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Belote, rebelote et dix de der

Jour 6 - 17 avril

Allez, on y retourne au mastic ! Te rappelles-tu du programme de ce matin ? Te rappelles-tu que ce n’est qu’après plusieurs coups de griffes qu’on sait à quel endroit caresser un chat pour le faire ronronner ? Et te rappelles-tu au final qu’il faut se lever tôt pour plonger et espérer rencontrer ces fameux requins-renards qui ont pris l’habitude de remonter des profondeurs chaque matin vers la station de nettoyage de Monad Shoal où des poissons les débarassent gratuitement de leurs peaux mortes et parasites en tous genres ? Si tu te rappelles de tout ça, vas-y, je t’en prie, monte sur le bateau pour m’accompagner. Attention, sache que nous serons tous les deux en amoureux car mon frère a finalement préféré faire l’amour à son oreiller plutôt qu’à un requin-renard. A chacun ses priorités !

Allez, donne-moi ta main et prends la mienne, mais oui, mais oui, ça y est, on descend. Cinq mètres. Dix mètres. Quinze mètres. Vingt mètres. Vingt-cinq mètres. Trente mètres. Trente cinq mètres. Pose-toi le long du tombant et patiente patiemment que l’Eléphant bleu ouvre ses portes… Ne regardez pas le requin-renard passer, quand il s’ra passé, vous me le direz pour que cette fois-ci, je ne le loupe pas !... Non, mais attends… Regarde là-bas, au loin… Mais oui, c’est bien un aileron qu’on commence à entrapercevoir ! Petit frisson le long de l’arête dorsale, un requin est effectivement en approche. Inutile de flipper ta maman car selon les statistiques officielles, tu as plus de risques de décéder en marchant sur un Lego que de te faire croquer par un requin... Bon, le squale se dirige vraiment tout droit vers nous et je comprends que toi, à ce moment précis, les stats, tu t’en badigeonnes l’amygdale. Pour sauver ta peau, explique-lui peut-être que ce qu'il s'apprête à faire est contraire au principe darwinien qui dit noir sur blanc que le roi de la chaîne alimentaire, c'est toi ! Et que du coup, il va faire un truc totalement contre-nature. Un peu comme s'il couchait avec un dauphin. Et ça, franchement, ça ne se fait vraiment pas ! Bon, pour te rassurer, la plupart du temps, le requin, il ne mange pas, il goûte ! Nuance... Et puis il paraît qu’on vit très bien avec une prothèse…

 

Mais qu’est-ce que tu fais ? Tente autre chose, car là, il arrive ! Je n’sais pas, moi, imite la musique des dents de la mer ! « Tada… Tada... Tadatadatada… » Le film, c’est sûr, il l'a forcément vu aussi. Il comprendra que ça peut très mal se finir pour lui s'il te cherche des noises... Ou alors chante-lui du Eve Angeli ! Aucune espèce humaine connue n'a résisté jusqu'à ce jour et il devrait prendre la fuite. Bon, ok, c'est limite légal et interdit par la WWF, mais faut bien survivre…

 

Ouf, te voilà rassuré... Le requin a changé de cap lorsqu’il a aperçu ma carrure imposante à moins de trois mètres de sa gueule édentée... Plus sérieusement, quel pied de voir un monstre de légende évoluer comme ça dans son milieu naturel tout juste à quelques mètres de soi ! Quel pied qu’ils acceptent de se laisser approcher par un touriste comme moi avec sa bouteilles de Dom Pérignon vissées dans le dos ! Chut mazette, en voilà un autre ! Popopo, regarde là-bas, un troisième ! Oh, un quatrième !… Au final, si mon état second d’excitation ne m’a pas joué de tour, j’en ai compté pas moins de six ! Contrat rempli ! « Et sinon, l’oreiller, c’était bien aussi ? »

Si ce n’était pas le cas avec son oreiller, mon frère devrait quand même prendre son pied aujourd’hui sur l’île de la tentation. Car après les requins, l’excursion suivante nous emmène pour la journée sur une île ayant la réputation d’être peut-être la plus belle de toutes les îles philippines. Oui, oui, la plus belle élue parmi les sept mille que compte le pays, excusez du peu ! Tu trouves ce programme génial ? Moi aussi ! De retour à Malapascua, je prends donc mon frère sous le bras pour se jeter sur une nouvelle embarcation qui va nous mener en une heure et demie à Kalanggaman Island. Kalanggaman, c’est le nom de ce petit bout de paradis sur terre. C’est aussi le nom de l’île la plus rikiki sur laquelle nous aurons l’occasion de nous rendre durant tout notre périple. Sept cents mètres sur soixante-quinze !…

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Une fois débarqué, je suis en mesure de t’annoncer qu’avec son grand bras de sable blanc et son eau turquoise, Kalanggaman vaut largement sa réputation et n'a pas à rougir de la comparaison avec certains atolls des Maldives ! Souvent, lors de conversations entre amis que j’ai la fâcheuse tendance à orienter vers le thème des voyages, la même question revient sans cesse : « Et sinon, quelle est la plage la plus belle que tu aies vue durant tous tes voyages ? » Dur dur d’être bébé et de répondre à ce genre de questionnement mais ce que je peux d’ores et déjà te confier, c’est que celle que j’ai présentement sous la rétine fait une entrée fracassante dans le top cinq du panthéon des plages les plus wahou que mes yeux ont eu la chance de se glisser dans l’escarcelle ! Ici, ce ne sont que cocotiers, palmiers et banc de sable blanc s’étirant tout en longueur et marquant comme une virgule idyllique sur cette toile océanique turquoise dont la surface plane n’a le droit d’être troublée que par quelques sauts de dauphins. Tiens, d’ailleurs, ça tombe bien car on en a aperçu juste avant d’accoster…

