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Coup de foudre à Batad

Jour 18 - 29 avril

Tiens, ça ferait un bon titre pour le film de notre voyage, ça ! En tout cas, le coup de foudre est confirmé. Je répète, le coup de foudre est confirmé. Car disons-le d’emblée, le petit-déjeuner devant le spectacle des premiers rayons du soleil léchant progressivement les terrasses de l’amphithéâtre, même la moumoute de Donald Trump n’y résisterait pas !

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D’ailleurs, le panneau qui trône pompeusement à l’entrée de notre guesthouse résume, je dois bien l’avouer, assez bien le décor : « Welcome to the overlook on the 8th wonder of the world ! » La vue y est aussi plongeante que celle que j’avais sur le décolleté de ma prof de dessin en sixième. Et comme à l’époque, petit gourmand que je suis, l’envie me taraude de plonger la tête la première dedans… Par contre, là où je n’ai pas tenté ma chance en sixième, je ne vais pas me faire prier aujourd’hui avec l’amphithéâtre de Batad !

Maintenant que je t’ai soigneusement planté le cadre idyllique de notre journée, je voudrais quand même revenir un peu sur le déroulé de notre nuit. A Batad, pas de voiture, pas de jeepney, pas de tuk-tuk pétaradant… Dit comme ça, on pourrait croire que je vais t’annoncer avoir dormi comme un bébé. Ben oui, c’est exactement ça ! Comme un bébé, réveillé toutes les deux heures avec une envie de pleurer ! Tout d’abord, à cause de la dizaine de chiens qui s’est mise à aboyer vers deux heures du mat’ ! Ensuite, à cause de l’armée mexicaine des coqs qui s’est égosillée dès quatre heures ! Et enfin, à cause d’un gars qui s’est pris pour David Guetta en gueulant dans une sono dans le bas du village dès six heures ! Donc oui, à part le caca qui fouette dans la couche, ce fut une vraie nuit de bébé !… Renseignement pris, les chiens et les coqs font apparemment partie du décor. Quant à Dj Batad, c’est pour un mariage qui aura lieu aujourd’hui ! La mauvaise nouvelle, c’est qu’il va certainement faire joujou avec sa sono non-stop pendant deux jours. La bonne nouvelle, c’est ce que nous venons de recevoir : « Ti-Anh et Sosstei sont heureux de vous inviter à leur mariage qui se déroulera ce jour sous la grande bâche bleue dans le bas de Batad ! » Non non, je ne te charrie pas ! Ici, il est de coutume d’inviter toutes les personnes présentes dans le village le jour de son mariage. On va donc dire que nous sommes au bon endroit au bon moment ! Rendez-vous est donc pris vers quatorze heures pour la cérémonie qui sera suivi de son banquet…

En attendant, on déploie nos ailes pour décoller de notre nid d’aigle vers huit heures et tenter la rando ayant la réputation d’être la plus corsée du secteur. « Ah bon, et est-on sûr qu’ils se sont déjà mesurés à notre itinéraire d’hier, pour dire ça ? » Pour le moment, je ne me prononcerai pas sur le niveau de difficulté mais de ce que j’en ai entendu dire, il faut absolument se méfier des sangsues capables de te sauter à la gorge pour te sucer le sang ! « Euh, Franck, tu sais que l’abus de vin de riz est mauvais pour la santé ?... Non mais sérieux, des sangsues qui sautent… N’importe quoi ! » Non non, c’est cent pour cent véridique. Cette espèce de sangsues est bel et bien capable de sauter de feuille en feuille. Mais rassure-toi, il paraît qu’on ne croise ces draculo-sangsues sur notre rando qu’à la saison des pluies…

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Justement, revenons-en à notre rando ! Il s’agit de celle d’Awa View Deck qui s’effectue normalement en quatre heures en aller-retour depuis Batad avec près de huit cents mètres de dénivelé positif et la mention « À ne tenter que si vous êtes en bonne condition physique ». Voici les réponses à l’examen d’entrée :

« Est-ce que vous fumez ?

- Non.

- Prenez-vous de la drogue ?

- Non.

- Faites-vous régulièrement du sport ?

- Oui.

- OM ou PSG ?

- OM !

