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Les dents de ta mère

Jour 5 - 16 avril

Mon histoire est une histoire comme on en voit tous les jours… Cinq heures du mat’. Deux jeunes gars musclés et bronzés sentant bon le sable chaud sont sur un trimaran fendant la mer bleu turquoise, les cheveux au vent et le regard égaré en direction du soleil dardant ses premiers rayons pour embraser la ligne infinie de l’horizon. Mais où vont-ils comme ça de bonne humeur et de si bon matin ?... Ils se rendent sur un spot mondialement connu par les rois de la plonge. Bon, présenté comme ça, on aurait tendance à croire que ces deux ‘tiot gars se la jouent en embellissant un poil la situation. Et pourtant… A part les corps sculptés par la musculation, tout est vrai de chez véridique. On pourrait même pousser le bouchon en affirmant qu’après trois jours passés ici, ça sent un peu la routine… La routine pour Cécile, notre instructrice de plongée, mais certainement pas pour nous ! Ben oui, quel jour sommes-nous, déjà ?... Nous sommes aujourd’hui ! Tant mieux, c’est mon jour préféré ! Car rappelle-toi l’une des raisons majeures qui m’a poussé à venir jusqu’ici : Oui, ok, pour passer nos niveaux de plongée, mais pourquoi précisément ici, à Malapascua ?... C’est bien évidemment pour plonger à plus de trente mètres de profondeur avec des requins-renards ! En préparant notre voyage aux Philippines, des noms de sites de plongée ressortaient de façon récurrente dans toutes mes recherches. Malapascua en faisait partie. Pour ses plages magnifiques, ses petits villages authentiques, sa population chaleureuse… Sauf que son attrait touristique principal se trouve effectivement sous le niveau de la mer. Non, pas juste en dessous… Descends encore un peu pour rejoindre le royaume du légendaire requin-renard ; ce magnifique requin sorti tout droit de l’imagination du créateur des Pokémon, avec ses grands yeux noirs malicieux, sa forme svelte, sa petite gueule pleine de chicots, et sa taille pouvant atteindre six mètres dont la moitié environ pour le lobe supérieur de sa nageoire caudale. De sa longue queue, en quelque sorte. Du coup, on a le droit de dire que Rocco mesure deux mètres dix-huit, non ?… Ok, je sors…

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Bref, parlons peu, parlons bien, le requin-renard, c’est maintenant et je peux t’assurer que les deux gars soi-disant musclés et bronzés sur leur bateau, ils sont aussi excités qu’un acarien au salon international de la moquette ! Bouteilles ?... Check ! Détendeurs ?... Check ! Gilets ?... Check ! Palmes ?... Check ! Masques ?... Check ! Plombs ?... Check ! Requins-renards ?... Hé ho, requins-renards ?... Pas check !... Comment ça, pas check ? Mille millions de mille sabords ! Tout le monde s’est pouponné pour la fête et ces satanés requins n’ont soi-disant pas reçu leur petit carton d’invitation…

Toute celles qui portent la frange à la Kate Moss, ça m’énerve !

Aux Philippines par les airs,

A Malapascua par la mer,

Pas d’requin à l’horizon,

Je ressors, j'ai l'air d'un con…

Ça m'énerve, oui ça m'énerve…

 

A nos actes manqués... Selon les statistiques officielles de l’INSEE, on avait une malchance sur quatre de ne pas voir de requin en plongeant au lever du jour sur le site de Monad Shoal. Qui ne tente rien n’a rien… Et bien nous, on a tenté et comme prévu, ben on n’a rien vu à part une simili-ombre au loin !... Qu’est-ce que tu en conclus donc ?... Ben qu’on a parfaitement choisi notre jour pour être absolument certain de ne pas connaître la même déconvenue lors d’une éventuelle nouvelle plongée le lendemain. Car bien évidemment, je n’ai pas fait onze mille bornes pour repartir d’ici la bouteille d’oxygène entre les jambes. Car bien évidemment, je casse mon Plan Epargne Logement et mon Codevi pour refinancer l’expérience demain matin et pouvoir dire comme une certaine Britney : « Oups, I did it again ! »

 

Pour te permettre d’attendre bien sagement le prochain tirage présenté par Jean-Pierre Foucaud, il nous faut maintenant tuer le temps et occuper notre journée ! Chose aisée puisque nous avons jusqu’à présent plus regardé sous la jupe de l’île que le visage de l’île en elle-même. C’est décidé, la découverte de Malapascua se fera donc en mode trek de la mort qui tue. Bon, ok, Mike Horn te ferait ça à cloche-pied en crocs vu que l’île ne s’étend péniblement que sur deux kilomètres de longueur pour un de largeur, mais quand même… Faut dire que le soleil, ayant trouvé l’idée de notre virée alléchante, a pris l’initiative de nous coller aux basques ! La première plage, North beach, est du coup atteinte après une marche éprouvante à te faire perdre dix kilos. Plouf, direct dans l’eau ! Eau qui, pour te dégoûter un peu, n’est pas loin d’atteindre les trente-deux degrés. La preuve, on sort régulièrement de l’eau pour se rafraîchir !