Bon, et sinon, qu’est-ce qu’on fait toute une journée sur ce petit bout de terre paradisiaque ?... Déjà, le sol de cette île est aussi vierge qu’une actrice porno en fin de carrière. Svp, si tu as moins de dix-huit ans ou que tu es ma mère, prière de ne pas lire la phrase précédente. Ce que je veux dire par là, c’est que beaucoup d’autres personnes ont eu la bonne idée de venir ici en même temps que nous. Ensuite, en termes d’activités, l’île ne propose pas grand’chose ! On alterne entre photos, baignades, snorkelling, photos, baignades et snorkelling. Et puis quand on en a marre, on prend des photos, on chausse nos masques et tubas, ou on se baigne ! Mais ne boudons pas notre plaisir ! Quel panard de n’avoir rien d’autre à faire que de se goinfrer allègrement du paysage de brochure pour lunes de miel qui nous entoure !

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Tu l’as compris, je ne vais pas te détailler plus que ça le planning de notre journée passée ici. Je t’emmène direct au moment où nous sommes censés remettre les voiles vers Malapascua pour y attraper le dernier bateau en partance pour l’île de Cebu. Je dis « censé » car on ne sait pour quelle raison, le capitaine tarde à relever l’ancre. Le verdict tombe et il est sans appel. La raison de cette immobilité, ce n’est ni plus ni moins que mon frère et moi ! Soi-disant que parmi la cinquantaine de passagers de notre bateau, nous sommes les seuls loustics à ne pas avoir payé notre excursion ! Sauf que nous, nous l’avons bien réglée à l’accueil de notre guesthouse Villa Sandra ! Sauf que le monsieur dit que non. Sauf que nous, on dit que oui. Sauf que lui, il dit que non et que si nous ne nous acquittons pas de notre impôt immédiatement, le bateau restera à quai… « Mets de l’huile petit homme, dans la vie, il faut que ça glisse… » Et bien non, je ne mettrai pas d’huile et il est hors de question que nous repayâmes deux fois notre excursion. Oui, moi, je suis comme ça. Lorsque je m’énerve, j’emploie le passé simple… Zen, soyons zen… Du sang froid dans les veines, soyons zen… Le bonhomme me marche animalement sur le biscuit et ces tentatives de négociation n’y changeront rien : « Payez-moi et retournez à Villa Sandra pour vous faire rembourser ! » Lui, il croit vraiment qu’il va nous fumer comme ça comme un vulgaire saumon de Norvège… « Mais puisque je te dis que ce n’est pas une négociation ! Allo McFly, on n’est pas à la CGT, ici ! On a déjà payé, point final ! Si on doit passer la nuit à Kalanggaman, ça nous va ! La semaine, même, s’il le faut ! »

 

Mon argument de la dernière chance du mec désespéré retient l’attention du gars qui daigne enfin nous accorder le bénéfice du mammouth puisqu’il appelle un contact afin que celui-ci consente à appeler les gérants du Villa Sandra pour que ces derniers rappellent notre compagnon de chamaille dont la mère a définitivement dû trop mater la Ferme Célébrités pendant sa grossesse… Conclusion ? Ce que je me suis évertué à lui faire comprendre dans un franglish approximatif durant près d’une heure de palables est enfin confirmé : Nous sommes bel et bien en règle !... C’est l’heure de la confusion en excuse, l’heure du dédommagement, l’heure de la danse du pardon,… Euh, ça, ça aurait été dans monde idéal. Là, que dalle, peau d’balle, nawak… En guise de conclusion, le type prononce un simple « Levez l’ancre ! » Et tant pis pour la nuit à la belle étoile sur Kalanggaman !

 

Une heure et demie de bateau sans histoire. Une demi-heure d’attente à Malapascua. Une heure de bateau pour Maya et nous revoilà lancés comme des frelons pour quatre heures de mini-van avec Cebu City en point de mire. Là, pas de femme avec un cadeau entre les jambes comme à l’aller. Juste une drôle d’impression en arrivant de nuit dans la ville étrangement en effervescence… Notre chauffeur nous apprend que nous sommes la veille du long week-end férié de la semaine sainte et que tout le monde s’apprête à migrer vers d’autres cieux. D’ailleurs, au moment de se faire déposer à proximité de la gare routière sud, on y voit une file aussi longue qu’une année sans voyage de personnes attendant de pouvoir désespérément trouver une place dans un bus… Heureusement pour nous, le bus n’est pas au programme pour ce soir. Malheureusement pour nous, nous restons à Cebu City pour la nuit là où tous les hôtels affichent complet. Après une heure de chasse au trésor, on finit cette journée dans un hôtel sans âme lui-même dans une ville sans saveur. Heureusement, les quelques morceaux de poulet pané mangés dans un stand de rue en ont un peu plus… Allez, à tchao bonsoir, vous pouvez éteindre votre télévision et reprendre une activité normale… Tout du moins jusque demain... De toute façon, demain est une autre aventure…

Et si tu veux me laisser un petit message ou partager la page... 

(... en vrai, ça me fera plaisir...)

Franck

Auteur Organisateur Conteur Photographe

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