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Let me be a drag-queen, extravaganza !

Jour 2 - 13 avril

Je t’ai promis que cette première vraie journée serait dédiée à l’aventure avec un grand A. De toute façon, demain est une autre aventure, et patati et patata… Non seulement, le gars est lourdingue avec ses conclusions douteuses, mais surtout, il t’a roulé dans la farine premier prix ! Car la pseudo-aventure du jour va en fait plutôt s’écrire avec un grand T. Un peu comme dans « transport » si tu vois ce que j’veux dire… Après le long périple en avion d’hier pour se rendre tout à droite de la map-monde, ce sera aujourd’hui une nouvelle dose d’avion à s’injecter pour se rendre sur l’île de Cebu. Et c’est pas fini ! Car après l’avion, il nous faudra prendre un taxi entre l’aéroport et la station de bus de Cebu City pour y attraper un van qui nous emmènera jusqu’à la pointe nord de l’île et le port de Maya. Et c’est pas fini ! De là, dernière séance transport avec cette fois-ci un bateau pour accéder enfin à notre petit paradis sous les sunlights des tropiques où l’amour se raconte en musique : La petite île de Malapascua ! A tes souhaits !!! Pour retenir ce nom alambiqué une fois pour toutes, fais comme moi et utilise le tuyau mnémotechnique suivant : On ne fait pas de mal à Pasqua… vu qu’il est mort… Au fait, si tu n’as jamais entendu parler de Charles Pasqua, ben c’est que tu fais partie de ce groupe d’humains que certains appellent les jeunes ! Bref, Malapascua sera notre pied-à-terre pour les quatre jours à venir mais j’aurai l’occasion de t’en expliquer la raison plus tard lorsque nos tongs y fouleront le sable fin. Car là, nous n’avons pas le temps de te tricoter des moufles vu que Stéphane Rothenberg nous attend au drapeau rouge pour le départ du bateau qui effectuera la dernière traversée à dix-huit heures trente dernier carat. Grain de sable fin dans le rouage interdit au risque de se voir rester à quai ce soir !

 

En tout cas, j’espère que pour t’aider à rester éveillé et à bord avec nous jusqu’au bout des ongles, le dieu des transports va nous disséminer quelques anecdotes farfelues tout au long de notre parcours. J’ai traversé la terre entière, écoute ma prière : Pourquoi pas une femme qui accoucherait dans l’allée centrale de notre avion ?… Ou alors un chauffeur de taxi beurré comme une biscotte qui jouerait au flipper avec son véhicule entre les voitures garées sur les côtés ? Ou encore mon frère, encastré entre la porte de notre van et un travelo à la main baladeuse ?… Bon, le dieu des transports n’a pour l’instant pas exaucé mes vœux puisque notre vol s’est passé sans accouchement ni anecdote digne d’un paragraphe sur onpartenvadrouille. Idem pour ce couillon de taxi qui n'a rien trouvé de mieux que de nous amener à bon port comme on le lui avait demandé. Ne reste donc plus que le van et cette histoire de travelo ! Chut, on arrive à la gare routière de Cebu City…

« Vous allez où mes p'tits gringos ? Maya ?

- Affirmatif m'sieur... Savez-vous à quelle heure décolle le van qui va nous emmener voir monts et merveilles ?

- Le principe est simple. Le van met les voiles quand il sera aussi plein que vous le jour de vos vingt ans ! 

- Euh… Ben si j'en crois les pneus arrière qui touchent presque le garde-boue, il a l’air bien plein, là, non ? »

 

Le type ouvre la porte latérale coulissante du véhicule et c’est là qu’on y découvre Joe l’embrouille : Mademoiselle Froussart, ma maîtresse de CE2, m’avait pourtant bien expliqué que quatre rangs de trois places donnaient bien un total de douze personnes. Sauf que si je compte sur mes doigts, il y a déjà douze passagers à l’intérieur, en n’omettant pas d’ajouter le conducteur, en n’omettant pas d’ajouter mon frère et moi, en n’omettant pas d’ajouter le passager supplémentaire qu’il va apparemment falloir encore attendre… « Serrons-nous, serrons-nous ! » Me concernant, je me jette comme un mort de faim sur le quart de strapontin du deuxième rang. Pourquoi tant de précipitation vas-tu me dire ? En fait, depuis que j’ai le van dans mon viseur, une paire d’yeux outrageusement maquillés au troisième rang nous dévisage à travers la vitre teintée. Et lorsque la porte s’ouvre, la paire d’yeux outrageusement maquillée en question s’empresse de nous faire une ‘tiote place, limite sur ses genoux. Délicate attention vas-tu me dire ?... Si on veut… Car je dis ça, je dis rien, mais la paire d’yeux outrageusement maquillés en question est associée à une autre grosse paire commise d’office à la naissance quelques cinquante centimètres plus bas. Là, y’a pas moyen Djadja ! Du coup, l’homme galant que je suis concède cette place hautement stratégique à son petit frère pour les quatre heures à venir ! « Je t’avais promis des expériences insolites aux Philippines, non ? Et bien profite ! »