- Félicitations, vous êtes aptes pour Awa View Deck ! »

Ouf, heureusement, il ne nous a pas demandé si on buvait de la bière, sinon c’était P4 direct !… Tel l'étudiant guettant anxieusement son bulletin de notes, nous allons donc savoir à quelle sauce nous allons être mangés par cette montagne… Pour cela, voici la notice à lire absolument avant utilisation : Tu enfiles tes godillots de rando et tu sautes dans l’amphithéâtre en le contournant vers la droite jusqu’à la rivière tout en bas dans la vallée ; l’objectif étant de la traverser grâce à un pont suspendu. De là, suivre la sente… Une sente, c’est une ramification de sentier. Un affluent du fleuve, en quelque sorte… Et que fait-on sur une sente ? Et bien on marche. On sent… On sent la nature, on sent qu’on est vivant, on sent chaque muscle de son corps ! Et vu le degré de la pente ininterrompue de cette sente qui s’apparente à celle du Ventoux, tu m'étonnes John qu’on les sent bien les muscles de notre corps pour grimper tout là-haut jusqu’à mille deux-cents mètres d’altitude ! Après les quelques premiers lacets, on n’évolue déjà plus parmi les rizières, mais bien au milieu d’une végétation aussi épaisse que luxuriante. Allez, je te refile généreusement une petite astuce si tu décides toi aussi de te lancer dans cette ascension : Si dans la montée tu hésites à plusieurs reprises entre voter à droite et voter à gauche, fais-moi confiance les yeux fermés et choisis dans tous les cas la gauche !

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Bref, ça monte, ça grimpe, ça tire, quand soudain… « Jean-René Godard, un coureur vient de se mettre en danseuse pour facilement s’extirper du peloton ! » La victoire m’est effectivement promise, surtout si mon frère garde ce rythme de papy ! « Hey, tu t’es fait greffé le cœur d’une tortue, ou quoi ? » Bon, je le taquine car la montée s’effectue à un rythme qu’on peut qualifier de soutenu puisqu’après une heure et dix minutes, je compte enfin les derniers mètres. Trois, deux, un, on est les champions, on est les champions, on est.., on est…, on est les champions !... Même si mon frère vient de perdre les eaux en arrivant… Ah non, fausse alerte ! En fait, il transpire comme un candidat de téléréalité devant un dictionnaire…

 

Quelques trente minutes plus tard à contempler cette vue imprenable, voici Julie et Chris qui arrivent pour nous la prendre ; elle qu’on croyait… imprenable… Bon, ok, c’est nul, donc on redescend ! Vingt minutes ! Oui, vingt minutes pour resdescendre… Oui, j’avoue, on a couru… Si bien que cette rando évaluée à quatre heures, on te l’a torchée en une heure et demie. Du coup, j’ai envie de suivre le dicton que j’ai vu écrit sur les murs des toilettes publiques : Ne t’arrête pas quand tu es fatigué, mais arrête-toi quand tu as terminé ! Et je considérerai qu’on a terminé lorsqu’on sera allé à Tappia Falls accessible via une autre rando !

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Commençons par poser les bases. La raison devrait nous pousser à remonter jusqu’à Batad pour ensuite redescendre de l’autre côté du versant vers la chute d’eau de Tappia. Sauf que cette chute d’eau, elle alimente la rivière. Rivière au-dessus de laquelle nous sommes présentement puisque nous faisons une petite pause sur le pont suspendu de tout à l’heure. Vois-tu où je veux en venir ?... Si on remonte cette rivière, où cela va-t-il nous mener ?... Banco ! A la cascade sans passer par la case « rizières » !!!

« Bouge pas, on va demander conseil à ce guide qui doit connaître le coin comme sa poche… Excusez-moi… Savez-vous me dire s’il est possible de rejoindre Tappia Falls en remontant le cours de la rivière ?

- Non, la vallée est trop encaissée et il y a trop de courant. C’est trop dangereux ! Vous êtes obligés de repasser par Batad… »

« Franck, qu’est-ce qu’il a dit ?

- Je crois que le monsieur vient de nous donner sa bénédiction… »

Franchement, si je te propose de nouveau un itinéraire qui vaut le déplacement alors qu’il n’existe officiellement pas, je crois que je vais mériter mon niveau Mike Horn deuxième dan, non ? Allez, n’y allons pas par quatre chemins, si tu ne veux pas visiter le château de Chambord avec Nouvelles Frontières, passe par là ! Sauf bien évidemment si tu es allergique à l’aventure ou si tu ne souhaites pas te mouiller les pieds… Car la marche d’environ trente minutes alterne entre sauts de puce sur les rochers et traversée de la rivière avec eau à mi-mollets, le tout dans un canyon verdoyant à la Jurassic Park. Cela va sans dire que nous sommes seuls. Et sincèrement, ça fait chaud dans le slip d’entendre ce doux bruit glissant sur son oreille… C’est le bruit de la même rivière qu'hier… Oui oui, celle-là même dans laquelle nous nous sommes rafraîchis lors de nos aventures périlleuses… Sauf que là, la rivière, elle tombe de haut ! Et paf, voilà la magnifique Tappia Falls que nous prenons en pleine face au détour d’un virage…

