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Chantent les sardines, chantent les sardines…

Jour 8 - 19 avril

Toi, lorsque tu étais jeune ado prépubère, je suis sûr que tu voulais tout essayer : Conduire, boire, fumer, avoir ta première expérience sexuelle, démasquer le Père Noël,… Quinze ans plus tard, tes premières rides viennent te chatouiller le coin des yeux. Et avec elles, une impression amère de blasitude, le sentiment d’avoir tout fait, tout vu, tout expérimenté. Le seul petit effet de surprise que tu parviens encore à te procurer, c’est chaque midi lorsque tu découvres ce que ta femme t’a mis dans ta lunch-box pour le déjeuner. Ooooh… Frissons le long de ton corps… En somme, ta vie ne rime plus qu’avec monotonie là où tu l’imaginais emplie d’aventures… Et bien rappelle-toi que ce bon vieux Franck ne dit pas toujours que des âneries : L’OM à jamais les premiers ! Eve Angeli est la plus grande chanteuse de tous les temps ! Et voyage pendant qu’il est encore temps, bordel de vindediou ! Car en voyage, c’est de la découverte perpétuelle, des rencontres tous les jours, de nouvelles expériences… La preuve, c’est qu’aujourd’hui, en termes de nouvelles expériences, on devrait avoir notre dose puisqu’on va faire trempette pour la première fois avec des sardines. « Euh, oui, et alors ? »... Bon, ok, c’est sûr que dit comme ça, les sardines ne sont pas les poissons les plus funs qu’il soit. Sardines en boîtes, sardines au barbecue, sardines de Patrick Sébastien… Mais as-tu déjà entendu parler des sardines de Moalboal ? Non ?... Et bien sache que ce n’est pas deux, pas dix, pas des centaines, ni des milliers de sardines ! Imagine des sardines par millions barbotant tranquillement toutes ensemble. Imagine-toi maintenant barbotant au beau milieu de ces petites sardines... Imagine-toi faire partie de ce banc… Imagine-toi, l’espace d’un instant, être toi-même une sardine… Encore mieux que le mur construit par les maçons portugais devant ta maison, imagine le mur de poissons bougeant à l’unisson selon tes faits et gestes et créant des formes fluides en 3D ! Moalboal est essentiellement connue pour ce phénomène appelé le « Sardines Run ». Outre le nombre d’individus, la spécificité de ce banc, c’est qu’il est là au rendez-vous non-stop, matin, midi et soir, hiver comme été, match de coupe du monde à la télé ou pas…

 

Et surtout, inutile de prendre un bateau pour vivre cette expérience bien plus extraordinaire que ta lunch-box quotidienne puisque tout ça se passe à portée de palmes à à peine plus de vingt mètres au large de la plage de Panagsama, plus précisément en face du ponton jaune du Chili Bar… Pourquoi avoir pris leurs quartiers précisément là ? C’est un mystère… Pourquoi des prédateurs ne déciment-ils pas cet énorme garde-manger sur pattes mis à leur disposition en all-you-can-eat gratuit ? Encore un mystère… Et pourquoi ce phénomène n’existe-t-il qu’ici, à Moalboal ?… Mystère, mystère, vous avez dit mystère ?... Par contre, ce qui n’en est pas un, c’est que ce banc sera bel et bien là pour notre plus grand plaisir puisque ça y est, il est sept heures et nous entrons dans l’eau ! Pourquoi si tôt alors qu’elles sont là H24, vas-tu me dire ? Tout simplement car c’est un autre banc que nous souhaitons éviter : Les chinois, le retour - Volume 28.

 

A vos masques, prêts, partez ! De prime abord, on a du mal à se dire qu’il puisse y avoir là, à quelques mètres d’une rive similaire à ce qu’on trouve au Havre, un phénomène unique au monde. « Ouais, j’suis sûr que le truc est un attrape-couillons et que tu ne vas voir qu’une dizaine de sardines se battre en duel ! » Eh bien permets-moi de te décevoir car après quelques coup de brasses, le spectacle de magie se met en route devant nos yeux d’enfants ébahis ! Elles sont bien là ces millions de sardines ondulant comme un serpent à chacun de nos gestes avec une synchronisation parfaite, formant des vagues, des tunnels, des cercles ; dessinant dans le bleu profond de l’océan des arabesques aux formes les plus étranges, tantôt spirales ressemblant à de gigantesques flammes, tantôt nuages moutonnant dans le ciel bleu… Parfois, le rideau opaque que le banc forme semble se déchirer lentement sous nos yeux, creusant un vortex du centre duquel on s’attend à voir surgir une créature imaginaire. Le plus souvent il s’agit d’un plongeur remontant à la surface. Sauf que là, nous avons en plus la bonne surprise d’y voir apparaître dame tortue, passant devant nous dans un lent vol plané maîtrisé, totalement insensible à ce rideau qui s’ouvre devant elle pour lui proposer un passage qu’elle emprunte majestueusement… Comme tu le vois, un spectacle donnant l’envie de devenir poète… Aussi, si tu t’amuses à rester parfaitement immobile, le banc se méfie, puis se rapproche, t’encercle et finit même par t’ensevelir comme du sable mouvant jusqu’à t’en faire perdre tes repères et ne plus pouvoir distinguer le fond de la surface de l’eau… C’est dingue de voir à quel point un poisson aussi petit soit-il, peut te faire sentir minuscule lorsqu’il se joint à plusieurs millions d’autres de ses congénères pour te proposer un immense ballet aquatique. Pour sûr qu’un banc comme celui-ci pourrait te boucher le port de Marseille et que personne ne prétendrait que c’est exagéré !