 

Tu prends mon frère. Tu prends une femme avec deux cerises sur le gâteau. Tu les mets dans un van. Tu secoues le tout. Et la magie de l’amour opère aussi sec ! « You are in my heart… » Et oui, voici la déclaration enflammée que perçoivent mes oreilles chastes lorsque mon frère s’encastre péniblement entre la poutre latérale du véhicule et la poutre verticale du monsieur. Si je devais exprimer mon sentiment à ce moment précis, ce serait, ouvrez les guillemets « Ooooh ooooh oooh » ; virgule, « Aaaaah aaah ahhhh ». Bref, j’me marre intérieurement même si je compatis lorsque je vois le monsieur madame poser progressivement sa tête sur l’épaule de mon frère. Ne sont-ils pas mignons, les tourtereaux ?… Ce qui est sûr, c’est que l’anecdote en béton armé pour agrémenter la description de notre journée dans les transports, je la tiens bien comme il faut !… Sauf qu'on ne s'arrête pas en si bon chemin ! Car c'est sûr, mon frère a dû faire une sacrée grosse connerie dans une autre vie ! Après quelques minutes de route, c'est maintenant une vraie fille qui pose sa tête dans son dos ! « Sex bomb, sex bomb, mon frère est une sex bomb...» Non, là, juré craché, ce n'est pas de la drague ! Ou alors il s'agit d'une technique originale... La pauvre dégobille tout ce qu'elle a dans l'estomac, y compris ce qu'elle n'a pas. Et comme support pour sa tête, et bien elle n'a pas d'autre choix que d'utiliser ce qui se trouve devant elle, en l’occurrence le dos de mon frère dont le t-shirt sert accessoirement de sopalin...

 

Bon, même si la dramaturgie dure comme ça près de quatre heures de serrage de fesses et d'odeurs agréables, je ne vais pas faire ma journée là-dessus. Car l’huissier vient de me remettre l’enveloppe et… suspense…, c’est good, nous débarquons à Maya largement dans les temps puisqu’il n’est que dix-sept heures. Là, même principe que pour le van, notre bateau largue les amarres une fois rempli. Pour la petite histoire, une demi-heure de traversée après une demi-heure d’attente qui suffisent largement à un nouveau groupe de femmes avec surprise sous l’capot pour nous draguer ouvertement. « Oh, blue eyes… Beautiful ! Oh, blond hairs… Beautiful ! Oh, white ass... Beautiful ! Are you twins ? » Heureusement, c'était la dernière séance, et le rideau sur l'écran est tombé. Nous sommes arrivés ! Bienvenue à Malapascua, y’a du soleil et des nanas ! Des vraies de vraies ! Enfin, il paraît… Bon, à part le fait de rencontrer des ladyboys, as-tu une petite idée de la vraie raison qui nous a poussé à venir jusqu’ici ?... Là, tu es censé dire non… En fait, mon étude de marché a élu Malapascua en tant que première étape idéale de notre road-trip puisqu’elle remplissait tous les critères requis : Endroit cool. Endroit paradisiaque. Endroit pas cher. Endroit préservé du tourisme à la masse… Mais The raison qui m’a réellement convaincu, c’est qu’il est possible d’y passer ses diplômes de plongée sous-marine en français. Et gâteau sur la cerise, le site est mondialement connu et reconnu pour être le seul et unique spot où il est possible de plonger en compagnie de requins-renard. Oui oui, le seul au monde ! Tu peux aller vérifier l’info sur le net mais je te conseille dans un premier temps de me croire sur parole… Ce qui est sûr, c’est que c’est au programme, une fois qu’on aura notre niveau de plongée « Advanced – Plongée en eaux profondes » en poche ! Rien qu’à y penser, je suis aussi excité qu’un manouche devant sa nouvelle caravane flambant neuve !

Toi, petit gourmand, je sais que tu en veux plus...