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Bon, désolé, je te laisse, on a piscine ! Car aussitôt arrivés, aussitôt à la baille ! Faut bien se refaire une petite toilette afin d’être un minimum pimpant pour le mariage, quand même ! Sauf que la petite toilette rafraîchissante n'aura malheureusement été qu'un coup d'épée dans l'dos… La remontée de Tappia Falls à Batad n’est en effet qu’un long ruban d’escaliers abrupts qui nous refait transpirer comme le père Preynat dans un camp de scouts ! En parlant de prêtre, la transition est toute trouvée puisque nous arrivons maintenant au mariage. Ne t’inquiète pas pour notre accoutrement, nous ne dépareillons pas trop par rapport aux autres invités. D’ailleurs, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’on est bien bien bien loin de l’idée préconçue qu’on se fait de ce genre d’événement. Attention, c’est la minute anthropologie... Commençons notre analyse avec les mariés qui ont l’air aussi heureux d’être là que les porcs qui tournent sur leur broche à l’entrée. Pas l’once d’un échange, pas un regard complice, ni même un sourire coquin en prévision de la nuit torride qui les attend. Je me serais laisser entendre dire qu’il s’agirait d’un mariage arrangé entre grandes familles propriétaires. Mais ce n’est pas à nous, touristes au demeurant, de divulguer ce genre d’informations car cela ne nouuuuus regarde pas... Ensuite, portons notre attention sur les invités qui se dandinent très lentement au son d’un gong répétitif et énervant. Pour se distraire de la sorte, ils ne doivent pas avoir beaucoup d’activités récréatives dans le secteur… Loin de moi l’idée de colporter des ragots selon lesquels il n’y aurait rien d’autre à faire à Batad que marcher et se tuer au travail. Car entendons-nous bien, cela ne nouuuuus regarde pas… Enfin, regarde dans mon assiette et je te dirai qui je suis. Ce qu’on est en droit de dire ici, c’est que le repas de noce n’est pas des plus raffinés. Servi façon cantoche à la queuleuleu pour se voir balancer une louche de riz et un bout de porc grillé dans une assiette en plastique. Mais bon, la gastronomie des autochtones, ça se respecte même si, force est de constater qu’ils n’ont certainement jamais pris le temps de goûter à du foie gras ou à des huîtres pour varier un peu les plaisirs. Mais attention, loin de moi l’idée de juger car cela ne nouuuuus regarde pas !

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Bref, tu l’as compris, ce n’est pas la pena baiona chez les ifugaos ! Après ce que j’ai vu, je crois qu’à leur place, je me saoulerais ! Ah, visiblement, ils n’ont pas attendu la conclusion de mon rapport sur l’anthropologie locale pour s’y mettre… « Soit clément, Seigneur, car ils sont faibles ! » Eh oui, il y a de la viande saoule au mètre carré. « N’est-ce pas, Julio ? » Pour ton info, Julio est le père de la gérante de notre guesthouse. En nous voyant, il nous propose gentiment de le suivre pour rentrer via un chemin de traverse. « Euh, Julio, pour te suivre, on est obligé de tituber et de zigzaguer comme toi sur les murets des rizières ? »

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Une fois de retour sur notre terrasse en compagnie de Chris et de Julie, c’est décidé, on ne bougera plus de là de toute la soirée, quitte à se végétaliser… Au fait, dans le genre, j’ai un boulot qui ne sert à rien, y’a le type qui passe ses journées à tondre la banquise. Et puis il y a le gars qui anime les mariages à Batad en débitant dans sa sono toujours les mêmes phrases énervantes que personne n’écoute… Malheureusement pour nous, son discours dure toute la fin d’après-midi… toute la soirée… toute la nuit… Je crois bien qu’on va y avoir droit jusqu’à demain matin… Vive les mariés ! De toute façon, demain est une autre aventure…

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(... en vrai, ça me fera plaisir...)

Franck

Auteur Organisateur Conteur Photographe

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Quand je ne suis pas en vadrouille, soit je prépare la suivante, soit je raconte la précédente...

On part en vadrouille