenais pas tant que ça… Et puis l’heure de mon vol approche à grands pas et je vais malheureusement devoir prendre congé. Classement de l’affaire sans suite, ça va à tout le monde ? »

Pas à lui. Imagine-moi, un flic à mes côtés en train de me harceler de questions, balbutiant des arguments bidons dans un anglais devenu approximatif tout en visionnant des heures de vidéo-surveillance en accéléré pour espérer y trouver un mec me ressemblant se faire arracher son téléphone à un endroit où ça n’arrive jamais…

« Vous en conviendrez, c’est quand même bizarre qu’on ne vous trouve nulle part sur ces vidéos ?!?

- Je veux un avocat !… »

 

Là, le monsieur a compris que j’avais compris qu’il avait compris qu’on s’était compris. Plusieurs films me viennent alors à l’esprit. Tout d’abord, « Maman, j’ai raté l’avion ». Ensuite, « Midnight Express »… Et enfin « Le fugitif »… Je n’ai plus que ça en tête : Fuir ! Trois minutes plus tard, mon frère me voit miraculeusement revenir vers lui, le pas rapide :

« N’pose pas de question, on s’barre ! » Fort heureusement nous avons pu migrer vers d’autres cieux… Et précisément vers Manille d’où il est prévu d’attraper un bus de nuit ce soir en direction du nord de l’île de Luzon. Objectif Banaue ! Avion : Check ! Bus : Check ! Entre les deux, taxi : Pas check ! Faut que je te dise que Manille est considérée comme la ville au monde la plus bouchonnée ! Et je ne te parle pas de vin, là ! Je parle bien d’embouteillage ! Le chauffeur du taxi nous annonce deux heures pour relier l’aéroport à la station des bus à cause des bouchons monstres qui sévissent à cette heure de pointe. S’il dit vrai, on peut dire adieu à notre virée dans le nord… Heureusement pour notre pomme, la situation se décante miraculeusement après une heure de surplace. Nous avons même le temps de grignoter un bout dans un boui-boui avant de partir pour notre inconfortable nuit dans le bus. Royal ! Finalement, tout est bien qui finit bien dans cette journée… Bon, ok, je n’ai pas mon attestation. Mais je n’ai pas dit mon dernier mot ! Peut-être tenterai-je de nouveau ma chance avec la police de Banaue demain… Bernard, un conseil, peut-être ? De toute façon, demain est une autre aventure…

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(... en vrai, ça me fera plaisir...)

Franck

Auteur Organisateur Conteur Photographe

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