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Pour l’instant, on va simplement se contenter de confirmer notre inscription aux cours de plongée qui débutent demain avec le centre « French Kiss Divers ». Double signe « good » à Cécile, notre future instructrice, pour lui signifier que « On sera là demain à huit heures trente tapantes » et « On jure sur la tombe de Lolo Ferrari qu’on ne boira pas beaucoup ce soir »… Mission suivante, se trouver un toit pour les prochaines nuits ! J’avais repéré avant de venir la petite auberge de jeunesse « Villa Sandra ». On se rend compte que nous avons le choix entre cette petite guesthouse à prix abordable, et de modestes resorts qui proposent des prix allant jusqu’à quatre cents balles la nuit. On hésite, on tergiverse, on tire à la courte paille et on en arrive à la conclusion que finalement, les resorts c’est surfait ! Le miteux, c’est la nouvelle tendance de toute façon ! Non, je rigole car la Villa Sandra, je recommande des deux mains ! Plus cool, tu te retrouves avec un pétard entre les dents vingt-quatre sur vingt-quatre !

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Et bien voilà, c’est officiel, toutes nos besognes sont maintenant derrière nous. A nous les vacances ! Pour fêter ça, rendez-vous au Sunset Bar pour un petit cocktail face au coucher du soleil. Et on tombe plutôt bien puisque c’est l’happy hour ! Un cocktail acheté, un cocktail offert ! Un trait de jus de calamansi, deux cuillérées à café de sucre roux, quatre centilitres de Tenduay et beaucoup de glace pilée. Je n’ai pas encore eu le temps de me familiariser avec la monnaie locale, mais si je compte bien, ça nous fait les deux caïpirissimas pour un euro soixante ! « Garçon, s’il vous plait, je vais en prendre pour dix euros ! » A ce tarif-là, notre promesse de tout à l’heure à Cécile n’est plus qu’un vague souvenir. Et bizarrement, plus on boit, moins on s’en souvient… « C’est qui, déjà, cette Cécile ? »

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Par contre, il y a un truc bien imprimé dans un creux de ma tête, c’est que tous les samedis soir à Malapascua, c’est la bamboula ! Dans le genre expression naze que plus personne n’utilise, j’avais aussi « nouba » ou « fiesta », c’est au choix ! Bref, chez Boris, ce soir, boules à facettes, pantalons pattes d'ef. Chez Boris, ce soir, c'est soirée techno… sur la place du village ! Et devine ce qu’on y trouve à cette petite sauterie ?... Bingo ! Des messieurs maquillés, comme une star de ciné, accoudés au juke box ! Et bingo bis, ils sont pour nous ! Bon, de premier abord, ils ne sont pas très entreprenants, se contentant dans un premier temps de nous offrir des verres d’alcool qu'on enfile comme des perles sans qu’eux n’en boivent une seule goutte. Le truc, c’est qu’ils ne se doutent pas du tout qu’on comprend parfaitement ce qu’ils sont en train de manigancer.

« Avec mes copines, on est sûr que vous préférez les hommes !

- Meidé, meidé, je crois que leur radio ne capte pas toutes nos fréquences !... Heu, les gars… ou les filles si vous préférez…On est mieux placé que vous pour ressentir ce genre de chose, vous ne pensez pas ?…

- Allez, reprenez un verre !

- Ah là, on est sur la même longueur d'ondes !

- Et maintenant, vous préférez les hommes ?

- Attendez qu’on réfléchisse… Ben non, toujours pas… Peut-être qu’avec un verre supplémentaire ?…

- Priscilla, ressert nos amis !… Et maintenant ?

- Non, désolé, mais définitivement non !

- Vous êtes sûr ? Sachez que la patrie vous en serait éternellement reconnaissante ! »

C’est moi qui m’exprime mal ou ils ont la comprenette difficile ? En tout cas, la conclusion de cette histoire, c’est que, je l'avoue honteusement, c’est nous qui avons bien abusé d’eux,... enfin, d'elles,... bref, tu as compris...  

 

Le reste de la soirée est simple…, bien qu'un peu flou : Verres de l'amitié avec des tchèques, verres de l'amitié avec des québécois, verres de la pitié avec des zolivars, terres de la piété avec des chépacois,… Bref, vu que mon foie me demande officiellement la nationalité polonaise, vu que je commence à yoyotter sévèrement de la glotte, il est l’heure pour moi de remettre la viande au frais. Si tu veux bien me remontrer le chemin jusqu’à ma chambre, tu seras bien urbain… Et là, anesthésie générale, plus de son, plus d’image. La seule chose dont je suis sûr, c’est que je suis seul… Oui, oui, j’ai bien dit seul. Ni travelo lourdaud m'ayant discrètement suivi, ni frère que j’espère vraiment retrouver dans son lit et éventuellement dans son jus demain matin après les trois petites heures de sommeil qu'il nous reste encore au compteur. De toute façon, demain est une autre aventure…

Et si tu veux me laisser un petit message ou partager la page... 

(... en vrai, ça me fera plaisir...)

Franck

Auteur Organisateur Conteur Photographe

... pour te servir !

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Quand je ne suis pas en vadrouille, soit je prépare la suivante, soit je raconte la précédente...

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