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Un peu de flémardise, une bière, un déjeuner dans un boui-boui en compagnie du couple de québécois rencontré avant-hier et c’est reparti pour l’aventure ! On passe par un resort abandonné, on escalade des zones couvertes de roches déchiquetées, on traverse des champs de buissons épineux, on parcourt d’immenses palmeraies… pour enfin accéder à une succession de plages idéalement désertes rien que pour notre plaisir à nous. Chaque jour, en moyenne, près de vingt-mille paires de chaussures se marchent dessus dans le petit espace qui fait face à la Joconde. Chaque millimètre carré de cet espace a été piétiné et repiétiné des millions de fois. Bon, ok, peut-être que ça vaut le coup d’œil mais pourquoi ne pas aller trainer ses chaussures dans des espaces, des endroits, des territoires qu’on serait le premier à fouler. Ne t’es-tu jamais demandé si tu n’étais pas le premier à poser ta semelle à un endroit ? Moi, je suis en train de vivre un de ces moments tellement les plages où nous nous baignons semblent loin de tout et vierges de toute souillure humaine…   

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Allez, tu marches, tu sues, tu te baignes, tu te rafraîchis et tu renouvelles l’expérience autant de fois que nécessaire pour revenir par la côte est où de nombreux petits villages authentiques se succèdent maintenant. Ici, on est loin du peu d’agitation touristique du sud de l’île. Ici, l’amour et l’eau fraîche pourrait éventuellement suffire pour subsister dans ce paradis. Mais de quoi les gens vivent-ils réellement ?... Mes longues études d’anthropologie me permettent de te fournir ces informations : Ils vivent de la pêche et de l’élevage de coqs. Fin observateur que je suis, j’y vois effectivement de nombreux bateaux de pêche sur fond de cocoricos répétitifs… Pour se divertir, on n’oublie pas non plus le terrain de basket et la petite église au milieu de chaque village. Je profite de la phrase précédente pour justement te remettre l’église au milieu du village. Car je te rappelle que nous sommes au fin fond de l’Asie et que, ni Tony Parker, ni Jésus ne sont normalement des têtes d’affiche dans ce coin du globe… sauf aux Philippines ! Je rebondis sur cette affirmation pour enfiler mon costume de Maître Capello et te refaire l’histoire depuis le début… L’homme vient de mars et la femme de vénus. Ensuite, au seizième siècle, les espagnols s’emparent de l’archipel des Philippines. Religion rimant avec colonisation, et hop, tout ce petit monde qui était jusqu’alors musulman doit maintenant se converir au catholicisme. Fin du dix-neuvième siècle, le pays tombe alors sous administration américaine. Et hop, le basket devient sport national ! Voilà comment résumer l’histoire du pays en deux minutes et justifier, donc, la présence d’églises et de terrains de basket aux Philippines.

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Bref, j’en reviens à notre tour de l’île puisque pendant que tu lisais ces explications historico-sportivo-religieuses, nous avons de notre côté poursuivi notre périple pour débarquer à Bounty Beach, la plage où on trouve le plus de resorts et d’hôtels à touristes. Et alors, Bounty Beach versus notre quartier ? Victoire écrasante de notre quartier par ko. Bien plus cool, bien plus authentique, bien plus roots, bien plus tout comme on aime ! On profite quand même de se trouver dans ce quartier touristique pour s’essayer à notre premier massage à l’huile du séjour sur tout le corps… ou presque. Faut bien récompenser nos organismes pour tout ce qu’on leur a infligé ces derniers jours, non ?… Et comme ils nous suivent sans broncher depuis le début, on leur offre même une glace. Puis une sieste. Puis une caïpirissima. Puis un poisson grillé. Oui, nous, on est comme ça : Prêt à tout pour contenter nos corps musclés et bronzés. Et toi, que peut-on faire pour te contenter et t’inciter à nous suivre dans de nouvelles aventures demain ? Car oui, si tu ne le savais pas encore, demain est une autre aventure…

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Et si tu veux me laisser un petit message ou partager la page... 

(... en vrai, ça me fera plaisir...)

Franck

Auteur Organisateur Conteur Photographe

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On part en vadrouille