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Voilà, c’était le trailer du nouveau film féérique de James Cameron… Car la suite est plutôt digne d’un film avec Pierre Richard ! Il est en effet près de neuf heures lorsque des charters entiers de chinois débarquent ! Ils ont bien évidemment tous revêtit leurs plus beaux atouts pour l’occasion : K-way bleu turquoise, rose fuchsia ou jaune fluo pour se jeter à l’eau. Je les accuse de s’être inspirés de la collection automne-hiver 1990 de chez Babou… Outre l’aspect visuel qui fait saigner les yeux, nos oreilles ont également droit à leur récompense. Ben oui, quoi de mieux comme raison qu’un banc de sardines pour beugler, glousser, brailler, rire ?.... Et le pompon sur le K-way qui fait déborder le gâteau, c’est que ces groupes de chinois prennent un guide philippin pour les emmener jusqu’au-dessus du banc, tous accrochés à une énorme chambre à air de camion... Je t’ai toujours parlé avec un ton libre et sans compromis, n’est-ce pas ? Et bien c’est officiel, ces chinois, ils me sortent par les trous de nez… Surtout lorsque je me fais littéralement grimper dessus par un de ces groupes ne se préoccupant pas une seconde de ma présence et cassant par la même occasion le tuba de mon masque intégral Décathlon. Là, pas d’autre choix que de faire mon français moyen et de gueuler un bon coup ! « Mordiable, mais qu’est-ce donc que cette bande de coqueberts croisés avec des boursemolles ?!? Vous me refaites ce coup-là et j’vous fais faire trois fois le tour de votre slip, direction Pékin ! » Gueulante, oui, mais dans le respect des règles et de la dignité, cela va de soi ! En tout cas, vu le niveau de débilité affiché, je pense qu’ils vont tous pouvoir se présenter aux prochaines élections américaines !

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Bon, confidence pour confidence, la plage de Panagsama d’où nous sommes partis pour ce Sardines Run n’est pas très avenante pour une séance d’injection d’UV. Du coup, après un petit arrêt dans une gargote pour y reprendre des forces, nous filons plein nord vers White Beach, une plage que j’avais dans le viseur après avoir épluché internet. Et là, c’est un peu la douche froide. Celle qui t’extrait d’un doux rêve de façon très brutale ! Quoi ? Tu ne te rappelais déjà plus que nous étions en plein week-end de la semaine sainte ?... Moi non plus… Quelle erreur ! Car je peux t’assurer que les philippins, eux, ils avaient bien imprimé l’information en quatre exemplaires ! Après le pèlerinage de La Mecque… Après le pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle… Voici en exclusivité le pèlerinage de White Beach près de Moalboal ! Les abords de la plage ne sont que tentes, stands et barbecues. Et ne parlons pas de White Beach qui est pour l’heure plutôt Black Beach, noire de monde ! Bref, après deux ou trois shots d’alcool fort offerts par des familles philippines sur notre passage, on marche pour s’éloigner de toute cette agitation. On se retrouve alors un peu plus au calme pour une petite sieste, un peu de snorkeling sur le tombant, de petites baignades rafraîchissantes, une petite sieste, un peu de snorkeling,… Bon, tu l’as compris, pas grand’chose d’intéressant à te raconter ici… Seulement un début d’après-midi à se reposer un peu…

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Je te retrouve donc de nouveau accroché à ma taille, cheveux au vent à l’arrière de mon scooter. Ben justement, en parlant de cheveux, on fait maintenant un stop dans une petite cabane de fortune en bord de route pour se les faire ratiboiser. Bienvenue chez Jean-Michel David ! Un ou deux coups de ciseaux rouillés, un petit coup de rasoir, un nuage d’eau de Cologne sur la nuque pour un rapport qualité-prix imbattable : Un euro soixante-dix avec un massage tonique des épaules et craquement des os du cou en prime ! Qui dit mieux ?

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La fin de cette journée est routinière puisqu’on passe de nouveau deux heures en compagnie des tortues qui squattent la baie devant notre bungalow sans notre autorisation, on mange dans un petit boui-boui dont il n’est pas nécessaire de retenir le nom, et on cherche désespérément mon smartphone qui a soit été victime d’un kidnapping, soit fait une fugue ! Ça, c’est la tuile qui tombe du toit de notre journée. « Bon, Sullivan, si tu ne veux pas d’une ambiance morose pour ce soir, rends-moi mon téléphone stp ! » On passe notre soirée à retourner l’île, à refaire notre itinéraire et à se rejouer tous les scénarii, sans pour autant remettre la main sur mon précieux… En espérant qu’il refasse miraculeusement surface demain comme peut réapparaître un vulgaire bouton d’herpès… De toute façon, demain est une autre aventure…

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Et si tu veux me laisser un petit message ou partager la page... 

(... en vrai, ça me fera plaisir...)

Franck

Auteur Organisateur Conteur Photographe

... pour te servir !

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Quand je ne suis pas en vadrouille, soit je prépare la suivante, soit je raconte la précédente...

On part en vadrouille